14:01 ARCHITECTURE

Après un démarrage en douceur, le promoteur malgré tout très optimiste

Les ventes et réservations du projet immobilier «Andermatt Swiss Alps» se déroulent comme prévu, a indiqué la société Orascom de l'investisseur égyptien Samih Sawiris. L’ouverture du premier bâtiment, un hôtel de luxe, est prévue pour fin 2013.

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Le promoteur égyptien a convoqué les médias la semaine dernière pour montrer sa confiance quant à la suite du déroulement des opérations. La situation fin janvier fait état de 18 logements vendus pour un montant de 111 millions. Les acquéreurs proviennent à 41% de Suisse, 42% du reste de l’Europe, 14% d’Egypte et 3% du Canada.
Devant la presse, Samih Sawiris a voulu faire taire les rumeurs ou les mauvaises langues. En effet, Le «Tages-Anzeiger», avait publié précédemment un article fustigeant la molesse de la marche des affaires. «Il faut éviter les malentendus, a-t-il insisté: le projet suit son cours normalement selon les prévisions. Nous avons engrangé pour 62 millions de francs de contrats de vente et pour 40 millions de contrats de réservation jusqu'à la fin de l'année, soit 102 millions au lieu des 100 prévus.» Treize millions supplémentaires ont été signés en janvier, mais des preneurs potentiels se sont rétractés pour un montant de 4 millions.

«La main à la pâte»
L'homme d'affaires égyptien de 54 ans a de son côté joué les commerciaux de luxe en se rendant personnellement à New York pour mener des transactions. Il a même fait pression sur son frère afin qu'il achète une villa à Andermatt.
«Nous sommes sur la bonne voie», a indiqué M. Sawiris. Le projet est «bon pour la Suisse et bon pour les Uranais». Cette année, «Andermatt Swiss Alp» va redoubler d'efforts à l'étranger où les ventes ont débuté en octobre.

Un projet pharaonique
Au total, le projet prévoit l'édification de six nouveaux hôtels de quatre et cinq étoiles, de 500 appartements répartis dans 42 immeubles ainsi que de 25 maisons individuelles. Un complexe sportif ainsi qu'un terrain de golf de 18 trous.
L'étape symboliquement importante, a été franchie le 31 août 2010 avec la pose de la première pierre du futur hôtel cinq étoiles, le «Chedi».
le bâtiment est construit selon le standard Minergie, et comprend 50 chambres entre 55 et 100 m2, 78 appartements de 2,5 pièces et 28 de 3,5 pièces. Six duplex et sept lofts viennent s'ajouter à l'offre. Prix moyen du mètre carré dans ce palace: 22000 francs!

Habitants et écolos rassurés
Du côté des habitants d'Andermatt, l'optimisme semble avoir pris le pas sur le pessimisme. Le plan d'aménagement a été accepté par 96% de l'assemblée communale. Quant à la crainte que ce projet ne transforme Andermatt en un Saint-Moritz No 2, le président de la commune uranaise souligne qu'«elle ne touche qu'une toute petite partie des habitants». De leur côté, les associations écologistes ont renoncé aux oppositions grâce à certaines garanties reçues, notamment la promesse qu'aucun héliport ne serait construit.

Appui gouvernemental sous certaines conditions
C'est en janvier 2007 que le Conseil fédéral a donné son feu vert à la réalisation du mégacomplexe touristique d'Andermatt. En septembre 2006 il avait approuvé une dérogation à la lex Koller sur l'acquisition d'immeubles par des étrangers en faveur du projet. Il a néanmoins fixé certaines conditions au plan directeur. Les impératifs de la protection du paysage et de la nature devront ainsi être pris en compte. Le canton devra en outre intervenir afin de protéger le caractère de la vallée d'Urseren. L'Office fédéral du développement territorial (ARE) a par ailleurs posé des exigences spécifiques en matière d'urbanisation et de planification des transports. Il s'agira de prendre des pincettes en particulier avec la réalisation et l'exploitation du golf, qui devra tenir compte des besoins de l'agriculture et de la nature. Autre recommandation: le nouveau complexe touristique devra s'intégrer de manière optimale au milieu bâti.

Création d'emplois
Selon une étude réalisé par la Haute Ecole spécialisée de Winterthur, ce projet pharaonique devrait permettre de créer jusqu'à 2000 emplois et générer des retombées financières de l'ordre de 120 millions de francs. (ba)


Samih Sawaris, l'homme d'affaires

Sur les troubles qui secouent actuellement l'Egypte, Samih Sawaris se montre déroutant: «C'est presque un cadeau du ciel. C'est un signal envoyé au gouvernement pour qu'il s'occupe davantage du peuple et non de ses bons bilans écononiques, dont le gouvernement a profité, dont ma famille a profité, mais dont les pauvres n'ont pas profité».

