Bienne a accueilli les assises de la construction en bois
Quelque 270 professionnels de l'architecture, de la planification et de la construction bois se sont réunis dans la cité seelandaise lors de la Journée du bois 2026. Les débats ont mis en lumière des réalisations innovantes et le potentiel croissant des matériaux biosourcés tels que l'argile, la paille et le chanvre.
Crédit image: Lauchernalp Lodge AG.
Le projet « Momentum » a permis la création d’un hôtel temporaire à Lauchernalp après la catastrophe de Blatten en 2025.
La Journée de la construction en bois de la Haute école spécialisée bernoise (BFH) s’est ouverte sur un projet au contexte dramatique : « Momentum », un hôtel temporaire situé à Lauchernalp, qui a été construit en un temps record après l’éboulement près de Blatten (VS) fin mai 2025, afin d’assurer l’avenir professionnel des hôteliers du village enseveli. Christoph Stahel (Pool Architektur) et Eric Mühlemann (Schäfer Holzbautechnik AG) ont décrit lors de la conférence comment cette entreprise a été menée à bien. Non seulement le bâtiment devait être prêt à être occupé en 105 jours ouvrés avant le début des vacances de Noël, mais le chantier a également dû faire face à une arrivée précoce de l’hiver.
Hymne
au mix bois béton
Avec la maison d’habitation Wächselacher à Stans (NW), l’accent a été mis sur
une nouvelle construction en milieu rural. Grâce à sa forme, ce bâtiment de
trois étages s’inspire de l’édifice voisin, une maison en bois de tradition
rurale, et associe bois massif, enduit d’argile et planchers composites
bois-béton. A chaque étage, quatre appartements sont disposés symétriquement
autour du noyau central d’accès, comme l’a décrit Søren Linhart (Seiler Linhart
Architekten) dans sa présentation du projet. Des balcons en bois périphériques
et le toit en forte saillie protègent la façade en bois brut de sciage des
intempéries. Selon Linhart, le bois provient à 100 % des forêts du canton.
Jonin Frigg (Pirmin Jung Schweiz AG) a ajouté que les murs avaient été réalisés
en bois massif et étaient restés apparents, tout comme les planchers à lattes.
Crédit image: Joud Beaudoin Architectes
La maison de quartier des Plaines-du-Loup, sur les hauts de Lausanne, illustre les atouts de l'emploi de matériaux biosourcés.
D’autres exposés de la première session ont porté sur la clinique Arlesheim H4H et la maison de quartier des Plaines-du-Loup à Lausanne. Yaike Dunselman (9graden architectuur) et Kurt von Felten (Makiol Wiederkehr AG) ont montré comment la clinique Arlesheim a réussi à créer une symbiose entre architecture, médecine et bois. Ce mode de construction, qualifié d’« architecture curative », relie l’intérieur et l’extérieur grâce à une cour intérieure ; les matériaux naturels et une palette de couleurs contribuent à créer un environnement serein et facilitent l’orientation. Dans le cas de la maison de quartier de Lausanne, un ensemble composé de quatre volumes reliés entre eux, l’argile et le bois jouent un rôle prépondérant, comme l’ont expliqué Lorraine Beaudoin et Christophe Joud (Joud Beaudoin Architectes). Les murs intérieurs du bâtiment sont en terre battue, les murs extérieurs en ossature bois avec un remplissage de chanvre et de terre, et la façade en chaux de chanvre pilée.
Les
écoles en vedette
La deuxième série de conférences s’est concentrée sur trois bâtiments
scolaires, dont certains sont encore en cours de construction : l’école
primaire de Weissenbühl (Berne), l’école cantonale de Wattwil (SG) et le campus
de Bienne. L’école primaire de Weissenbühl, dont le coût est estimé à 72
millions de francs, devrait être achevée d’ici 2028. Selon Leander Walther (GWJ
Architektur AG), le bâtiment en trois parties repose sur une trame axiale de
3,54 m et offre une grande flexibilité pour les salles de classe, les salles
spécialisées et les espaces d’apprentissage. La structure porteuse de ce
bâtiment scolaire de six étages repose sur des poteaux de dimensions identiques
mais de résistances différentes, ainsi que sur des murs porteurs de loggias.
Les planchers mixtes bois-béton, associés à des planchers en planches empilées,
ainsi que les planchers nervurés HBV avec des éléments en béton préfabriqué,
reposent sur des poutres primaires en béton, en partie sur des poutres HBV et
sur des poutres secondaires supplémentaires en acier.
Pièces sans poteaux
L’école
cantonale de Wattwil, un bâtiment compact de trois étages doté d’un atrium, a
été définie selon le principe du « Design to Cost » et conçue à l’aide du BIM. Selon Michael Künzle (Gunz & Künzle
Architekten), la faisabilité dans le cadre d’une construction en bois a joué un
rôle important lors de la conception, notamment la question de la hauteur sous
plafond possible dans les pièces sans poteaux. Au total, 3 623 m 3 de bois ont
été utilisés. Selon Christoph Zingg de Blumer-Lehmann AG, chef de file du
projet, a dû relever des défis liés à la coordination du groupement
d’entreprises et des sous-traitants, à l’installation du chantier et à la
protection contre les intempéries. A cela s’ajoutait l’espace très restreint du
chantier : dans le cadre de la préfabrication, le montage ne fonctionne que si
le bon matériel arrive au bon moment. L'école cantonale a été achevée en août dernier.
Un campus dans un contexte de pénurie
Wolfram Kübler (Walt Galmarini AG) a présenté le nouveau campus de la BFH à
Bienne. Avec un coût de construction de 340 millions de francs, une surface de
plancher de 65'000 m², environ 80 salles de cours et de séminaires ainsi que
140 laboratoires et ateliers, un restaurant, un centre d'entretien et une
station-service, ce campus joue dans une catégorie à part. Réduire la
complexité des grands chantiers lui tient particulièrement à cœur. Avec un autre sujet qui préoccupe son ingénieur : la réduction de la
consommation de bois, qui pèse sur les
planchers à nervures en construction mixte bois-béton, plutôt que les planchers
composites plats. Le nouveau campus de
Bienne devrait être prêt à accueillir ses occupants en 2028.
Surélévations,
extensions et aménagements
Pour faire la transition vers le programme de l’après-midi, Sandra Burlet,
directrice de Lignum Economie du bois Suisse, a souligné que la construction en
bois n’avait rien à envier à la construction massive en termes d'adaptabilité.
Dix courtes présentations ont ensuite suivi dans le cadre de deux séries de
conférences parallèles sur les thèmes « Surélévations, extensions et
aménagements intérieurs » ainsi que « Nouveautés de la recherche en
construction en bois ». Concernant la surélévation et la densification urbaine,
les participants ont notamment pu découvrir la HIL Townhouse à Bâle, la
surélévation du centre de soins Loogarten à Esslingen (ZH) sans interruption de
l’activité, ainsi qu’une surélévation avenue Wendt à Genève.
Réhabilitation
modulaire
Les intervenants se sont aussi penchés sur la recherche en construction bois et
ont présenté un système modulaire de construction destiné à réhabiliter des
bâtiments inutilisés. Baptisé « Murs de contreventement en ossature bois avec
ouvertures », oce dernier aborde la vibration des constructions en bois en cas
de séisme, ont présenté un plancher caissonné à portance biaxiale et ont
dévoilé le démonstrateur « Build-in-Wood » – un laboratoire en conditions
réelles dédié à la construction modulaire. (Pascale Boschung)