Première mondiale: des chercheurs cartographient en détail une lave torrentielle
Des chercheurs valaisans ont enregistré pour la première fois une lave torrentielle sur deux kilomètres dans l’Illgraben. Grâce à de nombreux capteurs, ils ont pu observer comment les vagues se forment et franchissent les seuils.
Crédit image: Christoph Wetter.
De retour à son état normal, l’Illgraben laisse deviner avec quelle puissance les laves torrentielles peuvent dévaler la vallée.
L’Illgraben, dans le canton du Valais, est
unique en Suisse: plusieurs fois par an, des laves torrentielles s’y produisent
– pareille fréquence est rare en Europe. Des blocs rocheux de plusieurs tonnes
et des matériaux pouvant remplir jusqu’à 4000 camions dévalent la vallée. Ce
torrent offre l'opportunité rare d’observer et d’analyser les laves
torrentielles de façon méthodique. Les chercheurs de l’Institut fédéral de
recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) ont réussi pour la
première fois à y enregistrer des laves torrentielles du début à la fin et à
suivre leur évolution sur de longues distances.
Masses géantes de boue
Une lave torrentielle est un glissement de terrain très fluide, semblable à un
raz-de-marée de boue, qui se déplace dans le lit d’un torrent ou dans un
couloir, mais qui peut aussi déborder. Une masse énorme de boue et de débris
rocheux dévale alors vers la vallée, et des vagues hautes de plusieurs mètres
peuvent se former, se déplaçant plus rapidement que le reste des matériaux
charriés vers l’aval. Jusqu’à présent, la formation et la propagation de ces
bouffées n’avaient pas été élucidées.
Capteurs pour cartographier
les vagues
Les stations de mesure pour les laves torrentielles sont complexes à installer
et coûteuses. En règle générale, les données de mesure sur ce phénomène ne sont
que ponctuelles. Pour mieux comprendre l’évolution des vagues, les chercheurs
ont besoin de mesures sur la totalité du parcours de la lave torrentielle. Dans
le cadre d’une nouvelle approche, le WSL a donc installé des géophones sur une
longueur de 2 km le long du lit de l’Illgraben. Il s’agit de petits appareils
de mesure qui enregistrent les vibrations du sol. Comme des vagues et des blocs
rocheux de tailles différentes provoquent des vibrations d’intensité
différente, les chercheurs peuvent reconstituer, à partir des données des
géophones, la manière dont les laves torrentielles se déplacent vers l’aval.
Crédit image: Christoph Wetter.
Les chercheurs ont enfoui des géophones sur une longueur de deux kilomètres le long du lit de l’Illgraben. A l’arrière-plan, un seuil au sein du torrent.
Il est ainsi possible, pour la première fois,
de comprendre la formation des vagues au sein d’une lave torrentielle: les
vagues commencent petites et s’amplifient à mesure qu’elles descendent vers le
fond de la vallée. Les mesures ont en outre révélé que la zone de la lave
torrentielle où les vagues se forment n’est pas stationnaire, mais qu’elle se déplace
elle aussi vers l’aval. Les vagues ne diminuent pas non plus lorsqu’elles
franchissent un seuil au sein du torrent. Ceux-ci ne sont d’ailleurs pas
destinés à atténuer les flots boueux, mais à les canaliser dans une direction
précise et à stabiliser le lit du cours d’eau. Jusqu’à présent, on ignorait
toutefois comment les vagues les franchissaient.
Meilleure protection grâce à de
meilleures données
Il n’y a toutefois pas lieu de s’inquiéter, expliquent les chercheur – du moins
aux alentours de l’Illgraben. L’infrastructure existante protège bien la
commune voisine. Ces découvertes sont toutefois importantes pour les endroits
où des maisons non protégées se trouvent à proximité immédiate d’un torrent
sujet aux laves torrentielles.