09:55 ARCHITECTURE

Un « donut » signé Bernard Tschumi pour apprendre le monde

Écrit par: Jean-A Luque
Teaserbild-Quelle: Photodrone.pro, Pedro Guttiérrez

Sur les bords du Léman, à Rolle, le campus de l’Institut Le Rosey poursuit sa transformation architecturale. Après le spectaculaire Rosey Concert Hall – surnommé la « soucoupe » – le prestigieux internat privé vient d’inaugurer à l’automne dernier un nouvel édifice ambitieux : le Centre des sciences et de l’entrepreneuriat, appelé officiellement « Philo ». Conçu par l’architecte suisse Bernard Tschumi, ce bâtiment circulaire, déjà baptisé le « donut », incarne la volonté de l’école d’adapter son enseignement aux défis scientifiques et technologiques du XXIe siècle.


Rosey 1

Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez

Entre Le Rosey et le très renommé Bernard Tschumi, c’est une longue histoire de complicité et innovation. Son dernier-né, le « Philo » fait directement face à son Rosey Concert Hall.

Fondé en 1880, l’Institut Le Rosey est l’un des internats privés les plus célèbres et élitaires au monde. Installée dans le domaine du château du Rosey, l’école accueille quelque 350 enfants et adolescents de 8 à 18 ans venus du monde entier et propose un enseignement bilingue français-anglais menant notamment au Baccalauréat international ou au Baccalauréat français.

Particularité unique : l’établissement fonctionne sur deux sites. Une grande partie de l’année se déroule sur le campus historique de Rolle, face au Léman. Mais en hiver, élèves et professeurs déménagent dans la station de Gstaad pour un trimestre de cours et d’activités sportives en montagne. Cette « école des rois », s’est forgée une réputation internationale grâce à la qualité de son enseignement sur mesure et à l’ampleur de ses infrastructures : installations sportives, théâtre, laboratoires scientifiques ou encore une salle de concert emblématique.


Rosey 3

Crédit image: Jean-A. Luque

L’atrium joue le rôle de coeur vivant du « Philo ». Baigné de lumière naturelle grâce à une grande verrière équipée de verres photochromes, il constitue un lieu de rassemblement et d’échanges, ludique et élégant. La domotique y régule en permanence la luminosité, la température et la qualité de l’air.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le nouveau Centre des sciences et de l’entrepreneuriat, le « Philo », conçu pour accompagner l’évolution des méthodes pédagogiques et des disciplines enseignées. L’enseignement y prône une éducation holistique basée sur la devise « Actis Virtus » (la vertu par l'action), alliant tradition, excellence académique et développement personnel.

Au service d’une vision pédagogique
Le bâtiment imaginé par Bernard Tschumi fait directement face au Rosey Concert Hall. Là où l’iconique salle de concert évoque une soucoupe futuriste, le nouveau centre adopte une forme circulaire plus conventionnelle aux contours facettés. Mais comme pour le Concert Hall, le maître mot est la transparence : les parois vitrées permettent de voir l’intérieur et de l’intérieur on peut découvrir le paysage extérieur.

Au cœur du projet se trouve un vaste atrium, véritable zone névralgique du bâtiment. Cet espace central agit comme un foyer spectaculaire et lumineux autour duquel s’organisent les différents départements scient       ifiques. A chaque niveau des coursives circulaires desservent les salles de classe et les laboratoires.

Le programme pédagogique est clairement lisible dans la distribution des étages. Au niveau principal se trouvent les salles consacrées aux mathématiques, de même qu’une zone réservée à des start-up grâce auxquelles les élèves peuvent sa familiariser avec le monde entrepreneurial. Autre espace remarquable : la « Pitch Room », une vaste salle non amplifiée destinée aux exercices d’éloquence. Les élèves y apprennent à présenter un projet, argumenter et convaincre, compétences jugées essentielles pour les futurs dirigeants auxquels l’école s’adresse.


Rosey 4

Crédit image: Jean-A. Luque

Autre espace remarquable : la « Pitch Room », une vaste salle en panneaux OSB destinée aux exercices d’éloquence.

