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Trop timides, les architectes suisses ?


8.05.2017

 

Le Musée suisse d’architecture (S AM) exposait jusqu’au 7 mai le fruit d’une recherche menée en collaboration avec 162 jeunes bureaux d’architectes issus du territoire helvétique.



La question posée sans hypothèse de départ, sans a priori, a simplement lancé un regard critique sur les clichés véhiculés au sujet de l’architecture suisse. Andreas Ruby, jeune directeur du musée se questionnait: «La maîtrise voire le fétichisme des matériaux comme le béton ultra lisse, le minimalisme, les budgets illimités mais qui, dans une certaine veine calviniste, doivent être dissimulés: tous ces éléments sont-ils réellement constitutifs de l’architecture helvétique? Le minimalisme est-il le motif permanent de la culture architecturale et constructive en Suisse?»

 

Les cracks du génie civil

Les 162 bureaux participants avaient pour consigne de fournir trois images en guise de réponse à autant d’interrogations: Lequel de vos projets considérez-vous comme le plus important pour la production architecturale récente en Suisse? Quel projet récent d’un autre architecte trouvez-vous significatif à cet égard? Quel édifice ou quelle situation spatiale vernaculaire trouvez-vous inspirants pour votre conception de l’architecture? Près de 500 images ont ainsi été fournies au musée par les architectes eux-mêmes.

Là encore, le choix des projets est significatif: parmi les projets sélectionnés, des barrages, des ponts, des tunnels, des routes. Ils disent l’importance du génie civil en Suisse, «l’attachement aux lignes pures, aux grands ouvrages d’art qui marquent le paysage».


Modestie et silence

Si l’équipe du S AM ne prétend pas exposer le résultat définitif d’une recherche, on peut quand même mettre le doigt sur des attitudes, des caractéristiques. Andreas Ruby explique: «Avec cette exposition, on a appris beaucoup. Comme le fait qu’il n’existe pas d’architecture suisse, mais une culture architecturale et constructive très hétérogène. C’est une véritable richesse culturelle. Ce qu’on construit dépend du lieu, du contexte (...) Il me semble que l’architecture contemporaine sait se faire plus modeste, elle tisse des liens avec ce qui est déjà là, elle ne cherche pas à marquer les limites de son intervention.» La surélévation de Raphaël Nussbaumer (voir le diaporama) est en ce sens emblématique. Les étages qu’il a ajoutés sur un immeuble dans le quartier de Sécheron, à Genève, se fondent complètement dans la masse. Andreas Ruby ajoute «En Suisse, cela m’a marqué, on construit beaucoup, mais il y a peu de discours. Ici, on produit une multitude de formes, mais peu d’attitudes. Les architectes sont timides, ils ne prennent pas position.»


Des architectes suisses qui s’exportent

Le choix du projet d’un autre bureau est également évocateur. Une poignée d’architectes apparaissent à plusieurs reprises, précisément ceux par qui l’architecture suisse s’exporte dans le monde : Diener & Diener, Peter Märkli, Valerio Olgiati et bien sûr, Herzog & de Meuron,

Après Bâle, l’exposition s’en ira lever un coin du voile sur l’architecture helvétique au centre d’architecture bordelais Arc en rêve, puis devrait revenir en Suisse, en terres romandes et tessinoises.