Le Centre de Congrès de Montreux renaît après trois ans de rénovation
Sous tension, le chantier de transformation du 2M2C s’achève après des travaux marqués par plusieurs événements majeurs : modifications de programme en cours d’exécution, faillites d’entreprises-clés, des contraintes techniques inhabituelles... Malgré tous ces aléas, le projet a tenu ses promesses et s’est maintenu dans le cadre financier validé en 2020 par les citoyens montreusiens.
Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
Dans un gabarit un peu plus large que dans la version précédente, habillé d’élégantes façades vitrées, le 2M2C new look impose sa silhouette massive sur les rives de la Riviera vaudoise.
Déshabillé de ses échafaudages, le 2M2C (Montreux Music & Convention Center), se découvre enfin et s’apprête à prendre possession des rives du Léman. Oublié, l’ancien Centre des Congrès et d’Expositions aux allures de bunker anachronique de la fin du XXe siècle. Né dans l’urgence en 1972, agrandi à deux reprises, le 2M2C ancienne version était à bout de souffle. Il ne pouvait plus masquer ses défauts : gouffre énergétique, organisation des salles et flux des visiteurs inadaptés, protection incendie et voies de fuite déficientes…
Après moult péripéties, le chantier de transformation et rénovation arrive à son terme. Place à un complexe lumineux, généreusement vitré et ouvert sur le lac. Place surtout à un bâtiment moderne, équipé d’installations énergétiquement responsables et économes, ainsi que d’une sécurité incendie aux normes actuelles. L’édifice va offrir à la Riviera vaudoise un outil promotionnel efficient et digne de son rang.
Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
Les nouvelles rampes d’escalier et terrasses plus larges doivent améliorer le flux des visiteurs et autres festivaliers. Le 2M2C met enfin à profit son emplacement privilégié et s’ouvre de plain pied sur le lac avec des volées de marches qui ne manqueront pas d’être prises d’assaut.
Mais cela n’a pas été sans mal. Les impératifs budgétaires ont structuré l’ensemble des décisions prises depuis le lancement du projet. En février 2019, au terme d’une âpre campagne de plusieurs mois, la population locale avait rejeté un premier projet ambitieux chiffré à 87 millions de francs. La copie avait dû être revue en réunissant tous les partis politiques, un comité citoyen et les associations de commerçants. En rognant sur un certain nombre de travaux, une rénovation light avait été finalement acceptée dans les urnes en septembre 2020 : 9 millions moins chère tout en intégrant une nouvelle salle pour les sociétés locales d’une valeur de 1,5 million.
La rénovation approuvée reposait sur un principe clair : concentrer les investissements sur la sécurité, la performance technique et l’exploitation future du bâtiment, en limitant au maximum les dépenses de confort ou d’image. Ce cadre n’a jamais été remis en cause, même lorsque le chantier a dû absorber plusieurs chocs successifs.
Pour un bâtiment de 35 000 m² et 169 000 m³, construit en plusieurs étapes entre 1972 et 1993, les surprises étaient attendues. Elles ont néanmoins été plus nombreuses qu’anticipées. Le principal bouleversement technique est intervenu à peine trois mois après le début du chantier.
Cadeau
empoisonné
« Les
travaux avaient été extrêmement bien anticipés, explique Pierryves Pons, de la
société E-AS SA, membre de la direction de projet et représentant du maître
d’ouvrage. 85 % des adjudications avaient été attribuées avant même le premier
coup de pioche. Mais, en novembre 2023, une nouvelle a complètement modifié la
donne. »
La nouvelle en question a pris des allures de cadeau doux-amer... qui ne se refuse pas. Des financements supplémentaires issus de fonds spéciaux dédiés au développement durable de la part de l’Etat de Vaud ont en effet été attribués au 2M2C. Cette subvention de 7 millions avait pour objectif d’optimiser la performance énergétique du Centre de congrès. Mais ce présent a impacté le futur du chantier et impliqué de très lourds changements qui ont prolongé les travaux d’une année par rapport au calendrier initialement prévu.
Crédit image: Jean-A. Luque
Sur les faces ouest et sud du complexe, les baies vitrées s’ouvrent sur des terrasses élargies.
Si cette enveloppe a indéniablement renforcé la qualité finale du projet, elle a aussi contraint les équipes à reprendre des études déjà bouclées. L’impact le plus important a concerné le toit du Miles Davis Hall. La couverture existante, composée historiquement d’une tôle ondulée avec une isolation minimale, présentait une capacité portante limitée. La toiture était d’ailleurs si légère que chaque hiver, il était impératif de dégager le manteau neigeux qui s’y déposait pour prévenir toute surcharge.
Impossible d’y intégrer une nouvelle isolation thermique, des équipements techniques de ventilation de plus grande capacité, et plusieurs centaines de panneaux photovoltaïques.
