Un serpent de 300 logements créé au cœur de Fribourg
C’est une barre de onze immeubles qui ondule sur un ancien terrain industriel assez exigu. L’îlot Gachoud va s’intégrer dès cet été dans la zone de développement urbain du quartier de Pérolles pour offrir près de 300 logements. Le chantier conduit par quatre maîtres d’ouvrage différents a dû résoudre d’importants problèmes de logistique et de coordination.
Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
La densification du quartier a obligé les quatre maîtres d‘ouvrage à concentrer les immeubles dans une forme de S renversé.
Les chantiers en milieu urbain sont toujours délicats à mener. Surtout dans la zone située entre la gare de Fribourg et le plateau de formation de Pérolles. L’îlot Gachoud et ses 299 futurs logements sont donc un exemple de densification maîtrisée de l’espace construit, mais la réalisation de ce « serpent » de onze immeubles accolés a dû relever de multiples défis logistiques. La construction se terminera à l’été, après trois ans de travaux menés sur l’un des plus importants projets immobiliers de la capitale cantonale.
Le projet reprend la configuration en îlots de son quartier. La zone de Pérolles, entre le pôle de formation et la gare de Fribourg, est déjà densément bâtie. Spécialisée dans l’emballage, la société Cafag SA y disposait notamment d’une halle de production. Antama Immo SA a conservé sur le terrain précédemment propriété de Cafag SA, un siège administratif dans un bâtiment toujours classé. Le projet se développe le long du boulevard de Pérolles, axe majeur de pénétration urbaine. Il a été conçu par un plan d’urbanisme qui l’intègre idéalement dans les constructions avoisinantes. En fait, il est rythmé par une construction dite en escalier sur un socle unique. Il est délimité par diverses rues parallèles ou perpendiculaires au boulevard principal. Son offre en logement est déjà très variée, avec notamment de la PPE et de la location. Comme l’explique son architecte Benoît Comment, associé chez Boegli Kramp Architekten AG, il s’adresse particulièrement aux personnes qui veulent revenir habiter en ville.
Une
densification pionnière
A l’origine, une friche industrielle, propriété de la société
Cafag & Plaspaq SA, un ancien immeuble locatif ainsi que quelques bâtiments
vétustes épars. A l’arrivée, un ensemble de logements en PPE et en location,
agrémentés par trois commerces, deux cours intérieures et des locaux communs.
Entre ces deux étapes, dix-huit ans de réflexion et de construction pour les
propriétaires, et quinze pour le bureau d’architecte, après avoir remporté un
mandat d’études parallèles en 2011. Le projet reposait sur la densification
voulue d’une parcelle occupée notamment par la halle industrielle, démolie
depuis. Il entamait la reconversion d’un quartier datant de plus d’un siècle,
selon des principes qui allaient être ancrés trois ans plus tard dans la
nouvelle Loi fédérale sur l’aménagement du territoire.
Crédit image: Jean-A. Luque
Les retraits en toiture atténuent l’effet de densité.
L’aménagement du terrain a utilisé 20 000 m³ de terrassement, 1500 m² de parois berlinoises, 30 000 m³ de béton coulé et 3000 t d’acier d’armature. Il a été nécessaire de poser 280 piliers préfabriqués pour préparer la construction de cette barre d’immeubles. Cette phase préparatoire de la construction proprement dite a exigé une coordination minutieuse, entre différents acteurs. Cette logistique complexe s’est ensuite répercutée sur le chantier de construction des neuf immeubles sur onze que l’entreprise totale EDIFEA a conduit sous la direction de quatre maîtres d’ouvrage bien distincts. A savoir Cafag & Plaspaq SA, Sarimmob SA, Charmettes Square SA et Cydonia SA. L’ensemble des propriétaires est accompagné par le bureau Emch+Berger Immo Conseil SA pour ce projet.
L’exiguïté
du terrain donne le ton
Le manque de place était notable. Arrivée en 2023, l’entreprise totale EDIFEA a
dû affronter de nombreuses contraintes. Peu d’espaces de stockage des
matériaux, accès difficile, voisinage déjà densément habité ont compliqué la
logistique. Cependant, les solutions sont vite apparues, sous la forme d’une
livraison des éléments et des matériaux de construction en flux tendu, avec une
coordination de tous les instants. Karl Halter, le responsable opérationnel de
Fribourg et du projet Gachoud au sein d’EDIFEA, explique donc que l’exiguïté du
terrain a conduit toute la mise en place des travaux. Mais il a fallu tout
d’abord réorganiser toute la logistique initiale, qui prévoyait de commencer le
chantier au centre du complexe d’immeubles projeté. Des infiltrations d’eau ont
retardé quelque peu le début des travaux, avant que les quatre maîtres
d’ouvrages engagés ne décident de les commencer au point le plus bas de ce
terrain en pente, côté rue de l’Industrie.
Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
Particulièrement soignées, les façades sont composées d’éléments préfabriqués en béton, de 2 à 6 m de hauteur. Les loggias et autres fenêtres sont habillées de tôle perforée.
La forme de cette barre d’immeubles a aussi obligé ses constructeurs à diviser leur chantier en neuf parties. Mais il a fallu pour cela tenir compte de la volonté d’unité affichée par le concept architectural. « Nous parlons bien d’une barre d’immeubles, souligne Karl Halter. Cependant, il s’agit – en ce qui nous concerne directement – de onze bâtiments construits séparément et de manière progressive. Comme cet ensemble de près de 300 appartements ondule autour de deux cours intérieures semblables, à la manière d’un serpent, ce procédé a permis de gérer la construction au mieux. Et, en passant, en optimisant aussi la livraison des matériaux et la circulation sur le périmètre ».
Le bureau d’architecte et les quatre maîtres d’ouvrage ont aussi accordé leur attention aux façades. Leur aspect unitaire et homogène confère une grande unité à l’ensemble. Matériaux Sabag SA a livré 1600 éléments préfabriqués en béton, de 4 à 6 m de longueur, pour construire l’enveloppe du complexe. Les 15 façades ont aussi été ornées d’éléments de tôle ondulée perforée mettant en valeur leurs fenêtres et autres loggias. Cet assemblage est devenu plus complexe au futur et à mesure que les immeubles gagnaient en hauteur. Ce travail immeuble par immeuble a aussi facilité une gestion de chantier marquée par la présence continue de cinq grues.
Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
Les deux cours intérieures favorisent les échanges entre les futurs résidents.
Le « serpent » de Gachoud repose sur un radier de béton regroupant un vaste parking souterrain de 247 places construit sur deux niveaux. Ce dernier a muni de puits de lumière donnant sur les deux cours intérieures. La forme en « S » inversé permet de créer une intimité de quartier. « Les rez-de-chaussée seront occupés par trois ou quatre commerces et de nombreux locaux communs », explique encore l’architecte. Le complexe sera raccordé au réseau de chauffage à distance de la ville. Ses façades comportent des retraits pour mieux atténuer la perception des bâtiments dans le voisinage. La densification voulue par le projet est donc plus douce que son ressenti, même si les immeubles de neuf étages font 25 m de hauteur ! Les cages d’escaliers sont également assemblées avec des éléments préfabriqués. La toiture du « serpent » sera végétalisée et coiffée de panneaux photovoltaïques.
Crédit image: Jean-A. Luque
L’orientation complexe de cette barre d’immeubles a permis d’optimiser l’exposition des logements à la lumière naturelle.
Les quatre maîtres d’ouvrage ont créé leurs logements en veillant à privilégier un éclairage naturel. Les appartements sont donc dans la mesure du possible traversants. Ils sont aussi équipés d’un système de calcul de leur consommation d’énergie et de régulation de leur température développée par l’entreprise eSmart Technologies SA, à Renens. Toute leur domotique est désormais contrôlée pièce par pièce par une tablette. Le procédé développé par l’entreprise depuis 15 ans équipe déjà 13 000 logements en Suisse. Les futurs résidents en PPE ont pleinement participé à ces aménagements sur 123 surfaces allant de 1,5 à 7,5 pièces et réparties sur cinq immeubles. Ce qui a conduit à fusionner deux appartements en un, au gré des intentions des propriétaires. Les quatre immeubles en location totaliseront 125 logements. Enfin, les deux dernières constructions sont planifiées et supervisées à part.
Le chantier mobilise depuis deux ans 150 personnes. Ses accès en sont cancellés, avec l’accord d’un voisinage très coopératif, selon Karl Halter. Le site comprend aussi un bâtiment classé qui abrite le siège administratif de Antama Groupe SA. Ses deux premiers niveaux ont été loués à EDIFEA pour sa logistique des travaux. Les ouvriers y disposent notamment d’un espace pour leurs pauses. Dès cet été, l’îlot Gachoud va pouvoir être habité. Pour épouser le développement fulgurant du plateau fribourgeois de Pérolles.