La fédération Infra monte au créneau contre la «recours-ite» abusive

Ces prochaines années, la Suisse devra éliminer d'importants goulets d'étranglement accaparant son réseau routier et ferroviaire. Pour la fédération Infra, L'économie et la collectivité ne doivent plus accepter que la planification et la construction d'infrastructures durent des années, voire des décennies. Selon elle, pour éviter que des investissements nécessaires passent à la trappe, les pouvoirs publics doivent de plus maîtriser définitivement les dépenses courantes.

Les conférenciers des quelque 800 participants à la Journée Infra du 21 janvier à Lucerne étaient unanimes: les possibilités de recours de privés et d'associations envers de nouveaux projets routiers et ferroviaires doivent être réduites rigoureusement et d'éventuels débats judiciaires accélérés massivement. Beat Kappeler, chroniqueur à la «NZZ am Sonntag» et au «Temps», a mis l'accent sur cette exigence: «Les intérêts particuliers sont pondérés dans une mesure disproportionnée par rapport à l'intérêt général d'économie nationale précisément dans la construction d'infrastructures de transport. Les éternels réticents et conservateurs sont privilégiés au grand dam des entrepreneurs, les premiers ne devant que rarement répondre des répercussions négatives de leur politique d'obstruction». Il conviendrait de corriger les incidences négatives de droits populaires exercés à outrance.

Nouvelles frontières cantonales et communales

Beat Kappeler plaide en faveur d'une réduction draconienne des processus de planification et de décision. Cela serait possible par exemple par la création d'instances ad hoc ou d'associations à but déterminé disposant de compétences législatives et droits populaires transfrontaliers. Dans ce cas, une adaptation des frontières communales et cantonales conformément aux besoins ne devrait plus constituer un tabou. Selon Beat Kappeler, d'autre part, les organisations environnementales, unions de syndicats d'initiative ou de protection du patrimoine ne devraient avoir la possibilité de recourir contre un projet de construction planifié qu'après une consultation à la base et non pas sur simple décision individuelle de fonctionnaires. Enfin, il conviendrait d'alléger sensiblement les règles de démolition et de réhabilitation, assurant la mobilité des projets d'infrastructure et palliant toute tare séculaire.

Des recettes en baisse sur les carburants exigent la mise en place d'un nouveau système de financement

Rudolf Dieterle, directeur de l'Office fédéral des routes OFROU, a exigé des mesures efficaces rapidement envers les futurs goulets d'étranglement dans les transports, énergétiques et dans le financement. Les futures recettes sur les droits d'entrée sur les carburants régresseront du fait de véhicules toujours plus efficients en termes d'énergie et économiques ainsi que du passage encouragé activement par la Confédération à d'autres options de propulsion de véhicules, par exemple électriques. En porte à faux, non seulement l'intensité du trafic augmente, mais également les besoins financiers occasionnés par les charges croissantes d'entretien des routes ou de grands projets visant l'élimination de goulets d'étranglement. De ce fait, un nouveau système de financement d'entretien et d'aménagement des routes s'impose impérativement. Selon Rudolf Dieterle, un nouvel impôt devrait être conforme au principe de la causalité, simple et rentable, et d'autre part orienter la demande aussi bien dans le temps que localement, en autorisant une différenciation suivant des critères écologiques.

Collapsus menaçant en matière de transport

Peter C. Beyeler, conseiller d'État et chef du département Construction, Trafic et Environnement du canton d'Aarau, a prévenu d'un collapsus en matière de transport. Le directeur des travaux publics a souligné une fois de plus l'importance primordiale des infrastructures de transport argoviennes dans le fonctionnement du système suisse de transport. Beyeler a exigé un aménagement des infrastructures dans les temps utiles: lorsque des infrastructures de transport sont créées trop tard, les coûts additionnels en termes d'économie nationale reviennent nettement plus chers que les investissements eux-mêmes. La politique et l'économie devraient par conséquent admettre qu'une orientation unilatérale sur la politique financière est une piste dangereuse, parsemée de risques. Dans les infrastructures de transport également, le principe veut qu'il faille d'abord investir avant de bénéficier de rendements sous forme d'une bonne accessibilité et d'une compétitivité élevée.

Investissements en baisse malgré des besoins en hausse

Que les investissements restent en rade malgré des entrées fiscales constantes ou en baisse et des dépenses générales courantes en hausse, c'est ce qu'a mis en évidence Benedikt Koch, directeur de la Fédération Infra. La part des investissements aux dépenses d'ensemble des pouvoirs publics a régressé de 14,4% à 11,1% entre 1990 et 2007. Koch a plaidé pour des budgets d'investissements constants en faveur des infrastructures de transport. Une renonciation à la conservation de la valeur des infrastructures de transport ne déchargerait les finances publiques qu'en apparence, des besoins accumulés grevant alors les exercices futurs. Ceux-ci auraient pratiquement le caractère d'un endettement dissimulé, «hors budget». Michel Buro, président de la Fédération Infra, a alors attiré l'attention sur le fait que la construction d'infrastructures exige des responsables de projet, outre la prévoyance et la compréhension des contraintes locales et régionales, beaucoup d'acharnement, de courage et d'efforts. Comme exemple positif, il a cité la ligne de métro M2 de Lausanne, ayant pu entrer en service en septembre 2008 après un temps extrêmement court de planification et de construction.

Sauvegarder le savoir-faire dans la construction d'infrastructures

Traugott Benz, ingénieur auprès de l'entreprise Stucky SA, Renens, a permis une incursion dans des cultures étrangères. Il a assisté une entreprise iranienne dans la construction du barrage au fil de l'eau le plus haut de la République islamique. M. Benz est persuadé que de tels engagements contribuent également à sauvegarder pour la Suisse le savoir-faire dans la réalisation de projets de barrages. Il s'agit d'un point important dans l'optique des aménagements en cours et prévus des centrales hydrauliques dans les Alpes suisses.

Ivan Scazziga, ingénieur-conseil EPF, connaît par expérience les facteurs décisifs permettant à une route de durer le plus longtemps possible et de rester opérationnelle. Il s'agit d'un savoir-faire menaçant de disparaître notamment dans nos universités et hautes écoles spécialisées. Scazziga a souligné la nécessité d'accorder enfin l'attention nécessaire à la construction de routes dans les établissements précités.

La Fédération Infra

La Fédération Infra est l'organisation professionnelle des entreprises actives dans la construction d'infrastructures. La Journée Infra est toujours organisée en janvier à Lucerne et en février à Lausanne. Des politiques, maîtres d'ouvrage, planificateurs et entrepreneurs de construction s'y rencontrent, discutent sur des sujets d'actualité touchant la politique en matière d'infrastructures et des transports et échangent leurs opinions et connaissances sur les développements techniques les plus récents.

www.infra-suisse.ch

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