Le pays de Fribourg bousculé par sa démographie
Le canton de Fribourg connaît depuis plusieurs années une croissance démographique soutenue, voire spectaculaire. Ce dynamisme, nourri à la fois par une natalité supérieure à la moyenne nationale et une forte attractivité migratoire, transforme en profondeur les paysages urbains, les infrastructures et le tissu économique fribourgeois.
Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
La ville de Bulle a décroché le titre de ville romande la plus dynamique du classement de «Bilan» en 2021. Autant dire que l’entreprise horlogère Rolex, qui vient de lancer son chantier à 1 milliard, débarque dans une région en pleine ascension économique.
Avec plus de 340 000 habitants en 2025, le canton de Fribourg connaît une progression démographique parmi les plus fortes de Suisse. Porté par une natalité supérieure à la moyenne nationale et une immigration intérieure constante – en provenance notamment des cantons de Vaud, Neuchâtel et Berne –, le territoire attire de nouveaux habitants en quête d’un cadre de vie abordable et bien connecté. En chiffres, cela se traduit par plus de 5000 nouveaux résidents par année.
Les communes de la périphérie fribourgeoise, comme Givisiez, Villars-sur-Glâne, Corminboeuf ou encore Avry, enregistrent une croissance à deux chiffres. Même les régions rurales, historiquement stables, voient leur population augmenter.
Forte pression sur le logement
Conséquence directe : le marché du logement est sous
tension. Le taux de vacance, autrefois confortable, est désormais inférieur à 1% dans plusieurs
communes. La demande dépasse largement l’offre, et les prix suivent la tendance. Le prix moyen des loyers a,
par exemple, augmenté de 15 % en six ans dans certaines communes de la Glâne.
Pour répondre à cette demande, de nombreux projets immobiliers ont été lancés. Des quartiers entiers sortent de terre, comme à Granges-Paccot, Marly ou Bulle, mêlant logements, commerces de proximité et espaces verts. Les autorités encouragent la densification plutôt que l’étalement urbain, avec des plans d’aménagement favorisant les constructions verticales et les rénovations de friches industrielles.
Tissu économique en pleine mutation
La croissance démographique va de pair avec
une évolution du tissu industriel. Si l’agriculture et les PME artisanales
conservent une place importante, Fribourg devient un hub d’innovation. Le parc
technologique Bluefactory, au cœur de la ville de Fribourg, incarne cette
transition vers l’économie du savoir.
Dans la Broye et dans la région de Villaz-Saint-Pierre, les zones industrielles s’agrandissent, accueillant des acteurs de la logistique, de la biopharma ou encore de l’agro-alimentaire. L'implantation prochaine à Estavayer-le-Lac – la mise à l’enquête vient d’être déposée – d’une annexe logistique destinée au stockage de produits non ré-frigérés d’Elsa Group, société filiale de Migros, illustre cette dynamique.
Et comment ne pas parler du mégaprojet industriel à 1 milliard de francs de Rolex à Bulle? La prestigieuse entreprise horlogère débarque dans une région en pleine ascension économique pour implanter un nouveau site de production et créer 2000 emplois. Durant la dernière décennie, la Gruyère a connu la deuxième plus forte croissance du pays en termes d’emplois créés (+23 % entre 2011 et 2020). En l’espace de trente ans, Bulle a vu sa population plus que doubler. Et les pro-jections qui tablaient sur 7000 habitants supplémentaires et près de 4000 voyageurs par jour en plus dans les trains et les bus d’ici 2030 semblent d’ores et déjà dépassées.
Infrastructures à moderniser
On s’en doute, l’un des principaux défis du
canton reste l’adaptation des infrastructures à cette population croissante. Le
réseau routier, souvent saturé aux heures de pointe, et les transports publics
doivent évoluer. Le canton investit massivement dans la mobilité multimodale.
Le RER fribourgeois voit sa fréquence renforcée, avec des cadences à la
demi-heure entre Fribourg, Romont, Bulle et Morat. De nouveaux parkings-relais
sont créés en périphérie, et les pistes cyclables se multiplient.
Les infrastructures scolaires et de santé sont elles aussi sous pression. Fribourg prévoit la création de plusieurs écoles primaires, ainsi que l’extension de lycées et d'établissements spécialisés. Du côté de la santé, l’Hôpital fribourgeois (HFR) envisage une restructuration majeure de ses sites pour mieux répartir les soins de proximité et les services spécialisés.
