11:06 ARCHITECTURE

Les pistes des CFF pour le développement urbain de demain

Le projet «Sur les rails» du bureau genevois Fres architectes associés au bureau de génie civil Weber+Brönimann et au spécialiste technique Roschi et Partner prévoit quelque 200 logements locatifs à la gare de Renens. En parallèle, un nouveau quartier urbain de près de 50 000 m2 de surface brute de plancher, imaginé par le bureau d’architectes Aeby Perneger & Associés SA, est projeté à la gare de Morges.

Densifier autour des gares romandes en y créant de nouveaux quartiers à affectation mixte favorisant la mobilité douce, telle est l’une des pistes cruciales empruntées par les CFF pour le développement urbain de demain. Définis par des concours d’architecture, deux projets vont transformer la gare de Renens et celle de Morges dans ce sens.
En passe de devenir la troisième gare de Suisse Romande, Renens va subir une profonde mutation ces prochaines années. Cette dernière est conduite par les CFF en partenariat avec le Canton de Vaud, les Communes de Chavannes-près-Renens, Crissier, Ecublens et Renens, qui en font un projet majeur du programme Léman 2030. «Aujourd’hui, quelque 30 000 habitants et près de 15 000 emplois sont recensés à moins de 10 minutes à pied ou en bus de la gare. D’ici 2020, ces nombres vont augmenter de 30 % et la desserte de la gare de Renens va être sensiblement améliorée. La gare de Renens constitue et constituera par ailleurs une véritable porte d’entrée pour les Hautes Ecoles et universités de l’Ouest lausannois», relève Jürg Stöckli, responsable CFF immobilier et membre de la direction du groupe dans le rapport du jury.
Actuellement, le sud de la gare est occupé par des bâtiments dédiés principalement à l’artisanat, aux dépôts et aux commerces. Le projet immobilier Renens gare se concentre sur la zone située de part et d’autre du Bâtiment des Voyageurs, protégé par les monuments historiques. Il vise la rénovation de ce dernier, la construction d’un bâtiment à l’Ouest, ainsi que la construction d’un bâtiment à l’Est du secteur. L’ensemble bâti réunira 200 logements locatifs, notamment des unités pour des étudiants, ainsi que des commerces et des bureaux sur une surface au plancher totale de plus de 42 000 mètres carrés. Côté infrastructure, le projet vise la création d’une vélostation de 120 places, 180 places pour vélos en libre-service, un parking à l’usage des nouveaux bâtiments, ainsi qu’un Parc & Rail de 50 places. Le programme de ce nouvel ensemble immobilier devait par ailleurs jongler avec plusieurs contraintes, notamment les projets d’amélioration des installations ferroviaires et des interfaces avec la ville, à savoir une passerelle reliant le Nord au Sud de la gare, le réaménagement des espaces publics et l’amélioration de l’offre en transports publics et le réaménagement des quais et du passage inférieur.

Façades hétéroclites
«Du point de vue urbain, le pôle de la gare présente un contexte en pleine mutation. Notre intervention tente de tisser des liens avec les projets annexes au développement immobilier et effacer les frontières entre eux, pour bien s’insérer dans le contexte futur», relève Laurent Gravier, architecte associé du bureau Fres. Au niveau du bâtiment historique, leur intervention consiste à mettre en valeur ses qualités intrinsèques, en tirant partie notamment de la composition architecturale classique du bâtiment avec sa façade symétrique, et de grandes hauteurs sous-plafond en rez-de-chaussée, pour implanter dans chacune des ailes Est et Ouest du bâtiment un café-restaurant qui animera la place de la gare avec une terrasse extérieure. «Le corps central du bâtiment conserve sa fonction initiale de gare avec les guichets CFF et des services annexes, sous la forme de bâtiment traversant reliant la ville et les quais de la gare. A l’étage est projeté un restaurant, dépendant d’un des deux cafés en RdC, qui profite aux beaux jours d’une terrasse surplombant la place de la gare. Sous les combles se trouvent des bureaux, et au sous-sol des programmes annexes, des dépôts et des locaux techniques», détaille Laurent Gravier.

