Le site de Battelle est officiellement classé à l’inventaire genevois
L’institut de recherches construit à Carouge par l’architecte Georges Addor dans les années 1950 récolte la reconnaissance patrimoniale du canton après une période de déclin. Il a su conserver sa cohérence architecturale et accueille aujourd’hui des institutions académiques.
Crédit image: GSK- SHAS © Michael Peuckert
Le site et ses nouveaux bâtiments, 2021 sont aujourd’hui mitoyens du quartier de la Tambourine.
Fondé en 1929 à Columbus (Ohio) selon les dernières volontés de l’industriel Gordon Battelle, le Battelle Memorial Institute (BMI) est un institut de recherche privé à but non lucratif qui vise à favoriser le progrès économique par la recherche scientifique. Il met ses laboratoires et ses compétences au service d’entreprises et d’organismes publics dans des domaines variés, de la physique à la biochimie. Après la Seconde Guerre mondiale, le BMI décide de s’implanter en Europe. Et il y est aujourd’hui bien intégré, notamment au plan patrimonial.
Genève réunissait toutes les conditions pour l’accueillir: dynamisme économique, rayonnement international et contexte scientifique en plein essor, avec notamment la création de l'Institut de physique et l'implantation du CERN. En 1952, le BMI acquiert la campagne Spahlinger à Carouge, un domaine de 9 ha où s’installent les premiers chercheurs.
Vingt
ans d’architecture et de transformations
Dès 1953, l’architecte Georges Addor conçoit un plan d’ensemble inspiré du
modèle du campus américain, organisé selon une trame orthogonale. Il réalise
successivement plusieurs constructions: les bâtiments B (1953-1954) et C
(1957-1958), puis le bâtiment A (1960-1962), conçu comme un centre polyvalent
regroupant laboratoires, bureaux, bibliothèque, cafétéria et salles de
conférence. Ce dernier représente en outre le passage, chez Addor, d’une
architecture en maçonnerie exaltant la structure à des volumes lisses habillés
d’une peau de verre (mur-rideau). Le bâtiment D (1966-1969), plus modeste et
destiné aux bureaux, complète cet ensemble cohérent. Enfin, le dernier grand
édifice, le bâtiment F (1970-1972), réalisé par les architectes Dominique
Julliard et Jacques Bolliger - qui reprennent le bureau après le départ de
Georges Addor - se distingue par ses façades structurées par une puissante
grille extérieure en béton armé assurant le rôle de brise-soleil.
Crédit image: GSK- SHAS © Michael Peuckert.
La façade en mur-rideau du bâtiment D, datant de 2021.
A partir des années 1970, l’Institut Battelle connaît un déclin progressif sous l’effet de la crise économique et de la concurrence des laboratoires privés. Ses locaux sont progressivement loués à des institutions académiques et à des entreprises. En 2001, l’ensemble du site est acquis par l’Etat de Genève et accueille à présent l’Université de Genève et la Haute école de gestion.
Un
regain dans la continuité
Aujourd’hui, en dépit de la démolition du bâtiment B et de sa densification, le
site de Battelle présente une remarquable cohérence d’ensemble, portée par le
traitement des volumes, la rigueur constructive et l’unité des enveloppes de
ses bâtiments. A l’heure où une réflexion sur leur rénovation énergétique est
en cours, l’inscription à l’inventaire des bâtiments de l’ancien Institut
Battelle est à même d’en guider la méthodologie.