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Taïwan : l’Eco Park de l’architecte suisse Philippe Rham a été inauguré


8.08.2018

 

Formé à l’EPFL, établi à Paris depuis dix ans, l’architecte lausannois Philippe Rahm s’est associé à la paysagiste française Catherine Mosbach et à l’architecte taïwanais Ricky Liu pour mener à bien un projet de parc urbain climatique, dans la ville de Taichung, à Taïwan, pour un montant de 90 millions de dollars.

 
 
 

Philippe Rham a conceptualisé le parc urbain de l’anthropocène, cette nouvelle ère où les activités humaines chamboulent l’écosystème terrestre. Philippe Rahm, 50 ans, est reconnu pour sa pratique de l’architecture météorologique. Il crée des espaces climatiques, des températures, des aérations, des lumières, pratiquant un art de la bonne atmosphère et du confort physiologique. Grâce à ce parti pris écologique, Philippe Rahm a gagné en 2011 le concours de l’aménagement du Jade Eco Park, également appelé Central Park, à Taichung. Le site de 67 hectares forme une bande de deux kilomètres de longueur, selon un axe nord-sud qui trahit l’ancienne fonction du lieu: un aéroport. Il est le poumon vert d’un futur quartier de 256 hectares, composé d’habitations durables et d’entreprises technologiques.

Un architecte climatique pris très au sérieux

Après avoir été professeur invité dans les Universités de Harvard, Columbia, Princeton, Philippe Rahm organise des expositions où il met en scène les propriétés physiques des matériaux dont il tire parti. Il y est question d’albédo, d’émissivité, d’effusivité, de gradients de lumière, bref de phénomènes qui encouragent la fraîcheur en été, la chaleur en hiver, l’éclairage propice, sans dépenses énergétiques inutiles. Ce savoir-faire s’inscrit dans une tradition millénaire oubliée au cours du XXe siècle, mais perfectionnée au XXIe avec des logiciels de simulation de l’écoulement des fluides et du rayonnement solaire. Or, Taïwan subit les méfaits du changement climatique qui engendre davantage de chaleur, d’humidité, de pollution. Le petit Etat insulaire, situé à 180 km des côtes chinoises, est naturellement chaud et humide. La deuxième ville du pays, Taichung (2,7 millions d’habitants), réagit donc en ouvrant un nouveau type d’espace vert avec ce parc public qui anticipe ce que seront les oasis de verdure dans les mégapoles de demain.

Essences insulaires uniquement

Les études ont duré de 2011 à 2014, année du début de l’aménagement du parc. Celui-ci a été inauguré le 5 août dernier, après avoir vu sa copie retouchée par des changements politiques sur place. Avec notamment l’obligation de ne recourir qu’à des essences insulaires pour l’arborisation, en sachant qu’il y aura 10 000 arbres à terme dans le parc, et la construction de douze pavillons consacrés aux sens. Philippe Rahm et son équipe ont commencé par modéliser le climat du parc pour repérer la direction des vents, les zones de plus grande fraîcheur, les endroits les moins pollués. Le principe d’action a été de renforcer ces paramètres pour rendre encore plus frais, secs et propres les lieux les moins exposés à la chaleur, à l’humidité et à la pollution. Selon Philippe Rahm, mieux vaut amplifier les principes naturels existants plutôt que de les combattre. Le Jade Eco Park est divisé en trois types de microclimats. Leurs noms sont explicites: Coolium, Dryium et Clearium. Des chemins les relient, au gré des déclivités du terrain, des bassins d’eau, des espaces plus ou moins végétalisés. Le plus frais se prête à la balade paisible. Le plus sec, qui passe par quelques collines, est propice au sport. Le moins pollué, tout plat, s’adresse aux enfants et aux personnes âgées.