17:08 ARCHITECTURE

L’évolution démographique, un casse-tête pour les urbanistes

Quelles alternatives à la saturation de l’Arc lémanique ? La réponse du Professeur Antoine Bailly, Prix Vautrin Lud 2011, le « Nobel de Géographie» : la « rurbanisation » ou la densification douce de centres villageois situés sur les axes de transport existants.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes ! Entre 1990 et 2005, une surface de 6 000 hectares, soit en gros 12 000 terrains de football, a été reconvertie en zones d’habitation et d’infrastructures dans le corridor lémanique. Une zone côtière allant de Genève à Montreux qui devrait absorber quelque 100 000 habitants supplémentaires d’ici 2025. C'est-à-dire demain. Inutile de dire qu’en termes d’urbanisme, un tel développement n’est pas sans poser problème. D’autant que la saturation est déjà patente tant au niveau des transports que du logement.

Le potentiel de l’arrière-pays

Quelles solutions face à un problème dont l’acuité devient d’ores et déjà source de tensions politiques ? Pour le Professeur Antoine Bailly, orateur lors du rendez-vous de la Banque Cantonale Vaudoise « Les Professionnels de l’Immobilier », trois scénarios sont possibles. Une densification des zones urbaines avec les problèmes que cela comporte en matière d’oppositions ; une dispersion de l’habitat, synonyme de mitage indésirable ; ou une « rurbanisation », soit un développement périurbain autour de centres villageois situés sur des axes de transports en communs existants.

Si la première réponse représente certes une voie à explorer, notamment via les « éco-quartiers », c’est clairement la dernière qui a sa faveur. « Cette alternative n’a pas été privilégiée dans le canton de Vaud, alors que les communautés villageoises sont devenues une sorte de mythe pour nombre de résidents à la recherche d’une autre qualité de vie, d’une autre forme d’existence, explique Antoine Bailly. Tout s’est concentré autour de la « métropole lémanique », sans considérer cet héritage précieux qui nous est donné, à savoir un réseau de transports efficient, notamment par rail, qui offre un énorme potentiel à ce que l’on appelle l’arrière-pays aujourd’hui de plus en plus déserté.»

Pour une cohésion territoriale

Pour fonctionner, un tel scénario demande toutefois un certain nombre de préalables comme l’accès aux emplois ou des services publics développés. Et surtout, une nouvelle gouvernance à même d’associer les acteurs politiques, économiques et sociaux pour assurer au mieux l’intégration d’une nouvelle population au sein de l’identité culturelle locale. « Selon nos enquêtes, précise Antoine Bailly, il y a clairement une demande pour ce type de développement. Il faut donc y répondre. Cette organisation en « grappe » forme ainsi des corridors d’urbanisation en fonction des infrastructures existantes. Sans oublier que le mode d’habitat villageois répond déjà à une logique de densification afin de préserver les terres agricoles. La cohésion territoriale est à ce prix. »

Le pari n’est certes pas gagné mais si Antoine Bailly devait exprimer un souhait, c’est bien celui de voir la pensée anti-rurbaine s’atténuer dans un souci de complémentarité. Et de citer en exemple le Chablais qui, entre Monthey et Villeneuve, devrait inclure quelque 50 000 habitants à l’horizon 2030. Une occasion unique de rurbanisation le long des axes de transport tout en préservant un cœur vert autour de la réserve des Grangettes. Conclusion : « utilisons les corridors existants, évitons le mitage territorial ! » (BCV Entreprise)

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