BeauVi : quartier durable en plein cœur de la capitale
Quelle: mazzapokora muller-architecte
Entre les quartiers de Beaumont et de la Vignettaz, Fribourg s’apprête à accueillir un projet immobilier d’envergure : BeauVi, anciennement connu sous le nom de FriGlâne. Ce nouveau quartier résidentiel prévoit la création de 350 logements répartis dans 13 bâtiments, dont deux tours d’habitation, pour accueillir à terme quelque 700 habitants.
Porté par Helvetia Assurances et la Banque Raiffeisen, le projet entend concilier densification urbaine, qualité de vie et durabilité environnementale. Situé à proximité de la gare et des transports publics, le site bénéficie d’un emplacement stratégique, tout en s’intégrant dans un tissu urbain existant et en préservant une large part de zones vertes.
Le quartier sera articulé autour d’un grand patio central – « la Cour » – bordé par une promenade arborée et des espaces de détente thématiques (jeux, fontaine, salon) et par des immeubles à gabarits variés. Un passage piéton traversant reliera le quartier au nouveau parc du Vallon, un espace vert aujourd’hui privé qui deviendra public, grâce à un partenariat avec le propriétaire et la Ville.
Les logements, de tailles et typologies variées,
comprendront aussi des appartements « ECO » à
loyer modéré,
des espaces communs (400 m² au
total), et même
des pièces
« joker » à
louer selon les besoins. Le chantier est en cours, avec une livraison
progressive dès
2027.
Tour Invictus : le nouveau visage de Fribourg vertical
Quelle: Thomann Promotion Immobilière SA
A Beaumont, à l’entrée sud de Fribourg, un projet ambitieux façonne le paysage urbain : la Tour Invictus, futur immeuble résidentiel de 19 étages culminant à 60 m, va se dresser comme un symbole de la densification et de l’architecture moderne. Ce bâtiment sera (presque) le bâtiment le plus haut de Fribourg... Aucun édifice ne surpasse en effet la cathédrale Saint-Nicolas qui culmine à 74 m !
Ce « gratte-ciel » comprendra au total 128 logements, répartis pour favoriser la mixité générationnelle. Ainsi, les premiers étages (jusqu’au 5e) accueilleront des appartements destinés aux seniors, tandis que dès le 6e étage et sur 14 niveaux ils seront à la vente en propriété par étages (PPE). Au rez-de-chaussée sont prévus des commerces (surface de 522 m²), et un parking souterrain sur deux niveaux qui comptera 74 places.
Son architecture joue sur le contraste : une partie inférieure plus dense et des étages supérieurs plus aérés, avec balcons en porte-à-faux, grandes baies vitrées et orientations multiples (double orientation pour les logements dès 3,5 pièces) afin de profiter au mieux de la lumière et du panorama.
Les travaux ont été lancés officiellement en
2024, avec un budget estimé à 85 millions de francs. Le chantier progresse
bien, avec actuellement plusieurs étages hors sol déjà réalisés, le rythme
étant d’environ un étage tous les 12 jours ouvrables. Les premiers habitants
sont attendus dès 2027.
Faculté de droit : le projet de la Tour Henri relancé
Quelle: Ruprecht Architekten
L’idée d’unifier les activités de la Faculté de droit de l'Université de Fribourg, actuellement dispersées à travers différents sites de la ville, dans une construction moderne remonte à 2013. Mais le projet, situé sur les terrains de la Tour Henri a longtemps été au point mort, notamment à cause de l’indisponibilité d’une partie du terrain. Après plusieurs années de pause, le dossier du nouveau bâtiment de la Faculté de droit de l’Université de Fribourg avance à nouveau.
Le futur bâtiment doit non seulement de regrouper les structures de la Faculté de droit pour en améliorer la visibilité, la cohérence et la fonctionnalité, mais il a aussi pour ambition d’offrir un cadre conforme aux attentes actuelles en matière d’architecture durable. Parmi les éléments prévus figurent l’installation de panneaux photovoltaïques, de matériaux respectueux, ainsi qu’une intégration soignée dans le tissu urbain, notamment par rapport aux infrastructures avoisinantes. Le projet a dû s’adapter pour satisfaire les commissions de monuments historiques et de protection du paysage.
Le coût total du projet est estimé aujourd’hui à 152 millions de francs. Si les étapes se déroulent comme prévu, le chantier devrait débuter courant 2027, pour une mise en service à l’horizon 2030