En Egypte, la famille de Samih Sawaris est comparée aux Rockefeller et aux Rothschild. Leur empire, «Orascom» est la seule entreprise égyptienne à jouer dans la cour des très grands. Avec ses quatre tours coiffées de leurs coupoles dorées, l'immeuble du siège de l'entreprise, édifié il y a quelques années, se découpe sur l'horizon de la capitale des bords du Nil. Samih Sawiris est aussi un mécène qui offre des bourses d'études et décerne des prix de littérature.

Premier million à 24 ans
Son premier million, il l'a gagné à l'âge de 24 ans. Mais son vrai départ dans les affaires remontre aux bancs d'école alors qu'il fréquentait l'école protestante allemande du Caire: «Je rachetais aux enseignants qui repartaient en Allemagne des réfrigérateurs et des chaînes HiFi pour les revendre en Egypte. Je me faisais ainsi mon argent de poche», se souvient-il.
Avec leur groupe Orascom, les frères Sawiris c'est-à-dire Nagib (télécommunication), Nasif (bâtiment) et Samih (Hôtel et tourisme), font à eux seuls 40% du chiffre d'affaires de la bourse égyptienne.
Avec Orascom-Telecom, Nagib, l'aîné, est le plus grand prestataire de téléphonie mobile du Proche-Orient, d'Afrique et du Pakistan et possède en outre «Mobinil». Dans ce secteur, il a racheté l'italien «Wind».

Le goût du risque
Tandis que Nasif est leader du marché dans le secteur du bâtiment, Samih Sawiris a décidé en ce qui le concerne de s'étendre en Europe.
Les trois frères poursuivent l'œuvre de leur père Onsi Sawiris fondateur d'Orascom et véritable patriarche. En 1961, sa première entreprise de construction n'avait pas résisté à la politique de nationalisation menée par le président socialiste Gamal Abdel Nasser. Dix ans plus tard, Onsi Sawiris redémarrait avec Orascom.
Samih Sawiris incarne toute l'ambition des Sawiris. Marié à une équatorienne et père de cinq enfants, sa voix trahit la fierté de celui qui aime miser et gagner lorsqu'il raconte comment il a gagné son premier million.
«J'ai eu la chance de pouvoir exploiter une brèche du marché. Personne en Egypte ne construisait de bateaux en fibre de verre et il y avait une demande importante aussi bien dans la police, dans l'armée que pour la pêche en haute-mer. Je me suis donc lancé, j'ai fait chaque année deux à trois millions de livres égyptiennes de chiffres d'affaires et comme il n'y avait pas de concurrent, j'ai pu facilement faire 30% à 40% de bénéfice.»

Encourager la littérature et l'ouverture d'esprit
Mais les affaires ne sont pas toute sa vie: Samih Sawiris s'occupe activement de la fondation de la famille Sawiris, qui soutient de jeunes Egyptiennes et Egyptiens désireux d'étudier à l'étranger, à la condition qu'ils reviennent ensuite en Egypte pour mettre leurs connaissances acquises au profit de leur pays.
En 2005, il a remis pour la première fois le prix Sawiris de littérature, doté de 60000 francs pour récompenser le meilleur roman ou la meilleure nouvelle de l'année, et de 10000 francs pour le meilleur jeune auteur. Des montants considérables en Egypte.
«En Egypte, de nombreux auteurs ne peuvent pas se permettre d'écrire des livres parce qu'ils doivent d'abord gagner de l'argent. En décernant ce prix, je veux permettre à ceux qui en ont le talent de s'épanouir», déclare le mécène.
En encourageant la littérature, Samih Sawiris cherche à faire contrepoids aux nombreux écrits religieux diffusés en masse parmi la population. L'homme d'affaires et mécène se déclare préoccupé de voir combien les pamphlets religieux s'imposent dans la population: «La littérature favorise l'ouverture d'esprit.»
Lorsqu'il était jeune, durant ses études en Allemagne, Samih Sawiris s'est imprégné de littérature germanophone (Heinrich Böll, Friedrich Dürrenmatt) et anglo-saxonne. Aujourd'hui ses lectures de vacances - qu'il avoue prendre fréquemment - portent essentiellement sur l'histoire et la politique du Proche-Orient.
Samih Sawiris déplore que le terrorisme ait considérablement terni l'image des musulmans: «Ce qui me fait particulièrement mal, c'est de voir le soulagement sur le visage des Occidentaux lorsqu'ils apprennent que je suis chrétien et pas musulman.»
(ba et sources swissinfo)

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