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Le Château de l’Aile à Vevey en quête d’authenticité


28.09.2011
Sous l’impulsion du nouveau propriétaire Bernd Grohe, l’édifice veveysan datant du XIXe siècle poursuit son lifting intégral. Restauré dans un respect total de son architecture originelle et des éléments authentiques qui témoignent de son histoire, il sera habité dès 2014.
 
Par Emilie Veillon
Les échafaudages et les toiles qui entourent depuis près de deux ans le Château de l’Aile, du sol aux plus hautes tourelles, préservent et dissimulent l’édifice, comme pour mieux laisser opérer sa mue. Car c’est bien de ça qu’il s’agit. Le projet initié par le nouveau propriétaire Bernd Grohe et estimé à 19 millions de francs prévoit une restauration scrupuleuse et minutieuse de l’édifice et de ses jardins, attentive à la substance historique autant qu’à la vocation fonctionnelle du site. D’ici à 2014, trois appartements se partageront le château: un appartement donnant sur la place du Marché, occupant la moitié orientale du rez-de-chaussée; un logement développé sur le premier et le deuxième étage qui seront reliés par le grand escalier du château; un troisième appartement occupant le troisième étage accessible par la seconde cage d’escalier. Les caves et les combles conserveront leur affectation originelle. 

Destin privé
A l’origine, la «maison de l’asle» datant du XVIe siècle était un entrepôt et une auberge. Ce n’est que dans les années 1840 que le château devint un monument néogothique sous l’impulsion de Jacques-Edouard Couvreu, époux de Mathilde Micheli de Genève, inspiré de ses séjours en Angleterre. Pour mettre en œuvre ces travaux d’importance, il fait appel à plusieurs architectes de renom, notamment Philippe Franel de Vevey qui a dessiné la version définitive des façades ornées d’une structure ornementale en molasse spectaculaire.
Décrépi et endommagé par les siècles qui ont suivi, le château nécessitait une rénovation complète. Au fil des nombreuses études et projets entrepris ces dernières années, il est apparu évident que seule une affectation domestique du Château de l’Aile permettrait de maintenir l’édifice dans son état historique et protégerait à long terme son patrimoine classé aux monuments historiques du Canton de Vaud. Une transformation en musée ou autre institution publique aurait nécessité une adaptation de structure, de distribution ou d’équipement. «Pour donner accès au public, il aurait fallu notamment réaliser un important renforcement des planchers et doubler de la surface porteuse des sols. Ces travaux auraient impliqué un démontage des parquets et des fines moulurations des plafonds», note l’architecte Christophe Amsler, en charge du projet.

Rénovation à l’ancienne
Grand admirateur du château, Bernd Grohe a fait primer le respect des lieux dans le projet de transformation. Aux interventions contemporaines fortes, il a préféré une rénovation au plus proche de l’affectation originelle des logements. «Les niveaux d’habitation seront conservés tels quels dans leur distribution et dans l’affectation de leurs pièces, sans subdivision interne. Seuls les locaux sanitaires et de cuisine seront mis aux normes de confort actuelles. Ils se regrouperont au centre du plan, le long du corridor axial, sous la forme de boîtes autonomes insérées dans les espaces autrefois occupés par le même type de fonctions», développe Frédéric Gumy, représentant du maître d’ouvrage.
Les aménagements intérieurs, de style gothique agrémenté de touches plus classiques, sont en excellent état. «En particulier les boiseries qui recouvrent entièrement les murs  des salles de réception au rez-de-chaussée et des pièces à vivre du troisième étage, ainsi que les plafonds peints et les parquets marquetés. Cela s’explique probablement par le climat sec du château», observe Marie Getaz, architecte du bureau Nomad, en charge de l’architecture intérieure du projet.
La plupart des éléments anciens vont être préservé, telle que la conduite de gaz et le premier système de distribution électrique encore apparents le long des parois boisées. «Il s’agit des seuls survivants en Suisse de ces systèmes développés au XIXe siècle», notent les architectes. Pour réaliser une nouvelle distribution électrique performante sans endommager les lieux, les architectes ont misé sur une intégration au sol de chaque niveau, en périphérie des pièces, à partir de trois gaines verticales principales. Pour cela, les frises de bord des planchers ont été découpées puis remises en place. «Ce système, moins traditionnel qu’en plinthe, a été choisi parce qu’il permet une continuité du circuit malgré les innombrables obstacles du plan: portes, embrasures de fenêtres, foyers de cheminées, armoires murales. Il présente l’avantage d’une grande flexibilité d’usage tout en préservant l’intégralité des décors en place», argumente Marie Getaz.
Autre élément impressionnant du projet de restauration historique du château, l’ingénieux système de chauffage par propulsion d’air chaud dans les pièces, datant de 1840, va être remis en service et assurera à lui seul le confort thermique des occupants. «Une endoscopie générale des conduits à air chaud existant a été faite en 2009. Elle a révélé que les aéroducs, et en particulier les canaux en cuivre étamé, sont en  parfait état de conservation et de fonctionnement. Le château sera donc doté d’un chauffage écologique au bois qui permettra aux futurs habitants de vivre dans l’Histoire à l’intérieur», se réjouit Christophe Amsler.

