Tilia Tower : le dernier acte d’un chantier vaudois hors norme
A Prilly-Malley, le paysage urbain a changé d’échelle. Avec ses 85 mètres et 26 étages habitables, la Tilia Tower s’impose désormais comme l’un des nouveaux repères de l’Ouest lausannois. Mais derrière sa silhouette reconnaissable entre toutes, faite d’alvéoles, de retraits et de grandes loggias, c’est surtout un chantier particulièrement complexe qui est sur le point de s’achever. Les 222 lots de logements ont été livrés dans les délais et les premiers emménagements ont débuté ce printemps. Inauguration officielle en octobre prochain.
Crédit image: Photodrone.Pro - P.Gutiérrez & E.Goessler
Cette tour est la plus haute jamais construite dans le canton de Vaud. Elle est le phare du développement de l’Ouest lausannois.
Développé par Insula SA, avec pom+Consulting SA en tant qu’assistant à la maîtrise d‘ouvrage, le chantier de la Tilia Tower touche à sa fin après trois ans de travaux. Cette tour de 85 m, la plus haute du canton de Vaud, porte les signatures des cabinets d’architecture danois 3XN et suisse Itten+Brechbühl. Le bâtiment représente un volume de quelque 138 650 m³ et une surface de plancher de 41 840 m². Sa particularité principale : il repose sur une structure hybride bois-béton.
Tilia conjugue habitations, coliving, services, commerces et espaces de bien-être. Les logements ont été livrés dans les délais à la mi-avril et les premiers habitants ont commencé à prendre possession des lieux le 12 mai 2026.
700
personnes dans la tour
En ce début de mois de septembre, le bâtiment est terminé dans ses grandes
lignes, mais le projet Tilia ne sera réellement achevé que lorsque ses espaces
publics, ses commerces, son lobby et ses différentes activités auront pris vie.
L’inauguration officielle est prévue à la fin octobre, avec un parc paysager
alors en partie prêt à accueillir les habitants et les visiteurs. Les premières
plantations d’arbres ont commencé dès la fin mai. A terme, environ 700
personnes doivent cohabiter dans la tour, tandis que les différents programmes
qui l’entourent contribueront à faire du site un morceau de ville actif toute
la journée.
Crédit image: Photodrone.Pro - P.Gutiérrez & E.Goessler
Le changement d’échelle est très clairement différencié dans les étages inférieurs de la tour.
Le chantier n’avait rien d’un immeuble résidentiel conventionnel. Il a fallu superposer des programmes aux contraintes radicalement différentes, tout en maintenant une cohérence constructive. Les premiers niveaux accueillent les activités publiques et commerciales. Juste au-dessus du lobby, hautement insonorisé, les deux premiers étages proposent entre autres un fitness et un espace de coworking. Du deuxième au huitième niveau sont disposées plusieurs dizaines d’unités de coliving, des espaces privés meublés et fonctionnels articulés autour de généreux espaces communs, notamment des cuisines tout équipées, le tout avec une offre de services digitaux et hôteliers. Finalement depuis le neuvième étage jusqu’au sommet on trouve les 222 appartements prévus, dont 10 % sont des LUP (logements d’utilité publique) à loyer abordable.
Ruptures
de programme et rythmes différenciés
Le projet associe ainsi des rythmes d’exploitation, des exigences acoustiques,
des niveaux de sécurité et des installations techniques différents. Pour
marquer ces changements de programme, la tour et sa base sont fragmentées en
plusieurs volumes de hauteurs variables qui bien sûr s’alignent aux bâtiments
existants.
Le parti architectural a cherché à éviter l’image classique et monotone d’une tour de bureaux. La façade se caractérise par un rythme de panneaux et de loggias qui donnent au bâtiment une expression plus domestique. Les retraits successifs de la tour et du socle créent des terrasses et des espaces extérieurs qui accompagnent les changements de programme.
