Le Samaritain de Vevey rajeunit pour répondre au vieillissement
Pendant plus de 150 ans, le Samaritain a fait partie du paysage hospitalier veveysan. Depuis le transfert des activités de soins aigus vers le nouveau centre hospitalier de Rennaz, le bâtiment semblait avoir perdu sa raison d’être. Aujourd’hui, l’ancien hôpital entame pourtant un nouveau chapitre. Depuis l’été 2025, un vaste chantier de rénovation est en cours pour transformer ce site emblématique en un centre de santé de proximité entièrement consacré à la gériatrie, à la réadaptation et aux soins communautaires.
Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
La nouvelle entrée pour les patients est aménagée au nord du complexe, à la hauteur du silo. Elle débouchera directement dans le hall central et fera face à un patio arborisé.
L'histoire du Samaritain est intimement liée à celle de Vevey. Fondé en 1858, l'établissement a connu plusieurs agrandissements jusque dans les années 1980. L'ouverture de l'Hôpital Riviera-Chablais à Rennaz en 2019 avait toutefois laissé le site en friche, en quête d'un nouvel avenir. Plusieurs scénarios ont été étudiés avant que les autorités sanitaires et l'Hôpital Riviera-Chablais ne privilégient une reconversion répondant à l'évolution démographique de la région.
Le constat est simple : la population vieillit et les besoins évoluent. Les maladies chroniques, les pertes d'autonomie et les besoins de réadaptation nécessitent une prise en charge différente de celle des soins aigus traditionnels. Plutôt que de construire une nouvelle infrastructure, le choix s'est porté sur la valorisation du patrimoine existant.
Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
Le gabarit et l’enveloppe du bâtiment sont conservés. Vu du ciel, on distingue nettement le bunker au sud (en bas de la photo), qui sera caché sous le futur jardin thérapeutique.
Le futur Samaritain va ainsi accueillir une clinique de gériatrie et de réadaptation pour la Riviera vaudoise comprenant cinq unités et 75 lits. Le site réunira également un centre d'expertise gériatrique destiné à détecter précocement les troubles liés à l'âge, qu'ils soient cognitifs, moteurs ou sensoriels. Mais l'ambition du projet va encore plus loin. Le bâtiment deviendra un véritable centre de santé communautaire, intégrant des prestations hospitalières, ambulatoires et sociales. Une permanence médicale sera ouverte sept jours sur sept, tandis que des consultations spécialisées, des soins de physiothérapie et d'ergothérapie ainsi que des services de prévention et d'accompagnement à domicile seront proposés.
Contraintes
patrimoniales
Sur le plan architectural, le défi consiste à adapter un bâtiment historique
aux exigences actuelles du secteur hospitalier. Et les contraintes
patrimoniales ne sont pas des moindres. Le corps principal, construit dans les
années 1950, est considéré comme un exemple remarquable d’architecture de type
sanatorium (note 4). Sa façade sud-est est particulièrement notable avec des
balcons filants qui sont caractéristiques de ce style. Le site est également
doté d’un beau parc paysager protégé. Ce parc, qui cache dans ses entrailles le
bunker du complexe, est inscrit à l’inventaire ICOMOS des jardins historiques
de Suisse.
Structures
porteuses et façades conservées
Le mandataire général retenu, Burckhardt Architecture, a fait le choix de
préserver l'identité patrimoniale du site tout en modernisant profondément ses
infrastructures. Cela a impliqué de conserver la structure porteuse et les
façades principales du bâtiment, de démolir les adjonctions sans valeur et de
transformer profondément l'intérieur pour permettre la reconversion en
programme hospitalier contemporain. L’enveloppe du bâtiment a donc été
conservée, notamment la façade historique sud, en cours de rénovation.
Crédit image: Jean-A. Luque
Nouvellement créé, un patio de 11 m × 6 m apportera de la lumière naturelle dans les locaux. Il sera aménagé pour être utilisé par les patients du secteur adjacent, ergothérapie et physiothérapie.
Une nouvelle entrée, unique, aménagée au nord, débouchera directement dans le hall central et fera face à un patio nouvellement créé et arborisé. Ce patio de 11 m × 6 m apportera lumière naturelle dans les locaux et pourra être utilisé par les patients du secteur adjacent, ergothérapie et physiothérapie. Les étages supérieurs accueilleront les patients hospitalisés en réadaptation et gériatrie. Particulièrement choyés ils disposeront de chambres de 1 à 2 lits orientées face au lac et aux Alpes (côté sud), avec un accès aux balcons. Administration, médecins et personnel soignant, logistique et technique sont, pour leur part, tous placés côté nord.
