14:09 ARCHITECTURE

Du gaz oui, mais pas pour tout-de-suite!

«Les forages entrepris sous le Léman n’ont pas été menés pour rien». C’est ce qu’a indiqué Philippe Petitpierre, administrateur d’Holdigaz lors de son assemblée générale le 28 septembre à Montreux. S’il y a bel et bien du gaz, son exploitation n’est toutefois pas à l’ordre du jour.

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Le forage d’exploration entrepris dès novembre 2009 ont révélé que le sous-sol lémanique renferme bel et bien du gaz naturel. En quelles quantité? Le mystère plane encore. Pour Holdigaz, il est en l’état illusoire d’évoquer un quelconque chiffre, des recherches plus poussées devraient être entreprises pour cela. Il s’agira notamment de faire un inventaire des méthodes de récupération du gaz naturel et une étude plus détaillée du potentiel géothermique du sous-sol.


Du gaz «piégé» dans la roche
Des échantillons de roches prélevées ont été analysés dans des laboratoires spécialisés aux quatre coins du monde: Amérique, Egypte, Suisse, etc. Les résultats montrent qu’il s’agit essentiellement de gaz conventionnel, mais pas de pétrole, comme évoqué un temps. Les études révèlent que des réserves de gaz «piégé» – dans la porosité de la roche – se trouvent plus au Nord-Ouest de la frontière entre la Suisse et la France, au large du château de Chillon. Pour l’heure, compte tenu des investigations à entreprendre, l’exploitation de ces gisements n’est pas à l’ordre du jour. Pour la prochaine étape, le calendrier sera déterminé une fois que les coûts des travaux complémentaires auront été arrêtés.

Recherches menées avec un optimisme mesuré
Dès le début des opérations de forage en novembre 2009, les initiateurs du projet ont affiché un optimisme mesuré. Selon leurs estimations, il existait 15 à 20% de chances pour arriver à un résultat positif.
C’est la société Petrosvibri SA – une société détenue à 66% par Gaznat SA et 34% par Holdigaz SA –, qui a mené les opérations de forage depuis le territoire de Noville. La plate-forme fut érigée à 500 m de la réserve naturelle des Grangettes. Les travaux qui se sont déroulés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, étaient planifiés jusqu’en mai 2010. Mais ceux-ci ont du être prolongés en raison d’incidents techniques. En effet, après qu’une tête de forage se soit brisée il a fallu récupérer les débris. Et plus tard, lorsque le forage avait déjà atteint une longueur de presque 4000 m, sous l’effet d’un effondrement d’une cavité, il a soudain été impossible de ressortir le train de tiges avec sa tête de forage, même avec une force de traction supérieure à 350 tonnes. Ce sont finalement deux charges explosives qui ont permis de désolidariser les éléments bloqués et de remonter la tuyauterie à la surface. Par la suite, il a été décidé de modifier l’angle de forage à partir de 2800 m de profondeur afin de limiter les risques d’affaissement.

Seuls les forages permettent de savoir
En l’état actuel de la technologie, seuls des forages permettent de déterminer avec certitude si des hypothèses de gisements en grande profondeur peuvent révéler des hydrocarbures sous forme de pétrole ou du gaz. La confirmation n’est acquise que lorsque le trépan atteint sa cible et que l’opération de prospection a déjà coûté quelques dizaines de millions compte tenu des conditions géologiques locales. La mince probabilité d’aboutir à un résultat concret n’avait pas dissuadé les promoteurs. Pour assurer ses arrières, Petrosvibri avait prévu d’autres options pour valoriser ses investigations en cas d’échec, notamment des possibilités d’exploitation géothermiques.
Questions à Werner Leu, Dr en géologie, directeur des opérations scientifiques et chef du projet de Petrosvibri SA

Que peux-t-on dire de plus sur les résultats des ces investigations?
Après ce forage, on en sait évidemment un peu plus sur la nature géologique de la zone. Comme nous l’avons dit, il y a un potentiel dans des zones de grès de porosité très serrée. Mais nous devons maintenant faire des tests supplémentaires dans le forage existant, ceci pour déterminer comment et quelles quantités sont extractibles économiquement. Pour toutes ces raisons, on ne peut pas annoncer de chiffres précis. Ce que l’on peut dire, c’est que dans les types de grès que nous avons trouvés on peut évaluer une quantité encourageante.

Faut-il en déduire que c’est vraiment intéressant ?
Cette concentration est dans la moyenne s’agissant de gaz conventionnel dans ce type roche. Il faudra déterminer ce qu’il est possible d’exploiter conventionnellement ou autrement et à quels coûts. Tout dépendra des résultats des tests supplémentaires.

Mi-septembre, le Conseil d’Etat du canton de Vaud a annoncé une supension de toutes les autorisations de recherches de gaz de schiste dans le canton. Quelles sont les incidences pour votre prospection ?
Ce moratoire ne devrait en principe pas toucher nos recherches puisque nous ne sommes pas dans les schistes.

Est-ce à dire que pour extraire éventuellement ce gaz, il faudrait aussi envisager la stimulation artificielle ?
Pas forcément, mais ça peut être une hypothèse parce que c’est une méthode qui se pratique aussi dans ce type de roche. Mais il y a d’autres possibilités. Et c’est pour savoir comment faire et combien ça coûte que nous devons encore effectuer des tests supplémentaires.

On se trouve ici dans un réservoir qui se présente sous la forme de couches assez serrées. Faudrait-il, pour atteindre les zones les plus intéressantes, procéder à d’autres forages sur d’autres sites ?
Avec les résultats que nous avons et en nous basant sur cette roche, nous allons faire nos pronostics pour toute la zone déterminée. À partir d’un seul site de forage, on pourrait encore en faire une vingtaine d’autres, par déviation. Pour les investigations plus avancées, on est en train d’évaluer la logistique nécessaire aux tests supplémentaires.
Ce que l’on sait, c’est que si nous voulions exploiter la zone déterminée, on pourrait le faire moyennant quelques sites de forage supplémentaires. Les équipements techniques ne seraient pas forcément les mêmes, car maintenant en connaissant la géologie on pourrait directement prendre l’équipement adéquat. À Noville, on avait le maximum parce qu’on ne savait pas où vraiment on allait. On ne savait même pas la profondeur finale même si on en avait une idée.

(Propos recueillis par Eric Kocher)

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