10:03 ARCHITECTURE

Le parc des «Hauts de Malagnou» à Chêne-Bougeries

C’est au cœur d’un parc de 3,6 hectares que se joue actuellement l’un des plus importants chantiers du canton de Genève. Le projet développé par le bureau lausannois Luscher Architectes SA et estimé à 200 millions de francs prévoit 146 logements à loyers contrôlés, répartis dans quatre bâtiments, et 8500 m2 de surfaces administratives dans un cinquième immeuble.

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Situé sur le territoire de Chêne-Bougeries, à la frontière de la Commune de Genève, le chantier des «Hauts de Malagnou» a démarré en août 2010. Mais le projet de construire sur cette parcelle arborisée date d’un peu plus de dix ans. Classé zone de développement 3, le site a été acquis en 1994 par la Caisse de prévoyance professionnelle et sociale (CPPS) en vue de densifier la zone en créant des logements, des surfaces administratives et commerciales. Un premier projet élaboré en 1998 avait été refusé par votation populaire. Tenant compte des critiques liées à des considérations de sauvegardes paysagères, un deuxième projet a été développé par le bureau Luscher Architectes SA, lui aussi rejeté par la population communale lors d’une votation en septembre 2004. Les autorités cantonales ont tout de même soutenu le projet et l’autorisation définitive a été délivrée en juillet 2010 par Mark Muller, conseiller d’Etat en charge du Département des constructions et des technologies de l’information (DCTI). Le chantier, estimé à 200 millions de francs, devrait s’achever en 2014. Le nouveau quartier sera composé de quatre bâtiments d’habitation, de 6 à 8 niveaux chacun, totalisant 146 logements, du 2 au 8,5 pièces, exclusivement dédiés à la location. Les loyers seront contrôlés par l’Etat, 83 logements étant à loyer libre, les 63 autres étant subventionnés. Un cinquième immeuble, d’une surface de 8500m2, sera occupé par des bureaux. Plus de 300 places de parc seront aménagées en sous-sol avec des accès périphériques, afin d’interdire tout trafic dans le parc. Tel que prévu par le Plan Localisé de Quartier, la villa existante datant de 1897 sera préservée et ses locaux seront occupés par la commune.

Trame paysagère

Le concept d’aménagement des architectes lausannois se nourrit des qualités paysagères du parc. Ainsi, dans le respect de la configuration des éléments naturels existants, ils ont composé l’espace bâti de façon à sauvegarder des essences de valeur tout en offrant une nouvelle identité au parc. «Les arbres existants isolés, l’allée des marronniers et une zone de renaturation de 6500 m2 vont donc perpétuer l’esprit arborisé de la parcelle. Les bâtiments sont regroupés autour de l’espace central et implantés en douceur dans le parc, avec le double objectif de ménager la végétation et de garantir un authentique confort de vie en réduisant les nuisances sonores», donne à voir Dagmar Driebeek, architecte et responsable de projet. Le bâtiment dédié aux surfaces de bureau est implanté le long de la route de Malagnou, au trafic très dense, pour servir d’écran visuel et phonique. Entre ce dernier et la route, une haie «coulisse verte» maintient l’aspect naturel du site. Les immeubles d’habitation sont, quant à eux, répartis dans le parc, autour de la villa de maître conservée.

Nécessité d’une urbanisation dense

Du côté de Genève, l’îlot administratif et le bâtiment d’habitation perpendiculaire répondent à la nécessité d’une urbanisation assez dense. Par contre, les autres constructions, plus basses, créent une transition harmonieuse avec le quartier villa qui caractérise Chêne-Bougeries. Le concept architectural se nourrit du parc paysager. «Afin de pouvoir construire dans ce parc classé zone de développement, nous avons pris le parti de faire cohabiter le plus harmonieusement possible nature et bâti», poursuit l’architecte. Ainsi, les rez-de-chaussée offrent des ouvertures et des continuités visuelles entre bâtis et parc, propices au bien-être des habitants. Des façades ventilées en verre deviennent des supports de la nature en reflétant les arbres. «Les tons de couleurs qu’elles dévoilent évoluent au fil des quatre saisons, selon la couleur des feuilles. Avec ce choix architectural, la nature reprend ses droits en rendant les constructions les plus discrètes possible puisqu’elles reflètent leur environnement composé de la végétation du parc et des différents arbres», illustre Dagmar Driebeek.

Mutation d’un parc paysager

La qualité paysagère du site a été prise en compte dès le début du projet. «Nous avons fait faire une analyse de l’état des arbres et un pronostic de longévité afin de déterminer les spécimens ayant un intérêt dendrologique, paysager et une valeur à long terme», note Jean-Jacques Borgeaud, architecte-paysagiste du bureau qui porte son nom à Lausanne. Lorsque ces résultats ont été confronté avec le projet d’implantation des bâtiments élaborés par les architectes, un conflit s’est présenté entre trois arbres de très grande valeur et les futurs immeubles. «Grâce à l’excellente coordination entre le maître d’ouvrage, les architectes, les spécialistes et la direction générale de la nature et du paysage, une réadaptation de la volumétrie des bâtiments a permis de conserver le pin sylvestre et deux cormiers», se réjouit le spécialiste.

