La « maison hantée » de Nyon transformée en château de princesse
Parmi les plus anciens édifices de Nyon et classé monument historique depuis 1991, le Manoir constitue un patrimoine d’exception. Edifié à côté du château, sur un promontoire d’où il domine le quartier de Rive et le Léman, il vient de s’offrir un magnifique lifting. En effet, une restauration d’envergure a transformé la maison délabrée en une magnifique demeure seigneuriale. Et ce n’est pas fini...
Crédit image: Adrien Buchet
Le manoir jouit d’une position inexpugnable. Un jardin exceptionnel se déploie également sur les remparts de la ville. Il s’étage sur différents niveaux, reliés par des escaliers et formant des terrasses avec vue sur le lac.
Pendant de longues décennies, l’édifice à l’ombre du château de Nyon faisait tache. Vétuste, délabré, quasiment laissé à l’abandon faute de moyens, le Manoir tombait en ruines. Bien sûr, l’ensemble était fort vieux : sa partie la plus ancienne a été bâtie au XIIIe siècle, comme les murs, les portes et les tours des fortifications de la ville. Mais le prestige rattaché au lieu n’était plus qu’un lointain souvenir. En effet, ce bâtiment a tenu une place stratégique et fait partie intégrante du système défensif de la cité. Et au cours de siècles, il a appartenu à de riches notables de Nyon ou d’ailleurs ayant parfois des charges publiques.
Le complexe est constitué de trois corps de bâtiment, coiffés de hautes toitures, disposés autour d’une petite cour d’entrée côté rue, et distribuées à l’intérieur par une tourelle centrale comprenant un escalier à vis.
Voyage
dans le temps
Aux étages inférieurs se nichent d’importantes caves et un logement
d’intendant. Au premier étage se déploient principalement trois salles de
réception, pièces maîtresses de l’édifice. Le second niveau abrite différentes
salles et salons et, dans les combles inhabités, la toiture est soutenue par
une superbe et impressionnante charpente. Les aménagements intérieurs
s’égrènent comme de précieux témoignages du passé.
Un jardin exceptionnel se déploie également sur les remparts de la ville. Il s’étage sur différents niveaux, reliés par des escaliers et formant des terrasses avec vue sur le lac.
Propriété désormais de la Fondation Comba, le Manoir aspire à des jours meilleurs et en 2023, sous l’égide du bureau nyonnais Glatz-Delachaux architectes associés, connu pour son expertise en matière de rénovation historique, des travaux de restauration ont démarré par l’étude de son enveloppe. Une campagne de sondages et de stratigraphie a permis d’analyser l’évolution de l’édifice : ses couleurs successives, ses transformations architecturales et l’histoire constructive de ses façades. Ces observations ont ensuite guidé les choix du chantier.
Recours
massif au réemploi depuis de siècles
Le démontage de la couverture et le piquage des crépis ont ouvert une longue
phase d’étude archéologique, riche en révélations. Une grande diversité de
matériaux ont été observés, avec la découverte notamment de fragments d’anciens
poêles en faïence et de pierres d’époque romaine, qui témoignent du recours
massif au réemploi lors des différentes campagnes de construction.
Crédit image: Adrien Buchet
Les façades ont retrouvé leur état du milieu du XIXe siècle : un blanc cassé tirant sur l’ocre pour les murs, une molasse grise pour les encadrements, et des volets gris foncé.
La composition des façades a connu d’importantes modifications au milieu du XVIIe siècle. A cette période, les larges baies médiévales à croisées ont été remplacées par des fenêtres rectangulaires plus sobres et classiques, probablement pour moderniser le bâtiment et l’adapter aux goûts, besoins et aménagements intérieurs de l’époque.
Ces découvertes ont mis en évidence un édifice en constante évolution, où chaque génération a laissé son empreinte, recomposant le Manoir au gré des usages, des nécessités et des sensibilités esthétiques.
Restaurer,
illustrer, transmettre
Après la phase d’analyses et de découvertes, il a fallu redonner au Manoir une
nouvelle enveloppe. Mais comment intervenir ? Quels témoins conserver, comment
les mettre en valeur et comment restituer une lecture cohérente de l’édifice ?
