Copenhague, première capitale européenne neutre en carbone d'ici 2025?

Ville pionnière dans la lutte contre les émissions de CO2

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Copenhague : objectif zéro carbone pour 2025

Paradis des éoliennes et du vélo, la capitale danoise se distingue aussi par son système révolutionnaire de chauffage urbain. Volontarisme politique et engagement citoyen y sont pour beaucoup.

En 2018, Copenhague a ajouté trois éoliennes terrestres à la vingtaine d’éoliennes installées au large de Scanport, au sud de la capitale, et sept nouveaux mâts dans le port. Et dans dix ans, elle aura mis en service 100 turbines d’une capacité totale de 360 mégawatts. Elue capitale verte de l’Europe en 2014, la ville collectionne les prix environnementaux. Et ce n’est pas un hasard : Copenhague a adopté un plan drastique de réduction de ses émissions de CO2 qui doivent passer de 1,9 million de tonnes en 2015 à 1,16 million de tonnes en 2025. Un objectif réalisable dans une ville où seul un quart de la population possède une voiture Les principales sources d’émissions sont l’électricité (48 %), le chauffage (24 %) et les transports (24 %).

 

Géothermie profonde et extraction de l'énergie contenue dans les eaux usées

La municipalité met l’accent sur les économies d’énergie et l’efficacité énergétique. Elle multiplie les travaux de rénovation énergétique de bâtiments publics et d’immeubles d’habitation anciens et crée de nouveaux écoquartiers comme celui de Nordhavn. Elle s’emploie, surtout, à remplacer le charbon par la biomasse dans son réseau de chauffage urbain. Ce système de cogénération d’électricité et de chaleur, qui est l’une des pièces maîtresses de sa politique énergétique, couvre aujourd’hui 98 % des besoins.

"Le réseau de chauffage urbain par cogénération est le meilleur qui existe du point de vue de l’efficacité énergétique. Il permet de réduire de manière importante les émissions, explique Magnus Foged, consultant en chef chez l’énergéticien Hofor. Il émet 50 % de CO2 de moins qu’une chaudière à gaz individuelle, et 60 % de moins qu’une chaudière au fuel." Aussi la ville s’emploie-t-elle à convertir son réseau, de façon à produire chaleur et électricité uniquement à partir d’énergies renouvelables – pellets et copeaux de bois importés des pays voisins – et de déchets incinérés.

Dans un futur proche, la municipalité investira également dans la géothermie profonde afin de récupérer la chaleur des nappes aquifères. Dernier projet : l’extraction, à l’aide de pompes à chaleur, de l’énergie contenue dans les eaux usées des personnes privées, des sites industriels et autres data centers, afin de la réutiliser.

"Notre réseau de chauffage urbain est le plus important au monde. C’est un maillon essentiel de notre plan climat, observe avec fierté Jørgen Abildgaards, le directeur du projet Copenhague 2025, depuis son bureau de l’île de Brygge. Notre objectif est de réduire les émissions de CO2 tout en misant sur la croissance verte. Nous voulons montrer ce que peut faire une grande ville pour opérer cette transition, et comment."

Une ville où les cyclistes sont rois

Pour réduire les émissions de CO2 dans les transports, la capitale danoise mise sur le vélo, l’un des points forts de sa politique de mobilité. Aujourd’hui, près de 40 % de ses habitants l’utilisent tous les jours, pour leurs déplacements personnels ou professionnels. Elle a décidé que 75 % des déplacements se feront, en 2025, à pied, à vélo ou en transports en commun. En 2014, la ville, qui compte déjà 350 kilomètres de pistes cyclables, avait inauguré une nouvelle voie réservée aux deux-roues. Des infrastructures mises en place, en grande partie grâce à sa population comme l'indique l'adjoint à l'Environnement, Morten Kabell : "A Copenhague, ce ne sont pas les élus et la mairie qui engagent la population. Ce sont les habitants qui nous poussent à agir". En effet, seul un quart des habitants possède une voiture et près de la moitié d'entre eux se rend au travail ou à l'école à vélo. Un constat qui fait que la ville de la petite sirène est à l'heure actuelle perçue comme la ville cycliste par excellence en Europe, avec Amsterdam.

Cette culture de la bicyclette trouve son origine dans la 1ère crise pétrolière de 1973. Les habitants troquent alors leurs voitures, à cause de l'essence devenue trop chère, contre des vélos, ce qui entraînera dans le même temps la construction des premières pistes cyclables. La ville est maintenant équipée de plus de 390kms de pistes et sentiers cyclables et près de 42.000 cyclistes circulent chaque jour sur la Nørrebrogade, la piste cyclable la plus utilisée d'Europe de l'Ouest, qui relie le nord et le centre-ville.

 

Transports en commun verts et rapides

Pour améliorer la qualité et la rapidité de ses transports en commun, Copenhague est en train d’ouvrir de nouvelles lignes et stations de métros. Elle a multiplié les voies réservées aux bus pour réduire les temps de trajet. Et d’ici à 2025, son parc de véhicules devrait être entièrement équipé d’automobiles vertes fonctionnant à l’électricité, à l’hydrogène ou avec des biocarburants de deuxième ou troisième génération.

De plus, un nouveau parc de BMW électriques en autopartage est à l’étude. Copenhague parviendra-t-elle à devenir neutre en carbone dans moins de dix ans ? "C’est une décision courageuse et un challenge important pour la ville, insiste Søren Dyck- Madsen, qui dirige le Danish Ecological Council, une ONG verte influente. Cet objectif ambitieux l’aide à booster son efficacité énergétique et à accélérer ses investissements dans l’éolien."

Afin de poursuivre sa marche en avant et devenir neutre en carbone, plusieurs gros investissements sont censés donner un coup d'accélérateur. "Le défi va être de trouver des idées pour faire disparaître les 300 000 dernières tonnes de CO2", explique Jorgen Abildgaard, directeur du projet climat à la mairie. Pas de doute, devenir une capitale verte est une priorité, mais aussi un effort permanent, comme le confirme Morten Kabell : "C'est prendre en compte le développement durable dans tous les aspects de la politique municipale. Tout doit contribuer à réduire les émissions de CO2. Nous savons que Copenhague aurait sombré dans la récession, après la crise de 2008, sans nos efforts pour devenir neutre en carbone".