Greencity-Zurich, 25 ans pour achever le premier écoquartier de Suisse
A priori l’ancienne friche industrielle, au cœur de la vallée de la Sihl, en bordure de Zurich, n’avait pas vraiment d’atouts pour attirer des habitants. Héritier d’une ancienne filature, ce territoire est traversé par le chemin de fer, divisé en deux par les voies, cerné par une autoroute et une jonction autoroutière. La topographie du site est pour le moins exigeante. C’est pourtant là, sur cette parcelle grevée de contraintes, et précisément à cause de cette situation – au croisement de la nature, du transport et de la ville – qu’est né un écoquartier modèle et pionnier en Suisse.
Crédit image: Jean-A. Luque
Un cheminement piétonnier structurant traverse Greencity de part en part. Pas de véhicules à moteurs à l’intérieur du site.
Derrière le nom Greencity se trouve une longue histoire. Au XIXe siècle, une filature fut implantée sur ce site, plus tard transformée en papeterie. Un canal de dérivation et une petite centrale électrique l’alimentaient en énergie. Progressivement, l’activité industrielle déclina, s’arrêtant définitivement en 2007. Or dès l’an 2000, la Ville de Zurich a entrepris de dessiner un avenir pour ce territoire. Losinger Marazzi entre dans l’aventure peu après, devenant le maître d’œuvre et coordinateur du développement urbain baptisé Greencity. Les travaux préparatoires et de coordination avec la Ville et les nombreuses parties au projet ont commencé en 2014, sous le signe d’une volonté forte : faire de Greencity un exemple de ville durable, le premier quartier certifié Site 2000 watts de Suisse.
Situé au sud-ouest de Zurich, le projet Greencity symbolise une regénération urbaine exemplaire sur les 8 hectares d’un ancien site industriel. Construit à l’est de la Sihl et en bordure de l’Allmendstrasse, le quartier se déploie aujourd’hui autour de la station S-Bahn Manegg, ce qui en fait désormais une adresse extrêmement bien connectée, tout en favorisant les mobilités douces. L’A3 et le tunnel de l’Uetliberg sont proches, mais l’urbanisme privilégie les piétons, les vélos et les transports publics.
Densité
et mixité mesurée
Greencity vise une densité équilibrée et mixte. On y compte quelque 900
logements, regroupant environ 2000 habitants et à terme 3000 postes de travail,
ainsi que 4300 m² de surfaces de bureaux, 4500 m² de surfaces hôtelières, une
école de 12 classes avec deux jardins d’enfants, des commerces, des
restaurants, un hôtel et des espaces de service. Le tout est articulé autour de
la halte ferroviaire Manegg : les volumes les plus massifs flanquent la voie
ferrée à l’ouest, tandis qu’au centre, vers l’est, s’ouvrent des rues, des
voies douces, des cours et des pentes en dialogue avec la forêt et le canal.
Seul vestige du passé industriel, le bâtiment historique de l’ancienne filature
est conservé comme point d’ancrage patrimonial.
La première phase de construction a concerné cinq édifices d’habitation. Ces « bâtiments pionniers » attirent le regard dès l’entrée du quartier. Ils sont bordés de cours ouvertes, de placettes pavées, de petits espaces verts et de chemins piétonniers – tout est pensé pour encourager les rencontres, la promenade et la décontraction. Les rez‑de‑chaussée sont réservés à des usages publics : commerces, cafés, services de quartier.
Circulation repoussée
Un
cheminement piétonnier structurant traverse le site, lié aux escaliers larges,
à la pente douce, aux connivences visuelles vers les massifs boisés
environnants et vers le canal dérivé du site. Dans l’est de Greencity, les
zones motorisées sont limitées voire exclues : la circulation motorisée est
cantonnée à des axes périphériques, renforçant la quiétude des espaces
intérieurs.
Crédit image: Jean-A. Luque
Les façades végétalisées n’ont pas qu’un objectif esthétique. Elles visent surtout à limiter l’effet d’îlot thermique et à favoriser la biodiversité.
Le label Minergie‑P‑ECO a été la boussole énergétique de la construction résidentielle. Greencity a été dès 2012 le premier projet suisse certifié Site 2000 watts, une reconnaissance de ses ambitions en matière de sobriété énergétique et de faible empreinte carbone. Pour faire court et expliquer l’enjeu, il suffit de savoir que chaque personne consomme en moyenne une puissance équivalente à 6000 watts par an. Ne parlons même pas des Etats-Unis où il est question de 11 000 watts par an. Les différentes recertifications, en 2015, 2017 et les révisions post‑2020, attestent de la vigilance et de la progression du projet. Avec à l’arrivée l’ambition d’une certification SNBS Quartier.
Cité
éponge
Le béton recyclé joue un rôle central dans cette stratégie : pour les cinq
premiers bâtiments, 75 % du béton utilisé est issu du recyclage. Cela a réduit
les émissions liées au matériau de structure. L’approvisionnement énergétique
repose sur un système central de chauffage et de refroidissement (contracting
confié aux Services industriels de Zurich, EWZ). Le système combine une pompe à
chaleur de 1200 kW, la nappe phréatique, un accumulateur souterrain, et 140
sondes géothermiques. En cas de pic de consommation, une chaudière à gaz
alimentée au biogaz prend le relais. L’eau chaude sanitaire, pour sa part, est
produite de manière décentralisée dans chaque immeuble via des pompes à chaleur
CO2. Et – faut-il encore le préciser – les toitures sont recouvertes de
panneaux photovoltaïques.
