Les espaces communs au cœur d’une vie sociale partagée
Une coursive, une terrasse, un patio ou une rue… ces gestes architecturaux apparemment simples peuvent aussi valoriser un bâtiment. Surtout quand il s’agit de loger une population socialement défavorisée. Le 27 août dernier, à l’occasion de l’Afterwork de Swiss Arc, cette thématique de la valeur de l’aménagement des espaces publics partagés était au centre des débats.
Crédit image: Cédric Widmer, bureau Tribu Architecture
La coopérative lausannoise Le Bled, dans le quartier des Plaines-du-Loup, transforme les coursives extérieures de ses immeubles en espaces de vie.
Les espaces publics partagés doivent prendre une part plus importante dans la réflexion des architectes. Surtout lorsque les projets touchent le vivre ensemble au sein de projets immobiliers d’envergure. Pour s’en convaincre, une centaine de professionnels de l’architecture et de la construction a échangé le 27 août dernier à Lausanne autour de neuf projets emblématiques.
Filiale du groupe Infopro-digital.ch, Swiss Arc a organisé cette soirée dans les murs du Musée olympique et s’est intéressé à la construction de logements autour d’une vie sociale épanouie en explorant des pistes pour l’aménagement de l’entre-deux. Soit des rues adjacentes à un complexe de bâtiments ou la gestion de la circulation sur les balcons, coursives et autres cages d’escalier. Neuf bureaux d’architectes ont ainsi fait part de leurs expériences et projets souvent basés sur la démarche participative des résidents, avec leur cortège d’idées originales et de gestion des imprévus.
La
concertation est une vertu
« Les architectes ont-ils tendance à trop dessiner ? » a entendu le public présent
en guise de provocation. « Le maître d’ouvrage est-il assez flexible ? » « Le
projet initial peut-il laisser une marge de fantaisie ? » Toutes ces questions évoquent
la nécessité d’une concertation entre les différents acteurs d’un projet
immobilier à forte vocation sociale. Tous les architectes in-vités sur la scène
ont souligné la valeur d’un dialogue permanent avec le maître d’ouvrage. Des
relations essentielles, surtout lorsqu’une collectivité publique est impliquée.
Crédit image: Nicolas de Courten Architectes
Toujours dans le quartier lausannois des Plaines-du-Loup, la pièce urbaine C remplit le vide de sens.
Ce qui est parfois considéré comme élément architectural mineur a ainsi pris du sens. Les balcons ou autres coursives peuvent être exploités comme lieux d’interaction sociale, comme dans le cas de la construction de la coopérative du Bled, dans l’écoquartier des Plaines-du-Loup, à Lausanne. Un système de rideaux permet à chaque appartement donnant sur les coursives communes de préserver son intimité. Mais l’espace reste résolument partagé, propice à diverses activités ludiques ou même pour l’étendage de la lessive.
Une
dalle reconvertie verticalement
Cette
exploitation d’un espace a priori négligeable dans un processus de construction
touche aussi les voies de circulation au sol. A cet égard, la réhabilitation
d’une rue bordant le parc genevois des Minoteries a su exploiter les éléments
d’une dalle à des fins d’aménagement de structures ludiques ou sociales. Mieux
encore, en Valais, l’ancienne station d’épuration d’Aproz, désaffectée depuis
plus de trente ans, a été totalement reconvertie en place de jeux pour enfants,
pour s’adapter à un bâti qui a évolué au fil du temps.
Ces espaces publics communs jouent un rôle important dans l’animation d’un programme de construction. Cela est notamment essentiel dans la rénovation de bâtiments publics, à l’instar de l’école des Pâquis, à Genève. Ce bâtiment, qualifié par les architectes de « vieille peau » à préserver, a subi une cure de jouvence sans pour autant perdre ses atouts architecturaux d’origine. Justement en agissant sur les espaces communs. La réflexion entamée sur les bâtiments scolaires s’est ensuite étendue au préau, aire à l’origine fermée puis ouverte sur son quartier. Cela a revitalisé la vie sociale au cœur de Genève.
La nature a horreur du vide. Mais ce dernier peut aussi faire sens, comme pour la pièce urbaine C des Plaines-du-Loup. Les logements construits en ce lieu s’animent aussi par les interstices situés à côté des constructions. Une touche de couleur ou un aménagement paysager suffisent à animer l’espace.
Affirmer la dimension
sociale
Tous les intervenants se sont accordés pour affirmer que l’architecture peut
dynamiser de cette manière sa forte dimension sociale. A condition de
s’affranchir de ses stéréotypes et qu’elle joue sur l’appropriation d’un
endroit par ses résidents. L’architecte ne doit pas chercher à imposer ses
hypothèses. Il doit aussi convaincre le maître d’ouvrage pour mieux faire
parler un projet, de sa conception à sa réalisation