La toiture a donc été entièrement ouverte. « Cette subvention, précise Pierryves Pons, a permis d’installer 500 panneaux photovoltaïques sur le toit du Miles Davis Hall et de remplacer les monoblocs de chauffage-ventilation. Mais pour cela, il a fallu reprendre la structure de la salle de spectacle avec des traverses pour soutenir le poids supplémentaire et l’isoler efficacement. » Les nouvelles poutraisons ont considérablement augmenté les charges admissibles. Avant travaux, la capacité moyenne était estimée à environ 100 kg/m². Elle atteint désormais 250 kg/m² sur les surfaces courantes, avec certaines zones au nord de la scène renforcées jusqu’à 500 kg/m² pour répondre aux contraintes scéniques et techniques. De nouveaux points d’accrochage ont également été intégrés pour les équipements de spectacle.
Reprise
structurelle au Stravinski
Une autre intervention structurelle a concerné l’Auditorium Stravinski. La
dalle précontrainte supportant la salle présentait un comportement vibratoire
connu depuis plusieurs années. Lors de fortes charges dynamiques — notamment
pendant le Montreux Jazz Festival —, il était impératif d’installer des étais
provisoires afin de limiter les vibrations. Le chantier a permis de supprimer
cette contrainte d’exploitation.
Crédit image: Jean-A Luque
La majorité des travaux effectués sont invisibles à l’oeil nu. C’est le cas notamment de toutes les reprises de charge ou renforcement de toiture comme pour le Miles Davis Hall. Et qui se souvient du pavage dans les halles en sous-sol ? Les pavés ont été évacués, le sol décapé, une isolation posée et un nouveau radier de 20 cm d’épaisseur coulé. Quant aux sanitaires situés sur l’aile est du 2M2C, ils n’on pas été modernisés… Economies obligent.
Des traverses alvéolaires ont été installées et complétées par des poutres métalliques fines destinées à rigidifier l’ensemble. Les études conduites par les ingénieurs ont permis de recalculer la capacité de surcharge du volume, aujourd’hui compatible avec une charge estimée à 4500 personnes. Cette intervention a aussi permis d’augmenter la hauteur libre de certains espaces du hall d’entrée principal et de simplifier les futurs dispositifs scéniques.
Une majorité des travaux de transformation effectués ne sont pas visibles à l’œil nu. D’innombrables reprises de charges et renforcements ont été mis en oeuvre et sont aujourd’hui noyés dans la masse. C’est notamment le cas du quai de chargement poids lourd. Initialement conçu pour supporter des 14 tonnes ; il est aujourd’hui capable de résister à des 40 tonnes.
Si la subvention cantonale de l’automne 2023 était un premier aléa compliqué à gérer, une année plus tard deux coups durs ont frappé le chantier. Le principal a été la faillite de Progin SA, en septembre 2024. L’entreprise était responsable du lot façades vitrées, alors même que la phase de fabrication était terminée et que la pose devait commencer un mois plus tard.
Les responsables du chantier ont immédiatement été confrontés à un double problème : assurer l’étanchéité temporaire du bâtiment et trouver un remplaçant capable de reprendre le lot sans repartir de zéro.
Des bâches de protection ont été installées en urgence sur une partie importante du complexe. Et Morand Constructions Métalliques SA a finalement repris le mandat. Même avec tout son savoir-faire, le retard s’est élevé à environ huit mois. Un décalage qui a impacté l’ensemble du chantier. La pose des réseaux techniques et certaines finitions dépendaient directement de la fermeture des façades. Cette situation a compliqué les travaux à plus de 17 mètres de hauteur, notamment pour les réseaux CVSE.
Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
Pour des questions de coût, les architectes ont pris le parti de laisser leur technique apparente.
Le chantier est alors passé dans une logique de microplanification. Certaines séquences ont été organisées par modules de façade de 3 m sur 3 m. La manipulation des vitrages – jusqu’à 600 kg par élément — dans un espace parfois limité à 40 centimètres entre échafaudage et structure existante a exigé une organisation extrêmement fine.
Si cela n’était pas suffisant, l’entreprise de sanitaires Giovanna SA a déposé le bilan à son tour. Cela a nécessité un nouvel appel d’offres qui a inévitablement retardé les travaux. La reprise a été d’autant plus compliquée qu’une partie des installations avait déjà été partiellement posée, dont certaines ne répondaient ni aux dimensions prévues ni aux exigences acoustiques. Une partie des réseaux a donc dû être démontée puis reposée. Là encore, les surcoûts ont été absorbés par des variantes techniques sur d’autres postes.
Rénovation
énergétique lourde
Le chantier marque aussi un changement complet de logique énergétique. Le
bâtiment fonctionnait auparavant comme un « gouffre énergétique », avec des
besoins simultanés de chauffage et de refroidissement selon les usages. En
avril, par exemple, quand se tenait Polymanga, il fallait chauffer le bâtiment
au maximum durant la nuit pour mettre le complexe en température… et la journée
on climatisait ! L’édifice était schizophrène.