Autre donnée importante du projet, une zone boisée, reconnue comme forêt s’étendait le long de la route de Malagnou où les architectes projetaient le bâtiment rectangulaire à même de servir d’écran anti-bruit. A la suite d’une procédure de déclassement de cette coulisse forestière, une compensation, à la fois quantitative et qualitative a été établie. Ainsi, une zone de renaturation a été prévue de l’autre côté du parc, entre les restes de deux haies de chêne. «Le futur quartier des Hauts de Malagnou tire sa force dans ses multiples cohérences. C’est à la fois un projet de densification de très grande qualité architecturale et d’usage, ainsi qu’une transformation et valorisation d’une structure de parc paysager», résume l’architecte paysager.

Plusieurs mesures de soins ont été appliquées avant le chantier. L’ensemble des arbres ont été protégés par une palissade de chantier. Des rideaux radiculaires ont été prévus à certains endroits de proximité par rapport aux fouilles. «Pour cela, on creuse une tranchée entre la future zone de fouille et l’arbre. Elle est remplie d’un mélange de terreau et de sable ce qui permet aux racines de se maintenir ou de se développer à cet endroit-là», précise Jean-Jacques Borgeaud. En outre, pour protéger le système radiculaire d’arbres, et éviter le tassement du sol, sous lesquels passent les engins de chantier pendant le gros œuvre, en particulier les travaux spéciaux qui concernent le terrassement sur trois niveaux des bâtiments, une dalle de protection racinaire a été coulée sur des fondations ponctuelles, comme un pont au ras du sol.

Fouilles en fer à cheval

En raison de la nature paysagère du site, le sous-sol de 80000 m3 est inséré dans l’enceinte des cinq bâtiments implantés en forme de U. «L’excavation d’environ 10 mètres de profondeur ne pouvait pas se faire en pleine masse. Nous avons réalisé des parois moulées étayées de 15 m de profondeur et 50 cm d’épaisseur, très fines, en raison de la proximité des arbres ainsi que du terrain relativement peu consolidé, avec des argiles molles et peu compactes», précise Lorenzo Lelli, ingénieur civil et chef de projet pour le compte du bureau Ingeni SA, à Carouge.

Le choix de parois moulées a été motivé par la présence des arbres. «Un système de palplanches aurait nécessité le fonçage de ces éléments de 15 mètres à proximité des arbres et en conflit avec les branches. Nous avons aussi renoncé à des parois types berlinoises, car certaines couches du terrain étaient trop molles pour pouvoir reprendre la poussée au pied de talus», relève le chef de projet.

Les tunnels de liaisons des bâtiments ont la même continuité structurelle. Leurs nombreux angles rendent l’excavation et la pose des parois moulées plus difficile pour des questions d’excavation et d’étanchéité. «Cela complique aussi l’étayage provisoire, parce que quand on met des étais en éventail dans des formes géométriques qui varient, cela demande une étude particulière des détails d’appui contre la paroi moulée», note Lorenzo Lelli.

La présence des arbres a également eu un impact sur les sorties verticales des 2 abris de protection civile situés au deuxième sous-sol. Etant donné qu’elles ne pouvaient pas s’intégrer dans les parois moulées, les ingénieurs ont dû prévoir des forages réalisés par la suite avec un engin de 1,5 m de diamètre, à proximité des arbres. «Nous avons fait un forage classique type pieux, puis utilisé un tube en fibres de verre qui formait la paroi intérieure du tunnel provisoire de sortie verticale. Ainsi, nous avons pu bétonner rapidement l’espace entre le puit de forage et l’élément en fibres de verre. C’est une excellente solution alternative». estime le chef de projet.

Une fois le gros œuvre terminé, la structure des bâtiments en béton classique n’a pas posé de difficulté technique particulière, si ce n’est la gestion de chantier et les impératifs liés à des délais de réalisation assez serrés. La livraison du nouveau quartier des Hauts de Malagnou est prévue en 2014. (ev)

Les intervenants

Maître de l’ouvrage

CPPS, Genève


Architecte/Planificateur

Luscher Architectes SA, Lausanne


Paysagiste

Jean-Jacques Borgeaud, Lausanne


Direction locale des travaux

Quartal Sàrl, Vevey


Ingénieur civil

Ingeni SA, Carouge


Ingénieur CVC

SB technique Sàrl, Genève


Ingénieur électricité

Zanetti ingénieurs Conseil, Petit-Lancy


Ingénieur sanitaire

Technosan SA, Veyrier


Etudes et planification Façades

BCS SA, Neuchâtel

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