Annonce

Le Valais met Eurotube en compétition avec Hyperloop d’Elon Musk


21.06.2018

 

La construction d’un nouveau centre de recherche pour un transport sous vide mis au point par l’EPFL pourrait se mettre en place dès 2019 dans le Valais. Un tunnel en béton long de 3 km devrait pouvoir propulser des trains supersoniques en lévitation magnétique. Le projet présenté lundi soir devant le Conseil Général a convaincu.

 

 

Le projet de mobilité ultrarapide Eurotube a été présenté au Conseil général de Collombey-Muraz lundi soir. Durant plus d’une demi-heure, Doré de Morsier et Gerard Güell, les deux jeunes cofondateurs du projet (ils ont 24 ans), ont développé les détails de leur infrastructure pour un centre de recherche et de développement en mobilité ultrarapide. A l’instar du projet Hyperloop d’Elon Musk, propriétaire de Tesla Motors, dont les premiers tests ont été réalisés l’été dernier dans le Nevada, l’Eurotube a l’ambition d’entrer en compétition avec les équipes américaines et compte implanter son tunnel sous vide dans le Chablais valaisan.

 

Béton vs acier

Le projet du patron de Tesla et de la firme spatiale SpaceX est construit en acier et mesure 1,6 km, afin d’atteindre, sous vide, 1000 km/h. Le projet Eurotube, lui, consiste à construire un tunnel de béton de 3 km de long pour 2 mètres de diamètre, en plus d’une halle consacrée à la recherche. Situé au bord des rails de chemins de fer entre la gare de Vionnaz et la zone industrielle, le tube pourrait résister à la pression d’une mise sous vide grâce à un matériau développé au laboratoire de construction en béton de l’EPFL : le IBETON. «Ce béton renforcé avec un treillis de carbone offre une très faible perméabilité à l’oxygène et permet de se passer de matériaux polluants » précise Gerard Güell. Constituée d’éléments emboîtés les uns dans les autres, l’infrastructure du tube peut ainsi être améliorée en cours de route à mesure des nouvelles avancées réalisées par le laboratoire IBETON. Actuellement, le record d’Hyperloop, lancé en lévitation magnétique dans un tube d’acier sous vide, est de 323 km/h, réalisé l’an dernier en Californie.

La commune s’engage

«Ce projet est bénéfique pour le canton et pour le pays. Il permet aussi de renforcer le Valais comme un acteur en termes de transport innovant», affirme Vincent Pellissier, chef du Service cantonal de la mobilité. Dès les premières sollicitations à la fin de l’année 2017, le canton a donc fait part de son intérêt. La commune de Collombey-Muraz a investi 1 million de francs pour l’achat d’une parcelle de 5000 m2 qui sera mise à la disposition du projet. Pour Yannick Buttet, Président de Collombey-Muraz : «la commune ne pouvait pas rêver d’un meilleur projet». Deux autres sites, en Allemagne et en France, étaient également intéressés mais c’est en Valais que le dossier est le plus avancé. Et la commune chablaisienne met tout en œuvre pour que le projet se réalise sur son sol.Quant au canton, il a signé une convention qui limite son soutien en ressources humaines et financières à un maximum de 200 000 francs. A titre de comparaison, 280 millions sont engagés chaque année pour la mobilité valaisanne. Mais les concepteurs peuvent déjà compter sur les entreprises privées pour financer l’Eurotube, à hauteur de 30 millions de francs sur dix ans.

 

Faire avancer cette technologie

L’objectif  principal des fondateurs du projet n’est pas de s’enrichir mais plutôt de compléter les efforts d’Elon Musk en créant, dans le Chablais valaisan, une compétition proche de l’Hyperloop Pod Competition, dont le but est de développer la capsule la plus rapide. Pour cela, ils attireront dans le Valais les chercheurs les plus avancés dans cette technologie. «Contrairement à Elon Musk, nous ne nous limiterons pas aux universités. Les entreprises et les start-up de tout le continent seront les bienvenues», confie Doré de Morsier dans un sourire.

 

Changement d’affectation

Pour envisager l’implantation du tunnel, trois parcelles doivent encore changer d’affectation. «Elles sont situées sur une zone tampon entre les zones agricoles et la raffinerie de Tamoil. En l’état, elles ne sont donc ni constructibles, ni agricoles. La décision du changement d’affectation appartient au Conseil général qui se réunira mi-octobre et mi-décembre», précise le président de la commune. Les Verts du Chablais valaisan, les plus susceptibles de s’opposer au changement de zone, se sont déclarés «a priori plutôt favorables». Sans aucune nuisance sonore, c’est au niveau visuel que le tube devra se faire le plus discret possible durant son temps d’installation.

 

Une infrastructure provisoire pour dix ans

Le tunnel, dont la construction devrait débuter en 2019, aurait une durée de vie limitée et devrait être démonté avant 2028. Seule la halle de recherche, qui reviendrait à la commune, devrait rester. Les «gares» de départ et d’arrivée, ainsi que le tube disparaitraient du paysage. «Il est important pour nous que le site soit renaturé après notre départ et que notre empreinte écologique soit aussi faible que possible», précise Doré de Morsier. Une dizaine de postes fixes seraient assurés durant cette période, en plus de la création attendue de nombreuses start-up.