Fini le gaz ! Le nouveau système repose sur un système de pompes à chaleur eau-eau utilisant le Léman et une récupération énergétique sur les centrales de ventilation avec de nouveaux monoblocs. En été, l’eau du lac permettra de rafraîchir les locaux ; l’hiver elle contribuera à les réchauffer. Une station de pompage existe depuis longtemps déjà sous les quais, mais jusqu’à présent elle ne servait qu’au refroidissement. Ce système s’inscrit dans un projet plus large de chauffage à distance avec un raccordement au réseau thermique de la commune. En effet, la station du 2M2C aura une capacité de pompage de 1600 m³, alors qu’à peine 400 m3 sont nécessaires pour alimenter une manifestation comme le Festival de jazz.
La vingtaine de monoblocs, désormais avec récupération d’énergie et variateurs grâce à la subvention cantonale de dernière minute, contribuent bien sûr à une meilleure efficience énergétique. Et quelque 1000 panneaux photovoltaïques sur l’ensemble des toitures fourniront l’énergie verte nécessaire.
L’enveloppe thermique a bien évidemment été renforcée avec le remplacement complet des façades vitrées par du triple vitrage. La volonté du maître d’ouvrage était de conserver l’image du Centre de Congrès avec de grandes façades vitrées. En tête ouest, la trame de 6 m est rythmée par des vitrages de 2 m de largeur et hauts de plus de 5 m sur toute la verticalité.
En façade sud, les dimensions des verres sont moindres (1,25 m de largeur sur 3,5 m de hauteur). Quant aux murs recouverts his-toriquement avec des plaques céramiques KerAion, ils ont été dénudés et recouverts de crépi sur un isolant extérieur.
A noter que certaines halles en sous-sol reposaient sur un simple pavage. Les pavés ont été évacués, le sol décapé et une isolation posée. Après avoir pris le soin de placer certaines techniques, un nouveau radier de 20 cm d’épaisseur a été coulé sur 5600 m².
Pensé
pour l’exploitation
Au-delà des performances techniques, le 2M2C a été restructuré pour améliorer
son fonctionnement quotidien. Le complexe est plus lumineux et se déploie vers
le lac avec de nouvelles terrasses, ouvertures et baies vitrées. Des volées de
marches mènent au complexe depuis les quais. Et puis, le Centre de Congrès a
gagné en cohérence et efficacité. Chaque espace est autonome et a son entrée
propre. Plus besoin de passer par une salle pour en rejoindre une autre. Chaque
halle a ses accès et chemins de fuite réservés. Et de nombreux espaces sont
modulables à l’envi. Il va être possible d’abriter simultanément sept
événements différents, sans qu’aucun ne perturbe la manifestation voisine, par
le passage ou les services.
Montreux est donc paré pour faire honneur à son statut de ville touristique, culturelle et de congrès pour les cinquante ans à venir avec un outil tout neuf, tout moderne. Enfin presque… Enveloppe budgétaire restreinte à respecter, certains équipements d’époque n’ont pas été remplacés. C’est le cas de résines au sol, des moquettes dans les parties administratives et des sanitaires situés sur l’aile est du 2M2C. Ces dernières sont restées dans leur… ambiance vintage.
Sécurité incendie : le cœur du projet
Quelle: Jean-A. Luque
Sprinkler, 200 portes coupe-feu, compartimentage généralisé, habillage au feu des structures métalliques existantes, création complète du système de désenfumage. Rien n’a été laissé au hasard pour assurer une sécurité feu aux normes actuelles.
La mise en conformité feu a constitué l’un des motifs principaux de la rénovation du 2M2C. Lors des dernières années d’exploitation, le bâtiment bénéficiait de dérogations devenues impossibles à prolonger. A lui seul, le chemin de fuite de l’Auditorium Stravinski, composé d’un unique escalier tournant, donnait des sueurs froides à chaque fois que se tenait un spectacle. Cet escalier de la peur, à l’angle nord-ouest du complexe, a été scié et démantelé pièce par pièce.
A la place, sur toute la largeur ouest, on découvre deux rampes d’escalier et des cages d’ascenseur qui jouent également un rôle de protection parasismique. L’ensemble du complexe a donc été repensé selon les normes actuelles. Les interventions ont compris la création ou adaptation de plus de 200 portes coupe-feu, un compartimentage généralisé, l’habillage au feu des structures métalliques existantes et la création complète du système de désenfumage. Ce dernier point a représenté une opération particulièrement sensible. L’intégration d’exutoires en toiture a dû se faire sans affecter les équipements techniques suspendus dans les plafonds, noamment dans le Stravinski.
Le chantier a également intégré une logique de validation
renforcée, décidé avant le drame de Crans-Montana. Au-delà des modélisations
numériques réglementaires, un test grandeur nature d’évacuation a été organisé
le 28 mai. 1500 participants y ont participé sous l’œil attentif de caméras et
la supervision d’une quinzaine d’experts ECA. Ce test a été l’occasion de
vérifier les temps de parcours dans les cages d’escaliers, les vitesses
d’évacuation, les choix spontanés de cheminement. L’analyse vidéo a notamment
confirmé qu’environ 85 % des occupants choisissent de ressortir par le point
d’entrée utilisé à leur arrivée.