10:04 PROJETS

Le Royal Savoy prêt à choyer ses futurs clients

La métamorphose du vieil hôtel 4 étoiles a été longue à se dessiner et s’est heurtée à d’innombrables difficultés. Mais avec l’arrivée en 2012 d’un nouveau chef de projet, Bert Poeckes, le chantier a enfin pu démarrer. Le résultat est un nouveau complexe hôtelier de 196 chambres, mélangeant avec goût moderne et ancien. Un havre de paix qui s’articule autour de magnifiques espaces et d’un spa de 1500 m2. Ouverture à la mi-2015

Le bâtiment est très particulier. Reconnaissable entre tous. L’hôtel Royal Savoy a un style clairement Art nouveau, mais affiche avec ses petites tours sommitales une allure de château médiéval. Et longtemps, fort longtemps, il a été laissé à lui-même. Ancien 4 étoiles, ses moquettes étaient fatiguées, l’ensemble de l’édifice décati. Et puis, le groupe Qatari Barwa Real Estate l’a racheté en 2007 avec une ambition clairement affichée: le réhabiliter en 5 étoiles. Après de nombreuses vicissitudes, le chantier touche enfin à son terme. Dès la mi-2015, le Royal Savoy proposera un tout nouveau complexe hôtelier de 196 chambres et un spa de 1500 m2.

Le Royal Savoy a été rénové et réhabilité avec grand soin. En fait, il s’est agrandi pour se refondre en un tout nouvel ensemble hôtelier. Une terrasse panoramique habille désormais la façade sud, une salle de conférence de 500 places a été également créée et une passerelle guide les hôtes vers un tout nouveau bloc moderne de sept étages. C’est là que se situe notamment le spa et l’espace fitness.

A l’origine, la réouverture de l’hôtel était prévue en 2012. Un premier permis de construire avait été délivré deux ans auparavant pour la rénovation lourde du bâtiment historique et l’extension de l’hôtel dans le parc. Mais de nombreux imprévus et retards ont émaillé le chantier qui n’a pas échappé à une valse de bureaux d’ingénieurs et d’architectes.

Pour mettre bon ordre et achever le projet, Bert Poeckes a été engagé et nommé chef de projet en décembre 2012 par Katara Hospitality Switzerland AG. L’homme est connu pour avoir dirigé les travaux du complexe West Side à Berne. Ce centre qui comprend plusieurs niveaux de commerces et de restaurants, le parc aquatique «Bernaqua», un centre de conférence, un hôtel, un centre de fitness et un cinéma multiplexe était un véritable défi architectural pour les ingénieurs. Construit sur un squelette d’acier entouré d’une façade en bois, le challenge avait été relevé avec brio.

Suite présidentielle de 122 m2

Bert Poeckes a le langage précis et concis des hommes qui maîtrisent les projets démesurés dans les moindres détails. Il nous invite à découvrir le nouveau Royal Savoy. «Le bâtiment ancien, construit entre 1906 et 1909, est classé en note 2 aux monuments historiques. Il se compose d’un sous-sol, d’un rez-de-chaussée et de sept étages dont 6 sont composés de chambres.»

«Historiquement dans les hôtels, poursuit Bert Poeckes, les combles étaient occupées par le personnel et certains services techniques. La philosophie hôtelière a totalement changé. Désormais, on préfère loger le personnel à l’extérieur de l’établissement. Ce sixième étage est aujourd’hui réhabilité en chambres et en suites. Au total, l’ancien édifice comprend 101 chambres dont 17 suites de 62 à 122 m2, dont une présidentielle.»

Le premier étage ne propose des chambres que sur sa face sud qui s’ouvre sur le jardin. Tout l’espace nord qui donne sur l’avenue de Cour est dédié aux bureaux administratifs. Il comprend également une salle de conférence.

Le rez-de-chaussée accueille bien sûr l’entrée principale avec le concierge. Une entrée mène à la réception. Une autre donne sur l’aile gauche et le restaurant. Un seul restaurant haut de gamme de 120 places avec cuisine ouverte et une hotte en conséquence, à la hauteur des aspirations. Au centre, très classiquement, on retrouve le lobby, une rotonde et la terrasse extérieure.

«Sur l’aile droite, à l’ouest, reprend le chef de projet, nous avons le Salon Royal avec toute l’infrastructure nécessaire pour proposer des banquets. Les dalles ont dû être renforcées avec une structure métallique et des protections feu supplémentaires ont dû être installées autour des poutres métalliques. Comme cet espace ouvert n’a pas de colonnes de soutènement, nous avons procédé à des ancrages et suspendu les dalles à la charpente.»

Dalles nervurées problématiques

Et Bert Poeckes de préciser en toute transparence: «Un des facteurs de retard du chantier est lié au fait qu’il a fallu renforcer les dalles pour résister à des pressions de 300kg/m2. Les structures de l’époque n’étaient clairement pas adaptées aux contraintes d’aujourd’hui, notamment le poids de toutes les salles de bains, plus lourdes que par le passé. Pour compliquer les travaux, nous avons fait face à des dalles nervurées. Cela aurait été plus simple et facile de travailler avec des dalles lisses. Mais cette option n’a pas été retenue par la direction précédente au départ des travaux. A l’arrivée avec le coût des renforts, on peut affirmer que c’était une mauvaise solution qui s’est révélé plus onéreuse.»

