Quand l’écologie prend le pas sur la simple rénovation
A Bulle (FR), neuf bâtiments construits entre 1996 et 1998 vivent actuellement une transformation en profondeur. Suite à un violent épisode de grêle, le maître d’ouvrage, plutôt que de simplement réparer les dégâts, a vu là l’opportunité de repenser l’ensemble du site sous l’angle de la rénovation énergétique.
Crédit image: IDGO
La rénovation de ces 95 appartements, en pleine zone périurbaine, n’est pas sans contraintes. La logistique doit tenir compte de la proximité d’une école et du bien-être des habitants.
Juste réparer à moindres frais ou transformer ambitieusement et améliorer énergétiquement les bâtiments ? Le 28 juin 2021, un méchant orage de grêle a frappé la région de Bulle (FR) et provoqué d’importants dégâts : des enfants ont été blessés, la gare et un centre commercial ont été inondés, des grêlons gros comme des œufs de pigeon ont percé des toits et laissé de nombreux impacts sur les murs des maisons, sans parler des véhicules.
Propriétés de la fondation d'investissement Turidomus, gérée par Pensimo Management AG, les neuf bâtiments de la rue de la Léchère 51 / 53a /55-67 / 71 / 71a / 73, proches de l’entrée autoroutière, n’ont pas échappé à la fureur météo : les stores ont été endommagés, le crépi des façades impacté. Le maître d’ouvrage a pris le temps de la réflexion avant de se lancer dans une réparation ponctuelle. Trois ans de réflexion ont été nécessaires pour déve-lopper un projet cohérent avant d’obtenir le permis de construire à la fin 2024. Une inertie volontaire, nourrie par une conscience écologique de plus en plus forte. Il ne s’agissait plus seulement de panser les plaies visibles, mais d’améliorer durablement les performances énergétiques et le confort des logements.
Le chantier est piloté par ID GO Management SA, société du groupe Romande Energie, qui met son expertise d’entreprise totale en assurant la conduite intégrale des travaux. Le site compte 9 bâtiments, répartis en trois typologies, et organisés en blocs de deux bâtiments reliés par un parking souterrain, à l’exception d’un bloc indépendant.
Défi
logistique
« Notre
stratégie de rénovation, explique Antoine Costa, responsable de projets chez ID
GO Management SA, s’appuie sur un travail en cascade, bâtiment par bâtiment.
Cette organisation de chantier permet de minimiser les perturbations, tout en
optimisant les ressources et les interventions. »
Crédit image: IDGO
Pour réduire les charges énergétiques, des panneaux photovoltaïques (30 kW) ont été installés sur toutes les toitures.
Le site, en pleine zone périurbaine, n’est pas sans contraintes. Il accueille 95 appartements, à proximité immédiate d’une école. La cohabitation avec les flux piétons et automobiles, notamment ceux des enfants, impose une gestion rigoureuse des accès, une enceinte de chantier restreinte, et une coordination permanente des flux humains et matériels.
Les travaux sont réalisés en site occupé, ce qui représente un défi logistique majeur. Sur certaines phases des locataires sont relogés temporairement. Des rocades internes sont organisées, avec une coordination très précise des déménagements.
« Entre les nuisances sonores, le télétravail des locataires devenu la norme post Covid et les chaleurs estivales, il a fallu adapter les horaires, poursuit Antoine Costa. Le plan canicule a conduit à démarrer certains travaux dès 6 h du matin. Le bruit, les déménagements, les vibrations ont bien sûr suscité leur lot de tensions que nous avons tenté d’apaiser au mieux. Pour limiter l’impact des opérations les plus bruyantes, nous avons notamment regroupé les phases de gros œuvre – comme les percements pour fondations – sur des créneaux courts de trois heures. Et nous avons misé sur une information claire et régulière diffusée aux habitants chaque semaine. » Les travaux génèrent effectivement des interventions bruyantes et structurelles : renforts en béton armé des pieds de façades, dépose des balcons existants à l’aide d’une grue, création de nouveaux balcons.
Rénovation
énergétique à 360°
L’intervention
sur les bâtiments est totale. 100 % du parc est concerné par la rénovation. Les
façades sont entièrement isolées par l’extérieur, les toitures surisolées, et
des panneaux photovoltaïques (30 kW) installés. Ce choix s’explique par la
volonté de réduire les charges énergétiques sur le long terme. Des stores électriques
avec capteurs de grêle viennent remplacer les anciens, fragiles face aux intempéries.
Les menuiseries extérieures et vitrages ont été intégralement remplacés. Les anciennes loggias, passoires thermiques, ont été requalifiées et ouvertes. Dans certains immeubles, cela a permis un gain d’environ 3 m² chauffés en prolongeant les séjours. Les parquets ont été poncés, vitrifiés ou remplacés, les peintures refaites, la mise aux normes feu généralisée. Les parkings souterrains ont, eux aussi, été mis aux normes, incluant des infrastructures pour la mobilité électrique. Des abris à vélos ont été ajoutés à l’extérieur.
L’exécution suit une logique par phases de cinq mois, avec comme objectif de livrer chaque bloc à temps pour les grandes vacances estivales ou celles de fin d’année à Noël. Les travaux des premiers bâtiments se sont achevés fin juin 2025, permettant le retour des premiers locataires. Et l’équipe a repris avec la phase suivante, en procédant à la dépose des échafaudages pour les reposer sur les bâtiments à traiter pour démarre la deuxième phase du chantier au retour des vacances estivales. L’ultime livraison est agendée pour fin 2026.
Construire
moins, rénover mieux
Cette
rénovation lourde s’inscrit dans un contexte plus large. Avec la LAT (Loi sur
l’aménagement du territoire) et la raréfaction des terrains constructibles, la
densification et l’amélioration de l’existant deviennent la norme. « Ce
chantier est l’illustration parfaite de cette nouvelle réalité, affirme Antoine
Costa. On ne construit plus, on réinvente l’existant, en site occupé, avec
toutes les contraintes que cela implique. »
Mandatée alors que les études étaient bien avancées, ID GO a repris ces dernières et apporté des optimisations. Elle a mis en valeur son savoir-faire en rénovation énergétique, en lançant et pilotant un chantier complexe à tous points de vue. Le coût total des travaux, estimé à plus de 12 millions de francs, est à la hauteur des ambitions affichées : inscrire la transformation du bâti dans une perspective durable, tant sur le plan énergétique que social