L’enjeu constructif était autant organisationnel que technique. Le calendrier a été tenu conformément à ce qui avait été programmé. La méthode de travail s’est appuyée sur une planification Lean, le BIM et une organisation en flux tendu. La logistique a représenté un enjeu majeur. En effet, dans cet environnement urbain, le chantier ne disposait que d’un espace restreint pour stocker les matériaux. Il fallait donc faire arriver les éléments au moment où ils pouvaient être posés, avec une coordination très fine entre les entreprises.
Préfabrication
à outrance: commandé, livré, monté
La préfabrication a joué un rôle déterminant. Les salles de bains, les balcons,
les éléments de façade, les pièces de charpente et les composants de plancher
ont été préparés en amont afin de réduire le travail sur site et de garantir
une qualité constante. Au total, 377 salles de bains ont été commandées pour
être livrées prêtes à monter. Les planchers mixtes des niveaux supérieurs
reposent eux aussi sur des éléments préparés à l’avance.
Cette organisation explique en partie pourquoi les différents niveaux ont pu être terminés progressivement, au fur et à mesure que la tour gagnait en hauteur plutôt que d’attendre la fin du gros œuvre pour engager les finitions. Une étanchéité provisoire était mise en place par phases afin de permettre aux équipes techniques et aux corps de métier de travailler immédiatement dans les étages protégés.
Crédit image: Photodrone.Pro - P.Gutiérrez & E.Goessler
La façade se caractérise par un rythme de panneaux de béton orientés en diagonale et en facettes qui créent un jeu d'ombre et de lumière. Les retraits successifs de la tour et du socle créent des terrasses et des espaces extérieurs qui accompagnent les changements de programme.
La particularité constructive de Tilia réside dans son mariage entre le béton et le bois. Le maître d’ouvrage a voulu limiter au maximum l’impact du béton et de l’acier. La volonté de réaliser cette tour en bois était là, de base, pour développer un projet durable. Ici, le bois est mis en valeur visuellement, mais il l’est aussi structurellement. Les contraintes à résoudre, notamment dans les niveaux transition du béton vers le bois, ont été techniquement complexes. La tour utilise du hêtre pour les éléments structurels principaux et de l’épicéa pour les solivages et les petites poutres. Quelque 2000 m³ de bois ont été engagés, permettant d’économiser environ 3500 m³ de béton et d’alléger de 8500 t le bâtiment.
Crédit image: Jean-A. Luque
Faux plafonds et solivages en bois participent au cachet chaleureux des logements. Ils abritent aussi discrètement les nombreux programmes techniques : ventilation, chauffage, sprinklers, détection, électricité...
La structure du complexe fait tout de même la part belle au béton dans ses fondations et les six premiers niveaux. Il en va de même pour le noyau traversant qui se compose de deux cages d’escalier, trois ascenseurs et deux demi-noyaux distribuant les plateaux. La volonté de limiter l’impact environnemental ne s’est pas limitée pas à l’utilisation du bois. Un maximum du ciment bas carbone qui contient de l’argile et donne une teinte plus chaude au matériau a été utilisé (voir encadré). Il a également été fait recours à du béton contenant des granulats recyclés.
Dalles
béton coupe-feu
Toutes les dalles sont en béton. Elles participent à la protection incendie en
étant coupe-feu et offrent l’avantage d’être un excellent isolant acoustique.
Extrêmement fines, elles ne font que 10 cm d’épaisseur et font gagner de la
hauteur aux pièces.
Les premiers éléments structurels en bois apparaissent dès le 3ème étage. C’est là que sont posés les premiers bipodes pour reprendre les modifications structurelles. Ces trois imposantes pièces de charpente en hêtre, extrêmement solide, ont une élégante forme en V pour reprendre les charges avec précontrainte. Des piliers inclinés participent également à la reprise de charges dans ces grands espaces et volumes.
Le bois utilisé provient de forêts allemandes et helvétiques. Du hêtre pour les porteurs, gros piliers et poutraisons ; de l’épicéa vaudois pour les solivages et les petites poutres. Plus la tour s’élève et plus les piliers s’affinent : 60 × 60 cm aux niveaux inférieurs, 40 × 45 cm au sommet.