Enveloppe endommagée
L’état de conservation de l’enveloppe a fait l’objet d’études détaillées. «La pierre de taille et les enduits qui recouvrent le fond des façades étaient dans un état de délabrement extrême, mais plusieurs plages de l’enduit originel subsistent. La pierre présente toute la gamme des dégradations connues du grès tendre. Cette diversité a nécessité une intervention panachée qui recourt à plusieurs techniques de conservation-restauration», explique Christophe Amsler. Certains éléments de toiture en zinc ont été démontés, traités et remis en place, tels que les crochets datant de 1840 auxquels étaient fixés les échelles. Par contre, toute la ferblanterie, atteinte de corrosion, a été remplacée par de nouvelles pièces identiques.
L’entreprise bernoise Bernasconi, spécialisée dans la taille de pierre, s’est chargée de la restauration des façades. Certaines pierres ont été remises en état, d’autres remplacées en fonction du panachage d’état de conservation. «Un très important fond d’archives mis à disposition par une ancienne famille propriétaire du château nous a permis de documenter le chantier en vue de recréer à l’identique des pièces manquantes», se réjouit l’architecte.

Charpente audacieuse
La charpente des combles, quant à elle, a été relativement bien conservée, sauf en ce qui concerne les appuis de fermes fortement attaqués par la pourriture. «Elle présente une conception très intéressante: le plancher des combles est accroché par des tirants métalliques et forme un immense plafond suspendu couvrant le 3e étage du corps de logis et le libérant ainsi de tout porteur intérieur», note le spécialiste. Pour assurer une ventilation optimale et la conservation de la couverture et de la charpente, la toiture ne sera pas isolée. Les combles resteront donc un espace de rangement frais. C’est l’isolation du plancher de ces dernières qui assurera le confort thermique de l’appartement situé en dessous.
 

 
INTERVENANTS

Planchers et parquets
André SA, Yens
www.andre-sa.ch
 
Serrurerie courante
Au Carillon de l’Enclume, St-Légier
www.aucarillondelenclume.ch
 
Ingénieur Chauffage et Ventilation
Pierre Chuard Ingénieurs Conseils SA, Le Mont-sur-Lausanne
www.pierre-chuard.ch
 
Ingénieur électricité
Thorsen Sàrl, Echandens
www.thorsen.ch
 
Investigations canalisations
VENTICLEAN R. Vuffray & Fils Sàrl, Lausanne
www.venticlean.ch
 

 
Maître de l'ouvrage et mandataires

Maître de l’ouvrage
Monsieur Bernd Grohe Représenté par Projet109 (Lausanne)

Expert Monuments historiques
Michèle Antipas, architecte
(Etat de Vaud, Service Immeubles Patrimoine et Logistique, Lausanne)

Architectes agn architectes
Amsler-Gagliardi-Nomad (Lausanne)

Ingénieurs civils
Association d’ingénieurs
RLJ - Kalin & Cuérel (Lausanne)
 
Vevey Place du Marché



 
 
  
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