La Ville de Montréal réinvente un ancien terrain industriel
Vivre 2 réinvestit une ancienne parcelle de la mégapole québécoise pour en faire un ensemble résidentiel inscrit dans la transformation de son quartier. En révélant la trame industrielle et en animant la ruelle adjacente, le projet propose un habitat contemporain, ouvert et en dialogue avec son environnement.
Crédit image: V2com, Adrien Williams.
Ce modèle d’intégration résidentielle en territoire post industriel réinterprète l’héritage du site.
Situé dans le secteur Atlantic de l’arrondissement Outremont, à l’arrière du nouveau campus de l’Université de Montréal, un nouveau projet résidentiel s’élève sur une parcelle longtemps enclavée, autrefois vouée à des usages industriels. Grâce à la création de la rue Thérèse Lavoie-Roux, ce secteur s’ouvre désormais à la ville et à de nouveaux usages. C’est dans cette dynamique que s’inscrit le projet Vivre 2, conçu par ACDF Architecture, en continuité avec Vivre 1, réalisé à proximité. Loin de reproduire un modèle résidentiel standard, Vivre 2 s’inspire du caractère industriel du site, de sa matérialité, de ses gabarits et de ses typologies pour produire une architecture à la fois puissante, articulée et enracinée dans son contexte.
Un
monolithe réinterprété
La volumétrie imposante et assumée du bâtiment évoque celle des anciens
entrepôts qui peuplaient jadis le secteur. Elle est néanmoins animée par un
travail subtil de fragmentation, qui confère à l’ensemble une dynamique
proprement contemporaine. Une faille oblique, marquée par des garde-corps en
verre, gravit l’une des façades principales depuis le rez-de-chaussée — où se
trouvent le hall et un local commercial — jusqu’aux derniers étages. Ce geste,
à la fois délicat et structurant, fragmente sans effacer l’unité monolithique
de l’ensemble.
Crédit image: V2com, Adrien Williams.
La façade est structurée par une trame sobre.
Le traitement des matériaux s’inscrit lui aussi dans une volonté de continuité et de réinterprétation. Deux teintes de briques d’argile ont été utilisées: la première souligne la trame structurante du bâtiment, en écho aux anciennes structures de béton ou de brique et la seconde agit comme matériau de remplissage. Ce jeu de contrastes évoque les façades industrielles classiques tout en offrant une lecture résolument actuelle. Les façades sur rue traduisent la volonté des architectes de proposer une réponse en parfaite cohérence avec le caractère industriel du site: matérialité sobre, trame affirmée, volumétrie assumée. A l’inverse, la façade donnant sur la ruelle, plus ouverte et dynamique, exprime une intention différente: amorcer une réappropriation douce de ces espaces délaissés, en les transformant en lieux de vie partagés, plus perméables et plus humains.
Une
ruelle transformée en espace collectif
Cette volonté de réactivation de la ruelle s’exprime aussi dans la
programmation. Plutôt que de reléguer les espaces communs en toiture, sous
forme de chalet urbain, ACDF a choisi de les positionner au rez-de-chaussée,
sur la ruelle. Cette décision renforce la vie collective et la sécurité des
lieux tout en animant l’espace public. Elle prolonge la logique engagée avec
Vivre 1, et propose un modèle d’habitat urbain plus participatif, connecté à
son environnement immédiat.
Vivre 2 démontre de manière remarquable comment intégrer un logement dans un quartier urbain à forte identité, en combinant rénovation et densification, tout en préservant l’histoire et la qualité architecturale. Par son implantation, sa matérialité, son expression et son rapport au sol, il constitue un modèle cohérent pour repenser la transformation de nos milieux urbains avec intelligence, justesse et sensibilité.