Ne pas «écraser» le bâtiment
Dans leur approche, les architectes ont veillé à ne pas écraser le bâtiment patrimonial, tout en initiant un dialogue entre les deux nouvelles constructions imposantes de chaque côté. Pour cela, ils ont mis en place un système de décomposition de strates horizontales des volumes : la strate basse dialogue avec le bâtiment existant de la gare, un deuxième niveau de retrait reprend les bâtiments qui composent la place de gare, et le couronnement des bâtiments dialogue avec l’échelle territoriale de la gare. De plus, ils ont rompu la symétrie entre les deux bâtiments en travaillant sur des matérialités différentes et un vocabulaire semblable, avec des façades vitrées composées de lames verticales présentant des espacements variables en fonction des programmes. «Les deux nouveaux bâtiments développent des typologies d’habitat complémentaires: le bâtiment Ouest, principalement dédié aux logements étudiants, propose des espaces d’accès qualitatifs, ouverts sur un atrium, qui renforcent le lien social entre les habitants. Chaque appartement profite d’un espace privatif avec jardin d’hiver, assurant un rôle thermique mais aussi acoustique vis à vis des voies ferrées», développe l’architecte associé. Le bâtiment Est accueille des typologies diverses. Une circulation verticale avec éclairage zénithal permet d’accéder aux logements de façon qualitative. Les grands appartements, traversants, permettent de profiter aussi bien de la ville et du soleil au Sud-Ouest que de l’exceptionnelle vue sur les voies ferrées au Nord-Est. Les logements assument ainsi leur positionnement dans le pôle de la gare. Le principe constructif se veut extrêmement simple, à partir d’une trame structurelle régulière qui plombe depuis les niveaux de stationnement en sous-sol jusqu’aux logements en attique, stabilisée par des noyaux béton qui garantissent le contreventement et le système parasismique. Les façades des deux édifices sont habillées de lames verticales qui assurent un filtre visuel mais également thermique pour le bâtiment en jouant le rôle de protection solaire. Le principe des façades assure un traitement unitaire au bâtiment, tout en exploitant sa perception dynamique depuis le train, et en donnant à lire subtilement les différents programmes qui le composent. Concrètement, le bâtiment ouest présente une expression minérale avec une résille basée sur un dessin de façade à partir de lames verticales en béton, tandis que le volume est se distingue par son expression métallique avec des lames verticales en aluminium anodisé. «Les façades filtrent également les vues en apportant l’intimité nécessaire au programme de logements. En fonction de l’angle de vue, les bâtiments sont perçus différemment, passant d’introvertis à transparents en une fraction de seconde depuis le train, apportant une vibration à la lecture du paysage. Les bâtiments sont perçus comme des organismes vivants qui changent avec le mouvement», détaille Laurent Gravier. L’élégance des façades rythmées qui génèrent une impression de légèreté a particulièrement séduit le jury, présidé par Ivo Frei, qui a également salué la qualité de traitement des cheminements, la pertinence des zones commerciales, mais aussi par l’articulation volumétrique subtile. Devisé à quelque 130 millions de francs par l’unité CFF Immobilier, le projet verra son permis de construire déposé l’an prochain en vue d’une première pierre en 2016, pour une mise à disposition des lieux au plus tôt en 2019.

50 000 m2 à Morges
A quelques kilomètres, le site de Morges – Gare Sud sera également densifié, en vue de créer un nouveau quartier urbain. «La Ville, l’Etat de Vaud et les CFF préparent la transformation du secteur, afin que ce site, remarquablement desservi par les transports publics, devienne un centre-ville contemporain de haute qualité», explique Jürg Stöckli. Et le responsable CFF d’ajouter que la surface libérée sur ces friches actuellement sous-exploitées permettra de réaliser d’importants aménagements et de proposer un nouveau quartier urbain sur ce site de grande envergure en plein centre de la ville. Suite au concours d’architecture lancé en 2013, le projet lauréat intitulé «Louise» du bureau d’architectes Aeby Perneger & Associés SA a remporté les faveurs du jury qui a particulièrement apprécié son excellente insertion dans le tissu urbain. Le projet prévoit la construction de quatre bâtiments, dont deux le long des voies CFF sur un socle commun, qui totaliseront près de 50 000 m2 de surface brute de plancher pour des logements, des locaux administratifs, des commerces et des équipements publics: une école, une crèche, des logements protégés, une maison de quartier, un hôtel et un poste de police. Il accueillera près de 1000 habitants, quelque 600 emplois, ainsi qu’un Parc & Rail de 310 places. Principalement axée sur une dimension urbanistique, l’intervention des architectes a cherché une implantation des bâtiments douce et calme, avec une morphologie qui reprend les gabarits de la ville existante. «On s’éloigne du centre-ville pour aller jusqu’aux rails, en montant progressivement la hauteur des toits, jusqu’à 8 m au-dessus du bâti réparti au sud. Cette attitude qui cherche à proposer une forme de continuité avec le tissu urbain plutôt qu’une rupture est caractéristique de notre approche architecturale de manière générale», explique Patrick Aeby, architecte associé du bureau Aeby Perneger & Associés SA, basé à Carouge.

Dépôt du permis de construire fin 2015
Prochaine étape du projet: le dépôt du permis de construire prévu fin 2015. L’ensemble des bâtiments ne sera toutefois pas réalisé simultanément. L’îlot et une première partie de la barre disposée le long des rails le seront lors d’une première phase, et la partie de la barre côté Genève le sera plus tardivement, notamment parce que l’implantation du second nécessite le remplacement d’un équipement technique stratégique pour les CFF. Les travaux des premiers lots pourraient commencer en 2016-2017, pour une mise en service au plus tôt en 2019. Le coût du projet avoisine les 200 millions de francs. (EV)

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