10:10 ARCHITECTURE

L’Ecole Internationale enrichit la Grande Boissière

La Fondation de l’Ecole Internationale de Genève construit sur son campus de La Grande Boissière un nouveau bâtiment de 4000 m2. En remplacement de bâtiments vétustes, il deviendra le nouveau pôle d’enseignement et des activités artistiques. Pour maîtriser le délai serré de réalisation, les intervenants ont misé sur des prémurs thermiques en béton peu courants en Suisse.

Avec ses 4000 m2, son auditoire, son théâtre, ses studios et autres salles à usages variés, le Centre des Arts offrira aux élèves de l’Ecole Internationale de Genève dès 2014 une plate-forme d’apprentissage leur permettant d’enrichir leur savoir et leur créativité en expérimentant l’ensemble des disciplines artistiques. «Notre établissement s’étend sur le campus depuis 1929. L’évolution organique de la disposition des bâtiments et des départements a engendré l’éparpillement des disciplines artistiques (arts, théâtre, musique), dans des locaux inadaptés. Au début des années 2000, nous avons initié le projet de réunir ces départements en mettant un point de créativité au cœur du campus», explique Michaelene Stack, directrice du Département du Développement de l’Ecole Internationale de Genève.

Auditorium de 400 places

Le programme du complexe budgété à 25 millions de francs comprend un auditorium de 400 places et un théâtre professionnel de 180 places, des salles de classe modulables, des espaces d’étude et de rencontre pour les élèves, un grand studio d’art dramatique, des studios de répétition, un studio d’enregistrement, de larges surfaces d’exposition ainsi qu’un équipement multimédia de pointe et des salles de conférence. Mandatés par le maître d’ouvrage, les architectes parisiens réputés Wilmotte & Associés se sont associés aux carougeois Brodbeck-Roulet SA pour l’exécution du projet. Les premières études ont été réalisées entre juin 2010 et décembre 2011. «L’un des principal défi résidait dans le fait d’intégrer un programme de cette envergure sur le campus historique où très peu d’emprises au sol restaient disponibles. Avec, de plus, une double destination : des équipements pédagogiques mais aussi une ouverture sur la ville afin d’en faire un outil culturel relativement majeur pour Genève», résume Laurent Peyron, architecte de chez Willmotte & Associés SA à Paris. Ces derniers ont imaginé un bâtiment en L qui vient s’adosser au gymnase existant et qui se retrouve à la cassure de terrain des deux plateaux du campus, au niveau de la terrasse de la cafétéria, entre le terrain de sport inséré dans la forêt et le niveau haut où se trouvent tous les bâtiements du campus. «Nous avons accolé le bâtiment au gymnase pour que son entrée principale soit en face de la cafétéria et qu’il anime en parallèle la partie basse du campus», précise l’architecte. Ce faisant, il prend en considération la complexité du programme marqué par un rapport entre les pièces aveugles du théâtre et de l’auditorium sans apport de lumière d’un côté, et les salles de cours ouvertes sur le paysage de l’autre. «En les disposant en L, de manière perpendiculaire l’un à l’autre, nous pouvons créer un espace intermédiaire entre les deux qui vient compenser ces façades occultes. A l’arrière, la façade s’anime avec des salles de cours», ajoute l’architecte.

Canevas sobre

Pour gérer les grandes façades occultes, les architectes ont opté pour une organisation tripartite de la façade, avec un soubassement marqué. Les deux étages sont recouverts de vitrages en U qui viennent faire une double peau sur l’ensemble du bâtiment, tantôt émaillé blanc, tantôt transparent, en fonction de l’affectation des espaces intérieurs. «Cet habillage recouvre l’ensemble du bâtiment. A l’image d’un ruban, il le ceinture et l’unifie. Ce choix permet aussi de travailler l’éclairage sur la façade principale, mettant en valeur l’entrée les soirs de représentation, tel un effet de lanterne», laisse imaginer l’architecte parisien. Les aménagements intérieurs se veulent naturels et bruts, avec beaucoup de béton apparent. Seules les parois de l’auditorium donnant sur les foyers seront aménagés avec des revêtements en chêne rappeleant ainsi la scène et le plafond de celui-ci. Si les tons gris, anthracite et blancs dominent, c’est pour laisser toute l’expression aux futures œuvres des élèves hautes en couleurs qui fleuriront dans les différents espaces du bâtiment, marqués par des volumes de plafonds importants et de grandes circulations.