Crédit image: Jean-A. Luque
La gestion de l’eau a été soigneusement étudiée. Des pavés poreux non scellés et des zones vertes ralentissent l’écoulement vers des bassins de rétention. L'eau de pluie est ainsi infiltrée dans le sol, stockée et réutilisée ultérieurement.
Bien évidemment, Greencity reprend les préceptes de la « cité éponge », ce modèle d'urbanisme où les villes sont conçues pour absorber les eaux de pluie comme une éponge, réduisant ainsi les inondations et atténuant la chaleur urbaine. Cela est réalisé en remplaçant les surfaces imperméables (comme l'asphalte) par des surfaces perméables comme des pavés poreux non scellés, des zones vertes, des toitures végétalisées avec un substrat de 12 cm qui ralentit l’écoulement et des effets de cascades rigoles vers des bassins de rétention. L'eau de pluie est ainsi infiltrée dans le sol, stockée et peut être utilisée ultérieurement, par exemple pour l'irrigation, et contribue au refroidissement par évaporation.
Les surfaces imperméables ont donc été minimisées, les zones de stationnement souterraines sont dotées de façades végétalisées, et les matériaux choisis tout au long du projet ont été soumis à une exigence de réutilisation ou de circularité. Ces choix visent à limiter l’effet d’îlot thermique, à préserver la biodiversité et à rapprocher la performance du bâtiment de l’objectif « zéro net » pendant son exploitation.
Crédit image: Jean-A. Luque
Cours ouvertes, placettes pavées, petits espaces verts et chemins piétonniers... tout est pensé pour encourager les rencontres et la convivialité.
Greencity se distingue aussi par sa gouvernance collaborative. Dès les premiers stades de conception, les citoyens, les futurs utilisateurs, les autorités, les services municipaux ont été associés. Une communication ouverte, des ateliers de co‑design, des échanges réguliers ont assuré que le projet ne reste pas un « lotissement planifié », mais un quartier à vivre façonné par ses habitants. L’implication des exploitants, des services publics et des acteurs sociaux est considérée comme un levier d’appropriation et de réussite.
Ce quartier durable n’est pas un fragment isolé, mais un modèle de densification respectueuse de l’environnement, intégrée à la ville, à l’interface de la nature et des infrastructures urbaines. Il répond aux défis de la transition énergétique, de la mixité sociale, des mobilités douces et de la qualité de vie urbaine.
Manegghof : la dernière pièce du puzzle
Quelle: Jean-A. Luque
Au Manegghof tout a été pensé pour le bien-être des seniors. Outre les services dédiés, un soin tout particulier a été apporté à l’aménagement central avec cette cour arborisée.
En cours de construction, le Manegghof est l’ultime bâtiment à voir le jour à Greencity. Conçu pour répondre aux besoins spécifiques des personnes âgées tout en s’inscrivant dans les ambitions environnementales du quartier, il sera inauguré l’année prochaine et marquera un point final au chantier du premier écoquartier de Suisse.
Ce bâtiment se compose de 179 logements destinés aux seniors. Soixante d’entre eux seront gérés par la Stiftung Alterswohnungen der Stadt Zürich et les 119 restants par Pensimo, à condition que les locataires soient âgés de 55 ans et plus. Ce partenariat inédit entre organisme public et acteur privé permet de mutualiser des services et de créer un modèle innovant de cohabitation sociale.
Cœur
du projet
L’aménagement central est la cour végétalisée, cœur du projet : arbres, bancs,
parterres invitent à la flânerie, à la pause et à la convivialité. Autour de
cette cour, des arcades protègent les cheminements extérieurs et donnent accès
aux commerces du rez‑de‑chaussée. Sur 3500 m², Pensimo prévoit d’animer
l’espace par des activités adaptées à la population, avec une offre culturelle,
de loisirs et de rencontres.
Les services aux locataires sont nombreux et pensés pour favoriser l’autonomie : un numéro d’urgence 24/7, des consultations, une conciergerie, une blanchisserie, et un programme culturel et social. En cas de besoin, aide‑ménagère ou soins ambulatoires peuvent être sollicités. Le Manegghof se veut donc plus qu’un logement : c’est un lieu de vie inclusive, sécurisé et socialement animé.
Le Manegghof est conçu selon des critères climatiques rigoureux. Il présente une structure porteuse optimisée, des murs légers, une façade en bois, et un concept énergétique 100 % renouvelable. Tous les matériaux sont sélectionnés pour leur impact réduit, et leur réutilisation a été étudiée dès la phase de planification. Les surfaces imperméables ont été limitées, et l’entrée du parking souterrain sera habillée d’une façade végétalisée reliée au sol, contribuant à la biodiversité.
SNBS
Or pour les seniors
Ces mesures permettent de réduire fortement les émissions de CO2 pendant la
construction, mais aussi de rapprocher l’immeuble de l’objectif « zéro net » en
phase d’exploitation. Greencity, et plus encore Manegghof, s’imposent ainsi
comme des modèles pionniers de développement urbain durable, largement repris
partout en Suisse.
Le Manegghof a été
pré-certifié « SNBS Or », une certification attestant de la prise en compte
des besoins sociétaux, économiques et environnementaux selon le nouveau
standard suisse de construction durable. Il s’agit de l’un des premiers
bâtiments en Suisse à recevoir cette distinction.