Le programme pédagogique est clairement lisible dans la distribution des étages. Au niveau principal se trouvent les salles consacrées aux mathématiques, de même qu’une zone réservée à des start-up grâce auxquelles les élèves peuvent sa familiariser avec le monde entrepreneurial. Autre espace remarquable : la « Pitch Room », une vaste salle non amplifiée destinée aux exercices d’éloquence. Les élèves y apprennent à présenter un projet, argumenter et convaincre, compétences jugées essentielles pour les futurs dirigeants auxquels l’école s’adresse.

Les étages supérieurs accueillent les classes de chimie et de biologie. Ces derniers sont accompagnés de laboratoires et espaces expérimentaux permettant aux élèves de prolonger leurs travaux scientifiques, y compris sur des terrasses extérieures. Sans oublier aussi, de vastes salles des maîtres sur deux niveaux. En sous-sol, un FabLab réunit ateliers de robotique, microtechnique, découpe laser et impression 3D, ouvrant aux élèves les portes de la fabrication numérique.


Rosey 5

Crédit image: Jean-A. Luque

Bernard Tschumi a apporté le plus grand soin à l’aménagement intérieur. Les vitres séparant les salles de classes des couloirs laissent passer la lumière tout en préservant les élèves.

L’architecture générale est signée Bernard Tschumi, mais l’exécution a été assurée par le bureau morgien Fehlmann Architectes. Christophe Faini, le directeur de travaux, revient sur cette collaboration de tous les instants : « Cela a été un plaisir de travailler avec Bernard Tschumi et son équipe. Contrairement à d’autres, c’est un architecte qui s’implique dans l’exécution. Il faisait le déplacement depuis les Etats-Unis et était présent sur le chantier deux jours par mois. Il est très ouvert aux discussions ; en cas de problème, de doute ou d’évolution dans les choix du maître d’ouvrage, il s’engage pour toujours chercher des solutions. En fait, la collaboration transatlantique a été fort pratique. Nous avions une téléconférence en fin de journée, heure suisse, avec le bureau de New York. On exposait nos questions et pendant notre sommeil, l’équipe de Bernard Tschumi travaillait. En démarrant notre journée le lendemain, nous avions nos réponses. »

L’atrium joue un rôle central dans cet édifice. Inondé de lumière naturelle grâce à une grande verrière équipée de verres photochromes, il constitue un lieu de rassemblement et d’échanges. La domotique y régule en permanence la luminosité, la température et la qualité de l’air afin d’assurer des conditions optimales.

Points de repère
Parmi les éléments emblématiques du bâtiment figure un escalier hélicoïdal en béton coulé sur place, d’une grande finesse. Son éclairage intégré souligne la légèreté de la structure et en fait l’une des signatures architecturales du lieu.

L’atrium accueille également un arbre planté dans une fosse profonde de trois mètres et demi, rappelant l’importance donnée à la végétation.

Un peu plus loin, un anneau scénique est prévu pour l’accrochage d’œuvres artistiques, de photos ou de réalisations des élèves. Cette structure métallique peut monter ou descendre dans cet immense hall et bénéficie d’un éclairage spécifique qui souligne la légèreté de l’ensemble. A signaler encore, la présence d’un oculus cylindrique qui s’enfonce de 3,5 m dans le plancher pour accueillir une œuvre d’art. Derrière l’architecture spectaculaire se cache une infrastructure volontairement simple et rationnelle. Elle repose sur un système de dalles soutenues principalement par des piliers en béton préfabriqué et quelques murs en béton. Afin de garantir une grande modularité, le nombre de murs porteurs a été réduit au minimum. Cette configuration permet de modifier facilement l’organisation des espaces au fil du temps.

Seuls quatre noyaux en béton – correspondant aux cages d’escaliers – assurent la stabilité principale de l’édifice. Ces éléments porteurs sont alignés sur toute la hauteur de l’édifice, ce qui garantit une descente de charges efficace jusqu’aux fondations.


Rosey 6

Crédit image: Jean-A. Luque

L’architecte a discrètement distillé sa signature : le rouge.

La construction du bâtiment a présenté plusieurs défis. Le site du Rosey – une ancienne roselière – est en effet situé sur un ancien terrain marécageux où la nappe phréatique peut remonter très près de la surface. Des dispositifs de pompage Wellpoint ont été nécessaires pour maintenir les fouilles au sec avant la réalisation d’un radier général en béton de 80 centimètres d’épaisseur. La façade, réalisée par l’entreprise Sottas, constitue pour sa part un véritable travail d’orfèvre. Cette façade circulaire repose sur un calepinage angulaire très précis de 2,33765 degrés. Pour obtenir la courbure parfaite du bâtiment, chaque traverse accueillant les vitrages a été posée légèrement en biais : 88,5 degrés au lieu des 90 degrés habituels. Cette précision millimétrique a été rendue possible grâce à une implantation tridimensionnelle par station robotisée reliée à la maquette numérique du projet.

