L’héritage haussmannien de Paris réinterprété dans un hôtel
Triptyque Architecture a livré en 2025 la résidence hôtelière Edgar Suites à la rue de l'Eglise, un ensemble de 106 appartements avec services hôteliers dans le XVe arrondissement de Paris. Pensé pour évoluer dans le temps, le bâtiment associe structure flexible et matériaux de réemploi.
Crédit image: V2com, Pierre-Romain Guedj.
La résidence parisienne veut accompagner les usages futurs.
La résidence hôtelière Edgar Suites de la Rue de l'Eglise s’inscrit dans un quartier caractéristique du XVe arrondissement parisien, où coexistent de multiples strates urbaines et architecturales. Des bâtiments haussmanniens, des immeubles d’habitation en pierre d’après-guerre datant des années 1950, des constructions industrielles en brique et des bâtiments modernistes des années 1970 forment ensemble un paysage bâti façonné par des époques, des matériaux et des méthodes de construction successifs.
Un
bâtiment capable de se transformer
En réponse à cette diversité, le bureau d'architecture franco-brésilien
Triptyque a conçu un bâtiment qui ne cherche pas à reproduire un modèle unique,
mais plutôt à entrer en dialogue avec ce contexte hétérogène. Le projet
s’articule autour d’un système structurel à colonnes et poutres, offrant une
grande souplesse dans l’aménagement intérieur et une adaptabilité future des
usages. Cette capacité de transformation constitue l’un des principes
fondateurs du projet.
Des
façades revisitées
Situé face à une place paysagée et bénéficiant d’une vue remarquable sur la
Tour Eiffel, le bâtiment propose une réinterprétation contemporaine des façades
parisiennes à travers une réflexion sur les matériaux, les performances
structurelles, le poids et l’impact environnemental.
Côté rue, la composition s’organise en trois registres constructifs distincts. Un socle en béton apparent de deux étages ancre le bâtiment dans l’espace public et exprime robustesse et permanence. Au-dessus s’élève une façade en pierre autoportante de cinq étages. Cette hauteur a été déterminée autant par une volonté architecturale que par une logique constructive : au-delà de cinq étages, l’épaisseur nécessaire à l’assemblage de la pierre aurait considérablement réduit la surface utile intérieure.
Crédit image: V2com, Pierre-Romain Guedj.
Les balcons soulignent la verticalité du bâtiment tout en offrant des espaces extérieurs privatifs.
Les niveaux supérieurs sont composés d’une structure à colonnes et poutres, dont les vides sont comblés par de la brique de récupération. Cette superposition de béton, de pierre et de brique réunit trois expressions matérielles, trois logiques de construction et trois rapports différents aux ressources et au carbone incorporé. Le projet cherche à utiliser chaque matériau là où ses qualités sont les plus pertinentes : le bon matériau au bon endroit.
Les balcons continus à nervures blanches qui animent la façade donnant sur la rue sont des éléments préfabriqués insérés dans l’ossature structurelle, renforçant ainsi l’expression constructive du bâtiment. Côté cour, l’architecture adopte un langage plus discret, inspiré des cours intérieures parisiennes traditionnelles. Les façades enduites à la chaux et les fenêtres en bois épousent la géométrie des retraits imposés, créant une expression volumétrique plus douce et plus domestique.
Un
dialogue avec l’histoire
Cette réflexion sur la matérialité, la réversibilité et la construction donne
naissance à un bâtiment qui apparaît à la fois contemporain et familier. Tel un
palimpseste architectural, il rassemble les différentes figures de son
environnement: les bâtiments haussmanniens, l’architecture en pierre
d’après-guerre, les structures industrielles en brique caractéristiques du XVe
arrondissement, les surélévations parisiennes et les constructions plus
récentes.
Plutôt que de figer une image unique de la ville, la résidence de la rue de l’Eglise cherche à participer à son processus continu de transformation. Le bâtiment est conçu comme une structure capable de traverser le temps, s’adaptant à de nouvelles utilisations, à de nouvelles appropriations et à de nouveaux modes de vie. Entre mémoire et devenir, entre masse minérale et légèreté constructive, il propose une architecture qui appréhende la ville non pas comme un état achevé, mais comme une matière vivante en perpétuelle évolution.