Les enjeux techniques sont nombreux, comme le confirme l’ingénieur hospitalier Pierre Lagneau, chef de projet construction et délégué du maître d’ouvrage, la Fondation de soutien de l'Hôpital Riviera-Chablais : « Lorsqu'on travaille sur un bâtiment ancien comme le Samaritain, les études préliminaires mettent souvent en évidence plusieurs défis récurrents. Ces défis incluent la capacité portante limitée des structures existantes, la nécessité de respecter les normes parasismiques actuelles, ainsi que l’adaptation aux exigences incendie et d’évacuation. Dans le cas d’espèce, l’augmentation des charges d’exploitation en usage médical et technique est un enjeu majeur. Les planchers existants ont été renforcés par plusieurs techniques complémentaires : le surbétonnage, l’ajout de poutres métalliques, la création de nouveaux appuis verticaux, mais aussi l’utilisation de fibres composites collées sur et sous les structures. Nous avons particulièrement utilisé la technique de bandes plates de carbone collées à la résine par engravure dans les structures. »
Performances
énergétiques élevées
Les exigences en matière d'accessibilité, les contraintes liées aux équipements
médicaux et les besoins spécifiques des patients âgés imposent une
transformation en profondeur. Les matériaux et les aménagements ont été
sélectionnés dans une logique de durabilité, tout en créant des espaces
chaleureux favorisant le bien-être et les interactions sociales.
Crédit image: Jean-A. Luque
A tous les étages, le versant sud dont les fenêtres donnent sur le lac et les Alpes est réservé aux chambres des patients. Selon le niveau, les travaux sont plus ou moins avancés : isolation en cours sous les toits ou pose des parois de séparation plus bas.
Les standards hospitaliers actuels exigent aussi des performances énergétiques élevées et une continuité de service. « Pour le Samaritain, explique Pierre Lagneau, cela inclut la rénovation de l'enveloppe du bâtiment grâce à une isolation extérieure avec traitement des ponts thermiques. Les installations techniques vont être entièrement remplacées. La ventilation sera principalement assurée par des systèmes à double flux. Cependant, les bureaux qui ont des fenêtres pourront utiliser la ventilation naturelle. »
Et de poursuivre pour le chauffage et l'eau chaude : « Le chauffage à distance n’étant pas encore disponible, une installation composée de deux systèmes sera mise en place. Le premier sera composé de deux pompes à chaleur air-eau, qui seront la principale source. Le second, une chaudière à gaz, servira d'appoint et de système de secours. La chaleur sera principalement distribuée grâce au chauffage au sol. Celui-ci sera intégré dans de nouvelles chapes isolées. Certains locaux, comme la cuisine de finition et les bureaux, seront équipés de radiateurs basse température. Une installation pour produire du froid est également prévue. La distribution de froid se fera principalement grâce au système de ventilation double flux. Des panneaux solaires photovoltaïques seront installés sur certaines toitures. »
BIM
indispensable
Sur ce type de projet particulièrement complexe, le BIM est bien sûr un outil
central de coordination qui a été largement mis à profit pour assurer la
cohérence entre architecture, ingénierie structure, CVS et planification
médicale.
Le projet prévoit également des aménagements extérieurs, notamment un jardin thérapeutique, accessible directement depuis le plateau du rez, dédié à la physiothérapie et réadaptation. Ces espaces verts ne constituent pas un simple élément paysager : ils participent aux processus de réadaptation et contribuent à maintenir les liens entre le futur établissement et la ville.
40
millions
Le chantier, lancé en août 2025, représente un investissement estimé à environ
40 millions de francs. Particularité notable, son financement est assuré par la
Fondation de soutien de l'Hôpital Riviera-Chablais, sans sollicitation directe
des finances publiques pour les travaux de rénovation. La livraison du bâtiment
est prévue pour la fin de l'année 2027, avec une mise en exploitation progressive
des différentes activités.
Pour Vevey, cette renaissance du Samaritain revêt une portée symbolique particulière. Après le départ des soins aigus vers Rennaz, certains redoutaient de voir disparaître une institution profondément ancrée dans l'identité de la ville. Le projet actuel démontre qu'un ancien hôpital peut se réinventer sans renier son histoire