Annonce

Sion et son programme pilote contre la chaleur


9.08.2018

 

Tandis que certaines communes, comme Sion, tentent de s’adapter à la canicule, une étude de l’Institut de la technique du bâtiment et de l’énergie (IGE) démontre que les villes et habitations modernes ne sont pas suffisamment équipées pour faire face aux fortes températures.

 

Durant les fortes chaleurs d’été, on relève des écarts thermiques de 5 à 10 degrés entre la campagne et les îlots de chaleur urbains. Or, les températures en hausse exposent la population à de sérieux problèmes de santé publique. «La ville est un écosystème anthropique, pratiquement entièrement minéral, qui agit comme une pierre ollaire en retenant la chaleur entre ses murs», analyse Lionel Tudisco, urbaniste à la ville de Sion. Ajoutez à cela la chaleur résiduelle provenant de la circulation et vous obtenez un cocktail explosif.

AcclimataSion

Pour contrecarrer cet épiphénomène, Sion, la ville suisse la plus touchée par le réchauffement, du fait de sa situation géographique et au foehn qui balaie la vallée du Rhône, a pris part à un programme pilote de la Confédération. Le projet Acclimatasion inclut sensibilisation, création de biotopes et d’une voie piétonne – le cours Roger-Bonvin – où l’on a planté 700 érables et aménagé 5000 m2 d’espaces verts, mais aussi publication en 2018 d’un guide de recommandations pour les propriétaires privés. «Nous étudions toutes les possibilités pour adapter un bâti au changement climatique, explique Lionel Tudisco. Mais pour avoir un impact à long terme, c’est toute la population qui devra prendre conscience qu’elle a une responsabilité.» La capitale valaisanne devient ainsi une pionnière de l’adaptation au changement climatique.

Plus d’énergie pour refroidir que pour chauffer

Selon l’étude réalisée par l’Institut de la technique du bâtiment et de l’énergie (IGE) à la Haute Ecole spécialisée de Lucerne, le réchauffement climatique confronte l’architecture à un changement de paradigme. Car, lorsque la chaleur est étouffante dans la rue, elle l’est évidemment aussi à l’intérieur.  En ville, les besoins en refroidissement deviendront bientôt plus élevés que les besoins en chauffage. Une nouvelle donnée qui pourrait s’avérer très énergivore si les futurs projets de construction n’intègrent pas en amont cette problématique. Contraindre les habitants à se tourner vers des solutions comme l’achat de ventilateurs s’avère, bien sûr, inefficace.

Les bâtiments anciens sont plus frais

L’architecte Gianrico Settembrini et ses chercheurs ont simulé un scénario leur permettant d’analyser l’évolution des températures ambiantes dans quatre bâtiments – un ancien logement et un moderne à Bâle et à Lugano – représentatifs du parc immobilier suisse. Le constat est alarmant. Au cours de l’année moyenne de 2004, les espaces intérieurs ont dépassé pendant 27 heures les 26,5 °C, considérés alors comme «surchauffés». En 2068, il faudra supporter 900 heures de surchauffe pour l’occupant d’une habitation moderne à Bâle et 1400 heures à Lugano. Quant aux anciens bâtiments, moins bien isolés pour l’hiver, ils résistent mieux aux chaleurs estivales, principalement en raison de leurs petites fenêtres et de l’épaisseur des murs.

Enseigner l’architecture et la technique du bâtiment

«A Lucerne, nous sommes la seule haute école qui enseigne la technique du bâtiment en plus de l’architecture et de l’ingénierie, explique Adrian Altenburger, codirecteur de l’IGE et vice-président de la Société suisse des ingénieurs et des architectes. Nos modules abordent notamment la question clé de la climatisation naturelle en été.» Les enseignements proposent plusieurs pistes pour une planification minutieuse des constructions, en particulier la gestion délicate des baies vitrées, tant appréciées des architectes et des résidents. «Jusqu’à aujourd’hui, nous construisions des fenêtres orientées au sud pour amasser de la chaleur en hiver, poursuit Adrian Altenburger. Peut-être que dans le futur, ces ouvertures seront orientées au nord.»



 
 
  
Annonce