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Le plus grand pont maritime du monde inauguré en Chine


24.10.2018

Le pont de 55 km de long comprend une partie de tunnel sous-marin creusé à 46 m sous le fond de la mer.

 

 

Long de 55 km, ce pont autoroutier serpente au-dessus des eaux de l'estuaire de la rivière des Perles et inclut une partie de tunnel sous-marin creusé à 46 m sous le fond de la mer et accessible par des îles artificielles.

Cette infrastructure, dotée d'échangeurs gigantesques, permet de connecter, à l'est, l'île hongkongaise de Lantau avec, à l'ouest, l'ancien comptoir portugais de Macao et la ville de Zhuhai, dans la province du Guangdong.


L’ouvrage pharaonique a coûté 13 milliards d’euros et des vies humaines

 « Je déclare officiellement ouvert le pont Hong Kong-Zhuhai-Macao .» Le président chinois a lancé, dans une très brève allocution, la cérémonie d'inauguration à Zhuhai, avant qu'un écran géant ne diffuse derrière lui un montage vidéo figurant des feux d'artifice sur le titanesque ouvrage.

La chef de l'exécutif hongkongais, Carrie Lam, avait auparavant pris la parole pour remercier le président chinois de s'être déplacé en personne, et louer la « magnificence » du pont.

Le chantier pharaonique, qui a commencé en 2009, a été marqué par de nombreux retards, des dépassements de coûts, des poursuites pour corruption, mais aussi par le décès d’ouvriers dont le nombre, difficile à obtenir, s’élèverait à neuf, en plus de 275 blessés.

Pour les autorités, cette merveille d'ingénierie doit permettre de doper les échanges commerciaux en rapprochant de façon spectaculaire les deux rives du détroit.

Mais pour les adversaires hongkongais du projet, il s'apparente à un « éléphant blanc » et apparaît comme une tentative de plus de Pékin d'accroître sa mainmise sur l'ancienne colonie britannique, qui bénéficie sur le papier d'une très large autonomie en vertu du principe « Un pays, deux systèmes » qui avait présidé à sa rétrocession en 1997.

Cette colossale infrastructure s'inscrit dans le projet du gouvernement chinois de « Grande Baie » (Greater Bay Area) dans la zone.

Ce schéma prévoit l'intégration des deux « régions administratives spéciales » de Hong Kong et Macao dans une gigantesque conurbation de plus de 75 millions d'habitants comprenant aussi neuf villes du Guangdong, la plus dynamique des provinces chinoises, parmi lesquelles Canton et Shenzhen.

Un des autres éléments phares de ce projet global est la nouvelle liaison ferroviaire à grande vitesse entre Canton et Hong Kong. Une autre grande construction qui vient de débuter en septembre. Elle a été accusée d'être le « cheval de Troie » de Pékin dans l'ex-colonie britannique, car elle a impliqué la construction, en son cœur, d'une nouvelle gare où sont déployés des agents de sécurité de Chine continentale.

 

 

Une ex-colonie sous régime chinois

C'est la première fois depuis 1997 que les lois chinoises s'appliquent sur un bout du territoire semi-autonome.

La principale section du pont est sous souveraineté chinoise et les automobilistes hongkongais l'empruntant devront « se soumettre aux lois et règlements du continent », selon le département des Transports de la ville.

En tout état de cause, les automobilistes hongkongais devront, pour se rendre sur le pont, obtenir un permis qui n'est délivré qu'en fonction de critères très restrictifs, comme le fait d'occuper certains postes officiels en Chine, ou le fait d'avoir fait des dons à des organismes de charité du Guangdong.

Au final, la plupart des passagers empruntant l'ouvrage le feront à bord d'autocars agréés.

Aucune cérémonie d'inauguration n'a été organisée mardi du côté hongkongais, mais la présence policière avait été renforcée dans les zones côtières proches du pont.

De nombreux internautes hongkongais déploraient les importantes restrictions à l'usage d'un ouvrage qui a dans une importante proportion été financé par Hong Kong.

« Un tel investissement des contribuables hongkongais, et pourtant, il n'est quasiment pas ouvert pour nous », déclarait l'un d'eux.

Mais à Zhuhai, de nombreux habitants se félicitaient.

« Le pont va faciliter la vie dans toute la zone de Zhuhai, Hong Kong et Macao, et promouvoir son développement », déclarait à l'AFP Dang Zheiliang, un habitant.

 

Le trajet se fait en 45 minutes au lieu de quatre heures

Avant l'inauguration du pont, il fallait emprunter un traversier pour circuler entre les trois villes. On dénombre ainsi plus de 150 rotations quotidiennes entre Hong Kong et Macao.

Les ingénieurs du pont expliquent qu'il va permettre de réduire considérablement la durée du trajet par la route, de quatre heures à 45 minutes en ce qui concerne la liaison Hong Kong-Zhuhai.

Depuis 2011, neuf ouvriers ont péri sur le chantier, selon les autorités hongkongaises, tandis que trois techniciens ont été emprisonnés pour avoir falsifié les tests de résistance du béton utilisé. Mais les médias hongkongais affirment que les décès sont beaucoup plus nombreux, rapportant en particulier que neuf autres ouvriers originaires de Chine continentale ont péri.

Des associations écologistes dénoncent, par ailleurs, l'impact de l'ouvrage sur une espèce déjà très menacée de dauphins blancs de Chine. Des arguments qui n'ont pas réussi à freiner l’inertie d’un des pays les plus puissants de la planète.