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Architecture : le prix Pritzker attribué à l’Indien Balkrishna Doshi


8.03.2018

 

Disciple de Le Corbusier, Balkrishna Doshi devient le lauréat le plus âgé et le premier Indien à remporter l’équivalent du prix Nobel d’architecture.

 

 

L’architecte indien Balkrishna Vithaldas Doshi, 90 ans, a obtenu le prix Pritzker 2018 a annoncé, mercredi 7 mars à Chicago, Tom Pritzker, président de la Fondation Hyatt, créé en 1979. C’est la première fois en quarante ans qu’un maître d’œuvre du sous-continent indien remporte ce prix. Le jury du Pritzker, que présidait l’Américain Glenn Murcutt, lauréat en 2002, a voulu « rendre hommage au caractère exceptionnel de son architecture, dont rendent compte plus d’une centaine de bâtiments qu’il a réalisés, son engagement et son dévouement envers son pays et les communautés qu’il a servies, ainsi que son influence en tant qu’enseignant. »

 

Je dois ce prix à mon maître : Le Corbusier

Doshi, né à Pune (Maharashtra) en 1927 -il est maintenant le doyen des lauréats du Pritzker- a été architecte, mais aussi urbaniste et enseignant pendant plus de soixante ans. Tout au long de sa carrière, il a su accorder l’héritage des modernes avec les savoirs et les attendus de sa propre culture orientale. « Mes œuvres sont une extension de ma vie, de ma philosophie et de mes rêves qui tentent de créer un trésor de l’esprit architectural, a expliqué l’architecte. Je dois ce prix prestigieux à mon gourou, Le Corbusier. Ses enseignements m’ont amené à questionner l’identité et m’ont poussé à rechercher de nouvelles expressions contemporaines adoptées régionalement pour un habitat holistique durable. »

 

Une œuvre exemplaire et pédagogique

Balkrishna Vithaldas Doshi a été le représentant de Le Corbusier à Ahmedabad entre 1954 et 1959, dans l’Etat du Gujarat, où il a accompli l’essentiel de sa carrière. Il travaillera ensuite dans la même ville au côté de l’Américain Louis Kahn. En 1962, Doshi réalise à Ahmedabad l’institut d’indologiLe lieu doit accueillir d’anciens manuscrits, un centre de recherche et en partie un musée. Si des composantes propres aux traditions indiennes alimentent le projet (Doshi  a étudié de près les traits particuliers d’un monastère bouddhiste), l’influence de Le Corbusier est encore très grande.

En plus de son travail d’architecte, Balkrishna Vithaldas Doshi est connu pour son œuvre pédagogique. Il est cofondateur de l’école d’architecture d’Ahmedabad (1962-1972), dont il fut le premier directeur, et du Centre pour le planning environnemental et la technologie (CEPT). Ce projet qui ne devait accueillir que l’école d’architecture s’est étendu à une école de planning (1970), un centre d’arts visuels (1978), une école des sciences de la construction et de technologie (1982), une école de design intérieur (1982), le centre Kanoria pour les arts (1984) et une galerie d’exposition (2012).

 

Un habitat social qui garde un esprit de village

Rapidement, il fait le constat que le modèle du logement social à l’européenne brise, selon lui, les structures de villages sans contribuer à un réel progrès. Doshi s’est détourné de l’urbanisme fonctionnaliste et a décidé de créer en 1955 sa propre fondation, Vastu Shilpa, déjà portée sur les questions environnementales. Il y soutient des méthodes plus souples permettant de préserver les modes d’autoconstruction, l’architecture, supposée informelle en Inde étant en réalité structurée, équilibrée, tissée d’échanges et de solidarités. Le véritable travail de sa vie a été pour lui «de fortifier les sans-grade, les gens qui n’ont rien ».

Cette préoccupation est notamment au cœur du projet d’habitations à loyer modéré d’Aranya, à Indore (Madhya Pradesh) qui, sur 85 hectares, accueille plus de 80 000 personnes grâce à un système de maisons, de cours et de voies intérieures tissées comme un labyrinthe. Le projet achevé en 1989 a obtenu le prix Aga Khan d’architecture en 1993-1995.

 

Des formes libres

Si le béton constitue l’un des éléments essentiels de ses projets, il parvient à en modifier le caractère rude et austère pour lui des formes résolument libres. En 1994, en collaboration avec l’artiste Maqbool Fida Husain, Doshi réalise Amdavad Ni Gufa. Conçu au départ comme une galerie d’art souterraine dont l’entrée émerge au ras du sol telle une concrétion minérale, l’endroit s’est transformé peu à peu en une sorte de lieu communautaire. Dans un esprit cher à l’architecte, des éléments recyclés grâce à la contribution de petites mains locales ont été combinés au ferro-ciment, l’ensemble soumis à l’assistance aimable d’un ordinateur.

                   

En 2007, Balkrishna Vithaldas Doshi a reçu un prix spécial du jury pour la première édition du Global Award for Sustainable Architecture et, en 2011, a été fait en France, officier de l’ordre des Arts et des Lettres.

 



 
 
  
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