Le résultat final est une enveloppe largement vitrée, ponctuée d’éléments noirs et inox, où la transparence devient le principe cardinal.


Rosey 7

Crédit image: Jean-A. Luque

L’aménagement de l’espace réservé aux start-ups a été confié au ludique bureau norvégien Snøhetta.

L’aménagement intérieur des start-ups a été confié au bureau norvégien Snøhetta. Sa mission : transformer ces salles en un véritable paysage éducatif, artistique et créatif. Fidèle à la culture d’innovation du Rosey, le bâtiment intègre également des éléments inattendus. Le propriétaire, inspiré par les sièges d’entreprises de la Silicon Valley qui mélangent espaces de loisirs-détente et lieux d’étude et de travail, a voulu deux toboggans géants en acier inoxydable qui serpentent dans l’atrium. Longs d’environ 19 et 26 m, ils relient les étages au rez-de-chaussée.

Les installations ludiques ne s’arrêtent pas là. Deux tyroliennes démontables ont été ajoutées en cours de chantier : la principale, longue d’environ 280 m, relie le sommet du bâtiment à l’entrée du campus, tandis qu’une seconde de 180 m survole la fontaine devant la salle de concert. Ces dispositifs spectaculaires ont nécessité d’importants recalculs structurels afin de garantir la sécurité et l’intégrité des façades.


Rosey 2

Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Guttiérrez

La soucoupe de "Philo" est créée en harmonie avec la salle de concert voisine.

Le bâtiment a été volontairement dimensionné au-delà des besoins actuels : conçu pour environ 400 élèves et 120 professeurs, il pourra en accueillir à terme jusqu’à 520. Cette anticipation reflète aussi la volonté de créer un environnement pédagogique capable de s’adapter aux transformations futures de l’enseignement. « Pour être prêts à affronter cet accroissement, reprend Christophe Faini, nous avons essayé de tout anticiper. Aujourd’hui, nous proposons des petites salles pour dix élèves. Mais quelle sera l’évolution de l’apprentissage dans les décennies à venir ? Les espaces éducatifs seront-ils plus grands ? Plus petits ? Pour y répondre, la structure du bâtiment est d’une grande complexité et modularité. Les parois sont amovibles ; plus de 1500 boîtes de sol ont été judicieusement disposées partout dans le sol de manière à faire face aux besoins électriques du futur. Des réservations dans le béton sont même prêtes pour accueillir des gradins amovibles dans la Pitch Room au cas où… »

Remarquablement insonorisé
Même si le nouvel édifice se situe à quelques mètres seulement de l’autoroute, le silence qui y règne est remarquable. Bernard Tschumi a travaillé jusqu’à ce point de détail pour atténuer tout bruit solidien ou phonique. Pas plus de 55 dB entre les classes ; 45 dB entre les classes et les couloirs. L’architecte s’est aussi grandement impliqué dans la technique du bâtiment ; les plaques de plafond sont perforées de trous acoustiques qui participent à l’aération et diffusent chaleur et fraîcheur.

Trois ans de chantier
La construction du Centre des sciences et de l’entrepreneuriat s’est déroulée sur environ trois ans. Après les fouilles archéologiques à l’automne 2022, les travaux de gros œuvre ont commencé au printemps 2023 avec la réalisation du radier et des premières structures en béton. Le gros œuvre s’est achevé à la fin de l’année 2023, avant l’installation des façades et des équipements techniques en 2024.

Bien sûr, la toiture est équipée de panneaux photovoltaïques dans le but d’atteindre une production électrique autonome et redistribuer l’énergie dans le réseau interne du complexe entier du Rosey.

L’école a inauguré le bâtiment le 4 septembre 2025. Les derniers réglages techniques se sont poursuivis entre janvier et mars de cette année, lorsque l’établissement a temporairement pris ses quartiers d’hiver dans son campus alpin de Gstaad.


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