Le droit de recours permet de protéger l'Hôtel de Ville de Zurich
La transformation prévue du bâtiment aurait entraîné la disparition d’éléments historiques essentiels, malgré des avis négatifs des instances cantonales et fédérales. Grâce à ses prérogatives juridiques, Patrimoine suisse a pu bloquer ces interventions et préserver cet édifice d’importance nationale.
Crédit image: Baugeschichtliches Archiv Zürich (BAZ) / Juliet Haller, 2017.
Le bâtiment ne sera finalement pas vidé de sa substance historique.
La Direction des travaux publics du canton de Zurich avait retenu un projet de transformation impliquant de profondes interventions dans l’Hôtel de Ville de Zurich, alors même que deux expertises de la Commission des monuments historiques du canton (KDK) et de la Commission fédérale des monuments historiques (CFMH) avaient rendu un préavis négatif. La salle historique du Grand Conseil et la charpente baroque auraient été en grande partie détruites. Les sections régionale et cantonale de Patrimoine suisse s’y sont opposés avec succès, avec le soutien de l’organisation faîtière et de l’Office fédéral de la culture.
Interventions
jugées excessives
Le Tribunal zurichois des recours a estimé que ces interventions allaient
beaucoup trop loin pour un bâtiment figurant à l’inventaire des monuments
protégés. Ils auraient vidé celui-ci d’une partie importante de sa substance
historique. Il a suivi les préavis des commissions selon lesquelles les
transformations prévues, en particulier la destruction de la salle historique
du Grand Conseil, auraient conduit à une grave atteinte à ce patrimoine. Les autorités ayant approuvé le projet à tous
les niveaux, il a fallu que Patrimoine suisse fasse usage de son droit de
recours pour préserver dans son intégralité l’Hôtel de Ville de Zurich, le plus
ancien de son genre en Suisse.
Une importance reconnue
Construit entre 1649 et 1700, l’Hôtel de Ville de Zurich est le plus ancien qui
existe en Suisse. Il constitue un exemple unique de l’architecture des hôtels
de ville et l’un des plus remarquables édifices civils de Suisse de l’époque
moderne. Sa substance historique constitue un témoignage exceptionnel de
l’histoire et de l’identité cantonale, voire nationale. Il est un témoin à la
fois de la République de Zurich sous l’Ancien Régime et de l’avènement de la
démocratie en 1833. Il est recensé comme objet spécial à l’Inventaire fédéral
des sites construits d’importance nationale à protéger en Suisse (ISOS) en
classe A, et protégé par la Confédération en tant qu’objet d’importance
nationale dans l’Inventaire suisse des biens culturels d’importance nationale et
régionale (PBC).
Une
fronde contre la transformation
La Direction des travaux publics du canton de Zurich prévoyait de déplacer la
salle du Grand Conseil et de supprimer la salle historique de 1833. Les
commissions cantonale et fédérale des monuments historiques ont jugé ces
transformations disproportionnées et dommageables pour la valeur patrimoniale
du bâtiment. Un projet alternatif, plus respectueux de la substance historique
et permettant une mise à niveau fonctionnelle, avait pourtant été écarté par le
canton.
Un
garant de la protection patrimoniale
Patrimoine suisse salue la décision du Tribunal des recours en matière de
construction du canton de Zurich concernant l’Hôtel de Ville de Zurich. Si
cette protection a été possible, c’est grâce au droit de recours des
organisations. Comme le montre le présent exemple, l’intérêt public attaché aux
monuments naturels et historiques, même de la plus haute importance, passe
souvent au deuxième plan lors de projets de transformation, et ceci malgré tous
les carrefours mis en place. Ce n’est que grâce au droit de recours des
organisations que ce bâtiment exceptionnel n’a pu être sauvé, au bénéfice de
l’ensemble de la collectivité et des générations futures. Sans cet instrument,
l’Hôtel de Ville de Zurich aurait été largement privé de sa substance, estiment
les défenseurs du patrimoine.