Autre vaste espace sans poutraisons: la nouvelle salle de conférence en semi enterré, située au niveau – 1. Divisible en trois parties, la salle dans sa configuration maximale peut accueillir jusqu’à 480 personnes. Une capacité digne d’un centre de congrès. Le plafond se compose d’une dalle de56 cmd’épaisseur.

«Dans les étages pour les chambres, explique Bert Poeckes, l’architecte d’intérieur a très bien travaillé et gardé les ouvertures anciennes dans les murs porteurs. Chaque cellule se compose soit de 3 chambres, soit garde toute sa spécificité pour devenir une suite. Les blocs sanitaires se composent d’une douche-baignoire, lavabo et toilettes. Nous avons standardisé le plus possible ces équipements.»

Joyau du bâtiment

Vu de l’extérieur, qu’il s’agisse de l’avenue de Cour ou l’avenue d’Ouchy, c’est bien sûr l’ancien immeuble qui attire tous les regards. Mais la spécificité du nouvel ensemble hôtelier se situe en grande partie dans le nouvel édifice de 7 niveaux, 4 en semi enterrés et 3 hors sol, qui s’implante au sud de la parcelle.

Cinq étages, dont le dernier qui est un penthouse, sont consacrés aux chambres des clients. 95 chambres classiques de 37 m2 en moyenne font de l’hôtel un 5 étoiles. Le joyau du bâtiment se cache au niveau Rez-de-jardin. C’est là qu’on pourra découvrir un spa exceptionnel de 1500 m2. Piscine intérieure et extérieure sont séparées par une magnifique baie vitrée. Le tout est caché des regards par une très belle paroi végétalisée. L’ensemble se compose bien sûr de différents spas (mixte, dame et private), ainsi que d’un fitness ouvert 24/7. La clientèle de l’hôtel y accède via un ascenseur. La clientèle extérieure emprunte elle un chemin proche de l’établissement du Crédit suisse en contrebas.

Les monoblocs pour l’aération des chambres et du spa, ainsi que le traitement des eaux, sont placés au niveau inférieur. Quant aux refroidissements, ils sont enterrés au sud de la parcelle. Des tuyaux de plus de cent mètres les relient au bâtiment ancien. Pour des questions de débit d’air et de bruit, il était tout simplement Impossible d’installer ces refroidissements dans les jardins.

Alors que l’inauguration mi-2015 s’approche à grand pas, Bert Poeckes tire le bilan de son travail: «Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les plus gros défis auxquels j’ai été confronté ne sont pas liés à l’édifice historique. Pour moi, le vrai casse-tête, cela a été la hauteur de plafond du nouvel édifice. Placer tous les équipements nécessaires alors qu’on a une hauteur de2,58 mexigée par les autorités compétentes, n’était vraiment pas évident. Il a vraiment fallu chercher des solutions pour qu’il y ait le moins de croisements possibles entre ventilations, sanitaires, etc… On a même dû en coller sous le béton parfois. Si on avait creusé un mère plus profond au départ, cela aurait permis de dégager des hauteurs de2,7 met aurait grandement simplifié le chantier.»

«A part çà, travailler avec un objet classé implique une grande collaboration avec les autorités, poursuit le chef de projet. Et là, je veux rendre hommage aux autorités administrative de Lausanne et du canton de Vaud. Elles nous ont toujours aidé à trouver des solutions.»

Frises en mosaïques choyées

Au chapitre des frais inhérents aux rénovations historiques, il y a bien sûr les découvertes inattendues. Au Royal Savoy, c’est en décapant la façade qu’une frise en mosaïques a été mise à jour sous le crépi. «Les investisseurs, constate avec bonheur Bert Poeckes, sont friands d’objets chargés d’histoire. Ils n’ont pas hésité à investir pour les conserver et garder ces matériaux anciens. Un million de francs supplémentaires ont été débloqués pour remettre en état la frise en mosaïques, mais aussi la charpente dont le bois était termité. Comme une étude historique a été menée à ce moment-là, nous en avons profité pour reconsidérer le choix des tuiles et la couleur de la façade.»

Le budget initial de 86 millions de francs est passé, huit ans plus tard, à 100 millions. «C’est le problème des bâtiments anciens, constate philosophe Bert Poeckes. Il y a toujours des surprises. Il y a eu les frises, mais aussi le renforcement de dalles tout comme la rénovation du portail qui est classé en note 1, ainsi que le nettoyage des murs extérieurs eux aussi protégés. Dans l’édifice moderne, nous avons eu aussi des mauvaises surprises. Les non-croisements liés à la hauteur des étages ont demandé des longueurs de tuyauteries plus importantes. Et le simple fait, pour des considérations énergétiques, de changer du double au triple vitrage y a engendré un surcoût.»

Katara Hospitality, dont le siège suisse est à Zoug, aura déboursé au total plus de 1 milliard de francs suisses pour l’acquisition et la rénovation de ses trois hôtels suisses. Le Royal Savoy et le Bürgenstock Resort Lake Lucern (ouverture prévue 2017 – coût de la rénovation 500 millions) sont en pleins travaux. Quant au Schweizerhof, il a rouvert en juin 2011, en face de la gare de Berne. L’établissement affiche discrètement sa filiation avec le Royal Savoy: les 99 lustres des anciennes chambres lausannoises ont été restaurés et ornent désormais les chambres du palace bernois.

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