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L’appel de la forêt : quand architecture rime avec verdure


19.02.2018

De Rio à Tokyo en passant par Paris, les citadins toussent un air devenu irrespirable. Les architectes les plus ingénieux tentent de remédier à cette tragédie moderne en rendant à la ville, par des éco-concepts, un peu de cette nature qui lui a été arrachée. Petit tour d’horizon de grandes réalisations qui respirent…

 

En Australie, dans le quartier de Chippendale en pleine reconversion, Jean Nouvel dessine la ville du futur : sur Central Park, ses deux tours transforment l'horizon de Sydney en composant un « paysage vertical ». Conçu en collaboration avec le botaniste et artiste français Patrick Blanc, un mur végétal couvre près de 50% de la façade des bâtiments. « Des murs hydroponiques, des réserves de terre horizontales et des câbles de soutien intégrés dans les façades de la tour permettent à une grande variété de plantes grimpantes et rampantes de proliférer. Elles agissent comme un dispositif de contrôle solaire naturel changeant avec les saisons », explique l'architecte. Dans la continuité, un parc et une série de terrasses plantées en cascade se déploient, dessinant une « architecture du paysage » au cœur de l'urbain. One Central Park a gagné le prix du « Best Tall Building Worldwide », décerné par le Council on Tall Buildings and Urban Habitat, en 2014.

 

Paris, trente ans après la coulée verte

Le duo d'agences franco-japonais - Sou Fugimoto et Manal Rachdi-Oxo architectes - souhaite apporter une respiration aux portes de l'ouest parisien, et végétaliser le périphérique. « Mille arbres, avec son village et sa forêt habitée propose une nouvelle skyline verte pour Paris », témoignent Sou Fujimoto et Manal Rachdi. Le projet, symbole de l'intégration entre nature et architecture, vise à créer un nouvel écosystème de 55 654 m2 : hybride et écologique, il transformera une canopée en immeuble-ville. « Mille arbres, c'est remplacer la frontière que représente le périphérique par une forêt abritant des immeubles d'habitation et de bureaux, un hôtel, des restaurants, un pôle dédié aux enfants, une gare routière, le tout en un lieu unique », s’enthousiasme Philippe Journo, président de la Compagnie de Phalsbourg, qui porte ce projet ambitieux.

 

Jungle académie : L’université d’Ho-Chi-Minh par Trong Nghia

Connu pour ses extraordinaires réalisations en bambou présentées, notamment, à la Biennale d'architecture de Venise en 2016, l'architecte vietnamien Vo Trong Nghia porte haut les couleurs de l'architecture écologique. Outre des hôtels et résidences, il finalise en ce moment le campus de l'université d'Ho-Chi-Minh-Ville : 22 500 m2 de « paysage ondulant », comme une colline recouverte d'une forêt. De bâtiment en bâtiment, il n'est pas un toit qui ne soit pas végétalisé. « Ho-Chi-Minh-Ville, construite sur un paysage parfaitement plat, s'est lancée dans une course verticale effrénée avec toujours plus d'immeubles en hauteur. Je souhaite étendre la ville différemment. Par exemple, les façades de l'université seront couvertes d'arbres pour améliorer la qualité de l'air et réduire la consommation d'énergie en créant de l'ombre », assure l'architecte.

 

La forêt verticale de Stefano Boeri à Milan

Ce qui pouvait s'apparenter à une vision utopique il y a quelques années encore, est devenue une réalité, au cœur de Milan. En 2014, Boeri inaugurait deux tours de 80 et 112 mètres de haut, recouvertes de l'équivalent d'un hectare de forêt : près de 900 arbres et plus d'un millier d'arbustes ont été cultivés en pépinières avant d'être transposés sur les balcons. Des chênes verts, noisetiers, hêtres, frênes et oliviers ont été sélectionnés pour leur résistance naturelle et leur pouvoir antipolluant. Les immeubles se doublent de panneaux solaires et exploitent aussi l'énergie géothermique. Fruit d’une collaboration entre architectes et botanistes, « il Bosco Verticale offre un poumon vert au centre-ville.

 

Le jardin suspendu de Yoshio Taniguchi à Tokyo

Derrière la façade de Ginza 6, centre commercial de 47 000 m2 dessiné par le grand architecte Yoshio Taniguchi, auteur de l'extension du MoMA à New York, se cache un mur végétal signé Patrick Blanc. La verdure sillone les boutiques de luxe et semble envahir l’extraordinaire toiture-terrasse, véritable jardin urbain qui accueille, sur 4 000 m2, des arbres et une pelouse centrale, un plan d'eau et des plantations d'herbes aromatiques. Le public y déambule dans les allées piquées de parterres fleuris, s'arrête devant une petite stèle shinto, et peut embrasser les tours urbaines de Tokyo d'un seul regard. Respectant le passage des saisons, cher aux Japonais, différentes espèces ont été plantées : les cerisiers pour leurs fleurs au printemps, les érables pour leurs couleurs en automne et les pins pour leurs silhouettes en hiver.

 

Parc Ecolodge par Cyril Durand-Behar

Imaginée en lisière de forêt, dans le Parc naturel régional de la Vallée de Chevreuse, le nouveau campus Pernod Ricard University, signé par l'architecte Cyril Durand-Behar, respecte scrupuleusement la charte écologique du parc, jusqu'à la prise en compte de la vie animale et la protection d'une orchidée sauvage. Regroupant quatre pôles et quatre architectures distinctes (Le Château, Le Prieuré, Le Chai et Les Hameaux), le site se déploie comme un village horizontal, entouré de nature, où bois et pierre prédominent. In situ, bâtiments existants, extensions contemporaines et innovations technologiques s'y côtoient respectueusement. Singulière, l'architecture des Hameaux rappelle certains écolodges avec ses modules en bois préfabriqués, construits sur pilotis, pour préserver le biotope environnant. Ramifiées autour d'une passerelle couverte, les 57 unités d'habitation permettent de profiter du parc et opèrent naturellement sans climatisation !