11:12 ARCHITECTURE

Une analyse de risques condamne le rêve bâlois

Les séismes survenus il y a trois ans à Bâle auront eu raison du rêve géothermique de la cité rhénane. L'analyse présentée par les autorités de Bâle-Ville est formelle: les risques engendrés par les travaux de forage sont trop grands. Le projet est définitivement enterré.

Les dommages matériels encourus «sont à qualifier d'inacceptables» au vu de la fréquence des séismes et du montant des dégâts, affirme le rapport. Cette conclusion est basée sur les mesures et modèles réalisés par une vingtaine d'experts mandatés par le canton pour un million de francs.

Selon l'analyse de risques, la région bâloise est «inadaptée» pour une utilisation géothermique à grande profondeur de ses roches cristallines. Le projet suspendu fin 2006 prévoyait l'injection d'eau sous pression jusqu'à 5km de profondeur au moyen de deux machines de forage. But de l'opération: chauffer cette eau dans les profondeurs du sol afin de l'exploiter de manière rentable.

Procès cette semaine

Les conclusions de l'analyse de risque ont été publiées juste avant l'ouverture du procès du patron de l'entreprise qui a effectué les travaux de forage. Ce géologue est accusé de dommages à la propriété et d'écroulement intentionnels. Plusieurs études avaient signalé des risques avant le lancement du projet.

Les travaux de forage ont provoqué plusieurs séismes durant l'hiver 2006/07. Le premier, d'une magnitude de 3,4 sur l'échelle de Richter, a eu lieu le 8 décembre 2006. Il avait poussé le canton à commander cette analyse de risque.

Quatres séismes de magnitude 2,9 à 3,2 ont ensuite été ressentis entre décembre 2006 et le 21 mars 2007. Suite aux tremblements de terre, plus de 2500 cas de dommages - essentiellement des fissures dans les murs - ont été annoncés.

Pas de séisme ravageur mais...

Les forages ne sont toutefois pas à même de provoquer des séismes ravageurs, comme celui qui a détruit la ville en 1356, souligne le rapport. La structure des bâtiments n'est en outre pas menacée par les secousses dues aux travaux.

Mais un tel chantier et l'exploitation géothermique du sol pourraient déclencher 200 séismes au total, d'une magnitude allant jusqu'à 4,5 degrés. Ces tremblements de terre seraient donc plus puissants que les secousses enregistrées il y a trois ans.

6 millions de dégâts par an

A elle seule, l'injection d'eau sous pression dans les failles de la roche profonde est susceptible de causer des dommages allant de 40 millions à 600 millions de francs dans un rayon de 12 km. Et il faut compter avec des dégâts de 6 millions par an durant les 30 premières années d'exploitation, selon le rapport.

Promotrice de ce projet pionnier, la société Geopower, détenue à 41,3% par le canton, n'a donc plus que les yeux pour pleurer. Les travaux ont déjà coûté 56 millions de francs dont 28 millions financés par Bâle-Ville.

L'analyse de risque ne dit toutefois pas si les travaux pourraient être poursuivis à des profondeurs moindres ou dans d'autres régions. «Une exploitation à 3000 m sous terre serait à évaluer avec soin», a déclaré le ministre Christoph Brutschin. (ats)

Forage exploratoire à Zurich

Le premier forage exploratoire du projet de géothermie à Zurich a débuté dans le quartier du Triemli. L'objectif est d'atteindre 3200 mètres de profondeur pour trouver de l'eau à 80 degrés. Les travaux de forage devraient durer 80 jours.

Si le projet se concrétise, la centrale géothermique permettra de chauffer l'hôpital du Triemli et des bâtiments voisins, ont indiqué les Services industriels de la ville de Zurich (ewz). Le coût de ce forage exploratoire est de 19,89 millions de francs.

Les ewz veulent faire un deuxième forage exploratoire afin d'accumuler des informations sur la constitution géologique du sol. Ils ont demandé une rallonge de 18,81 millions de francs. Les citoyens zurichois se prononceront sur ce crédit le 29 novembre.

Prise de position de la Société Suisse pour la Géothermie suite à la publication de l’étude du risque du projet géothermique de Bâle (communiqué intégral)

Analyser les résultats, renforcer la recherche et localiser d’autres sites

(14.12.09) - L’esprit pionnier du projet géothermique de Bâle n’a pas été récompensé. Les enseignements géologiques et technologiques doivent cependant servir à poursuivre les efforts en faveur de l’utilisation de la chaleur de la Terre. La géothermie possède un énorme potentiel. D’autres sites offrent des conditions plus favorables. Les analyses réalisées sont à reprendre au niveau de la recherche et du développement pour affiner les bases permettant la valorisation de la géothermie profonde.

La Société Suisse pour la Géothermie (SSG/GEOTHERMIE.CH) salue dès le départ l’élaboration de l’étude de risque relative au projet géothermique de Bâle. La recherche des possibles causes des séismes relativement importants intervenus entre décembre 2006 et février 2007, ainsi que l’évaluation des risques liés à la poursuite des travaux ont apporté des enseignements significatifs pour le développement futur de la géothermie.

L’analyse des risques a démontré que la poursuite du développement du projet géothermique et sa mise en exploitation présentaient un trop grand risque pour la ville de Bâle. Il s’agit en l’occurrence du risque de sismicité induite, pouvant être à l’origine d’importants dégâts dans la ville de Bâle. En conséquence, le gouvernement du canton de Bâle-Ville a pris la décision d’arrêter le projet à présent.

L’analyse de risque a également démontré l’existence en Suisse de régions bien moins exposées au risque sismique, ainsi que la possibilité d’appréhender ces risques de façon appropriée, au moyen de méthodes d’évaluation modernes. L’étude démontre en outre clairement, que ces conclusions n’ont pu être tirées que grâce à la réalisation d’un forage profond et à l’interprétation soignée des investigations.

Les résultats de l’analyse devront à présent être discutés, afin de concrétiser les perspectives réelles de développement. Le potentiel de la géothermie profonde est toujours considéré comme extrêmement élevé. Il convient maintenant de définir dans quelle mesure ce potentiel peut être techniquement et économiquement valorisé.

D’autres sites, dans des conditions géologiques différentes et avec une sismicité naturelle réduite, présentent de meilleures perspectives. Les méthodes d’exploration et d’exploitation des ouvrages utilisant directement l’eau chaude profonde font que le risque de sismicité induite y est notablement plus faible. Des projets pilotes où, comme à Bâle, un échangeur souterrain est à créer artificiellement, des zones faiblement bâties sont à privilégier, pour réduire le risque de dommages en surface.

La SSG/GEOTHERMIE.CH demande en conséquence le renforcement et l’élargissement de la recherche et du développement des bases scientifiques et techniques visant l’utilisation de la géothermie profonde. Simultanément, il conviendra d’identifier des sites alternatifs. Bien que l’esprit pionnier du projet de Bâle n’ait pas été récompensé, les informations et les enseignements obtenus ont apporté une contribution importante aux connaissances en la matière, dont devront bénéficier les projets à venir.

www.geothermie.ch

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