Murs et dalles préfabriqués

Au niveau structurel, le bâtiment repose sur des fondations profondes de type pieux plantés à 15 m de profondeur, pour s’affranchir du sol de relativement mauvaise qualité. Le sous-sol est composé d’un radier et de murs coulés en place avec tout de même une particularité : il a été rendu étanche à l’extérieur du bâtiment pour pallier les risques liés à la présence de circulation d’eau dans le terrain. La structure du rez-de-chaussée est également construite en murs et dalles coulés en place. En revanche, tous les murs périphériques y compris ceux de l’auditorium et le théâtre ont été préfabriqués en usine. «Ces pièces dites prémurs de 12 m de haut sont constituées de deux peaux extérieures avec un vide rempli de béton sur chantier. On a donc un élément préfabriqué qui ne contient que les parements extérieurs. Ces derniers sont mis en place sur le bâtiment. Puis on procède au coulage du béton intérieur. Dans notre cas, l’isolation était directement intégrée à la pièce préfabriquée. C’est un procédé qui n’est pas très étendu en Suisse pour l’instant», précise Cyrille Michel, chef du groupe Structure au sein de BG Ingénieurs Conseils SA Genève. Fabriquées en France, ces pièces ont plusieurs avantages. Sans devoir recourir aux coffrages, les intervenants profitent d’une rapidité d’exécution supérieure. Le gain de temps sur les travaux d’isolation extérieure du bâtiment est non négligeable et permet de s’affranchir des conditions climatiques défavorables des saisons froides. Une stratégie exemplaire pour tenir les délais relativement tendus, sachant que le gros-œuvre réalisé en part-propre avec les équipes de Losinger Marazzi SA a débuté en janvier 2013 et s’est achevé en juillet dernier. «Ces prémurs d’une hauteur qui équivaut à trois étages assuraient également une meilleure sécurité. En effet, ces murs sont entre deux vides, avec l’auditorium ou le théâtre d’un côté et l’extérieur du bâtiment de l’autre. Empiler des banches sur trois niveaux nécessite une stabilisation et une emprise au sol importante. Cette tâche aurait été d’autant plus complexe que le bâtiment est collé contre le gymnase existant avec 1,50 m seulement entre les deux murs. Livrés couchés sur camion, les prémurs ont été retournés puis emboîtés comme un jeu de lego», analyse Charlotte Heidet, chef de projet pour le compte de Losinger Marazzi SA en charge de la direction des travaux. Sur ces pré-murs sont ensuite posées des dalles alvéolaires qui font jusqu’à 16,25 m de portée et une épaisseur de 40 cm, en raison du nombre important de charges uniques suspendues à ces dalles. Cela s’explique également par le fait qu’au-dessus de l’auditorium s’étend une salle de danse donc avec des charges d’exploitation plus élevées que pour des espaces de travail. Selon elle, en Europe, très peu d’usines savent produire des dalles préfabriquées d’une telle épaisseur, les intervenants ont donc fait appel à une entreprise française. Cette préfabrication a nécessité une coordination exemplaire entre les ingénieurs civils et les ingénieurs CVSE pour tout ce qui est le positionnement et le passage des réseaux, puisqu’ils doivent déjà être prévus en usine dans les pièces préfabriquées. Sachant que les percements sur place sont délicats voire impossible dans le cas des dalles alvéolaires précontraintes, ils ont dû anticiper exactement tous les passages de réseaux.

Vision écologique

Le futur Centre des Arts s’intègre dans un projet plus large, entrepris sur le campus depuis 2006 afin de favoriser le développement de la biodiversité et de requalifier certaines zones jusque-là négligées. A noter par exemple : l’exclusion de la circulation motorisée (2007), la clôture du site (2008), le réaménagement de l’espace derrière le Grand bâtiment (2009), la végétalisation du mur côté route de Chêne (2007) et l’installation de bacs de plantations (2011). D’autres projets visent à abattre et replanter le marronnier de l’Ecole primaire, planter le noyer Alexandre III ou encore régénérer les arbres le long du chemin de la Chevillarde. Il faut savoir que le campus abrite un bois remarquable, inscrit au cadastre et protégé au niveau fédéral. La présence d’une zone boisée en milieu urbain requière certaines mesures pour initier sa régénération. Le bâtiment du Centre des Arts, situé à proximité de ce cordon boisé, s’inscrit parfaitement dans ce contexte puisqu’il permettra, à travers un aménagement paysager soigneusement étudié, de revaloriser la partie sud-ouest du campus. Les arbres qui ont dû être abattus seront remplacés par des essences indigènes, accompagnés par des arbustes et des zones de prairies essentiels à la vie de la petite faune, elle-même essentielle à la biodiversité. Bien entendu, les abords immédiats du nouveau bâtiment seront aménagés en suivant ce même principe. En outre, une partie de la toiture du bâtiment sera végétalisée, permettant d’apporter plus de biodiversité tout en améliorant l’isolation de la construction et en retenant l’eau de pluie. Le bâtiment est intégré de manière à générer le moins d’impact possible sur son environnement en préservant les grands arbres du campus et la forêt urbaine. Un sentier dendrologique (science des arbres) est en cours de réalisation et permettra aux élèves de se familiariser avec les différentes essences présentes sur le campus et de prendre conscience de l’importance de leur préservation.

«Ainsi le projet s’inscrit dans une plus grande dimension, afin d’intégrer la biodiversité sur différentes strates, pas seulement au niveau des ligneux, mais également au niveau des herbacées (gazon fleuri, prairie, milieu xérique). Le concept pour les extérieurs offre en plus du sentier de dendrologie, un cheminement didactique, qui permettra de sensibiliser les usagers au travers de la forêt urbaine qui côtoie le nouveau complexe, sur des thèmes et des approches écologiques», développe François Pernet, architecte paysagiste et directeur associé du bureau Gilbert Henchoz Architectes paysagistes conseils. Ce dernier a étudié et bénéficié du soutien du canton, en particulier de la DGNP (Direction générale de la nature et du paysage) pour que le projet s’intègre dans ce contexte, en proposant de disposer le Centre des arts de telle manière à préserver un hêtre et un noyer considérés comme des arbres remarquables et uniques. (Emilie Veillon)

Maître de l’ouvrage

La Fondation de l’Ecole Internationale de Genève

Architecte mandataire commun

WILMOTTE & ASSOCIES SA

Architecte d’opération – économie

Atelier d’architecture Brodbeck-Roulet SA

Ingénieurs Génie Civil, Structure, Géotechnique, CVSE, Physique du bâtiment, Sécurité

BG Ingénieurs Conseils SA

Direction des travaux

Losinger Marazzi SA

Scénographe

SCENARCHIE, AMG Féchoz

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