En concertation avec les experts et spécialistes, le choix a été fait de respecter la composition des façades issue des derniers réaménagements par Ami Comte (XIXe siècle), tout en laissant apparaître des traces discrètes des états plus anciens.
Ainsi, côté rue Maupertuis, les vestiges des grandes baies médiévales ont été volontairement conservés : peintes dans la teinte du fond de façade, elles se distinguent sans perturber la lecture actuelle, jouant le rôle de témoins silencieux de l’histoire constructive du Manoir.
Jouer
sur l’ancien et le moderne
Pour les toitures, la réalité des matériaux a imposé des choix. Les tuiles
existantes étant en trop mauvais état pour être intégralement réemployées, une
sélection a été opérée. Les éléments récupérables ont été reposés sur les
toitures visibles depuis la place du Château, garantissant l’authenticité de la
perception publique. Sur les versants lac et jardin, des tuiles neuves, mais
façonnées à l’ancienne, ont pris le relais, assurant une continuité esthétique
et technique.
Crédit image: Adrien Buchet
Le complexe est constitué de trois corps de bâtiment, coiffés de hautes toitures, disposés autour d’une petite cour d’entrée côté rue, et distribuées à l’intérieur par une tourelle centrale comprenant un escalier à vis.
Le choix des teintes a suivi la même logique de cohérence historique. Les façades ont retrouvé leur état du milieu du XIXe siècle : un blanc cassé tirant sur l’ocre pour les murs, une molasse grise pour les encadrements, et des volets gris foncé. Ces couleurs sont cohérentes avec l’architecture domestique bourgeoise de cette époque et marquent clairement la différence avec le château voisin. Il s’agissait en effet de rétablir le caractère secondaire du Manoir, plus intime et domestique, en cohérence avec son rôle historique au sein du site.
Travaux
anticipés
La restauration de l’enveloppe – toitures, façades et menuiseries – a été
pensée en tenant compte des futures interventions intérieures, afin de ne pas
devoir reposer un échafaudage plus tard, tout en limitant les travaux lourds à
l’intérieur.
Dans un souci de biodiversité, de nombreux nichoirs à martinets ont été intégrés dans les avant-toits de la toiture. Les bâtiments anciens, de par leur structure, et la position en hauteur du Manoir en font un site particulièrement propice à l’accueil de ces oiseaux.
Et
après ?
Le démontage des échafaudages l’automne dernier, a révélé au grand jour un
Manoir restauré et embelli. Le bon déroulement de cette première phase a
conforté la Fondation dans sa volonté de poursuivre le projet, en lançant sans
délai les transformations intérieures qui seront achevées au premier semestre
2027.
Une future maison de la culture
Le Manoir de Nyon vit actuellement la seconde phase de sa rénovation complète : après la restauration de son enveloppe, il a entamé sa réfection intérieure. Ce lieu ouvert, ancré dans la création artistique, accueillera une grande diversité de programmes, élaborés en étroite relation avec ce que le bâtiment peut abriter.
Au sous-sol, des caves à jazz avec un bar et une atmosphère intimiste. Au rez-de-chaussée, les bureaux de la fondation, cœur administratif du projet, et un logement d’intendance. Au premier étage, des concerts de musique de chambre, lectures, conférences et rencontres culturelles se tiendront dans les trois salles de réception, pièces maîtresses de l’édifice ornées de précieuses boiseries et de tapisseries. Au même étage se logera un appartement intégré au programme Vacances au cœur du patrimoine de Patrimoine suisse, offrant au public la possibilité de séjourner dans un lieu historique remarquable. Le deuxième étage pourrait accueillir des résidences d’artistes.
Au sommet, un espace d’exposition sera aménagé dans les combles, sous l’impressionnante charpente. Enfin, des événements en plein air se déploieront dans le somptueux jardin du Manoir, espace verdoyant qui sera ponctuellement ouvert au public.
Un projet ambitieux
Médecin, Guido Comba rêvait que son Manoir devienne un lieu dédié à la création
artistique. Son épouse, Ina, partageait cette vision. En 2014, elle crée la
Fondation Guido Comba et lui fait don du Manoir. A sa mort en 2024, elle lègue
l’intégralité de sa fortune pour la rénovation de l’édifice et la réalisation
de ce projet culturel ambitieux.