Le
parfait mariage entre le bois et le béton
La complémentarité entre bois et béton est l’un des enseignements majeurs du
projet. Le bois apporte légèreté, renouvelabilité et expression
architecturale ; le béton assure inertie, stabilité, acoustique et sécurité. La
Tilia Tower n’a pas cherché à remplacer un matériau par un autre, mais à
exploiter chacun là où il est le plus pertinent.
Une
sécurité incendie qui ne laisse rien au hasard
La question de la sécurité incendie a naturellement pris une importance
particulière dès le tout début du projet dans un bâtiment de cette hauteur et
de cette mixité. Le drame de Crans-Montana a d’ailleurs suscité, dans le monde
de la construction comme auprès du public, de nouvelles interrogations sur les
dispositifs de sécurité des bâtiments élevés. A Tilia, ces questionnements ont
contribué à remettre en perspective des exigences déjà particulièrement
contraignantes et très réfléchies en amont.
La tour dispose ainsi de sprinklers et de systèmes de détection incendie dans l’ensemble des zones concernées, de dispositifs de surpression et d’un monte-charge destiné à l’intervention des sapeurs-pompiers.
A l’intérieur du bâtiment, la recherche de qualité de finition a constitué un objectif permanent. Les installations techniques sont nombreuses : ventilation, chauffage, sprinklers, détection, électricité et réseaux nécessaires aux différents programmes. Le problème est classique, mais particulièrement sensible dans une tour hybride qui entend mettre en valeur la présence du bois : comment faire passer une quantité considérable de réseaux sans transformer les plafonds en paysage technique ?
Quand
les réseaux disparaissent dans le bois
A Tilia, les faux plafonds et les solivages en bois participent à cette mise en
ordre. Les équipements sont intégrés dans les épaisseurs disponibles, tandis
que les solives contribuent à masquer les sprinklers et les réseaux de
ventilation. Le chauffage au sol complète le dispositif. Cette intégration
permet de conserver des volumes intérieurs lisibles et de mettre en valeur la
structure bois plutôt que de la recouvrir d’un plafond technique continu.
Crédit image: Jean-A. Luque
Le sommet de la tour est doté de panneaux solaires non seulement en toiture, mais aussi en façade afin répondre aux standards énergétiques visés, Minergie-P-ECO.
C’est un point révélateur de la philosophie du projet. La performance technique ne devait pas se faire au détriment de la qualité architecturale. Au contraire, les contraintes techniques ont été intégrées dans la conception afin que les éléments indispensables à la sécurité et au confort disparaissent autant que possible du champ visuel.
Des
ascenseurs pensés pour une tour multiusage
La mobilité verticale a constitué un sujet central. Dans une tour de cette
hauteur, les ascenseurs Schindler sont un équipement stratégique : ils doivent
absorber les flux des habitants, des visiteurs, des collaborateurs des
activités commerciales et des occupants du coliving. Les ascenseurs ici sont
intelligents rapides, programmés pour répondre à la diversité des usages.
Le noyau vertical ne sert pas seulement à monter et descendre. Il sépare et organise les flux d’un bâtiment dont les occupants n’ont pas les mêmes horaires ni les mêmes besoins. La difficulté est particulièrement sensible aux heures de pointe, lorsque les habitants croisent les visiteurs du lobby ou les utilisateurs des espaces de fitness et de restauration.
L’une des évolutions les plus significatives du projet a concerné la partie coliving. Le programme imaginé avant la pandémie a dû évoluer avec les nouveaux comportements résidentiels. Le Covid a notamment accéléré la réflexion sur les modes d’habiter temporaires, les séjours professionnels, la mobilité internationale et les nouvelles formes de travail.
La réponse apportée par Tilia est une zone de 160 unités de coliving à vocation hôtelière. Le concept se situe entre appartement et hôtel : les logements sont meublés, disposent d’une kitchenette et bénéficient d’espaces communs généreux. La tour propose sept étages consacrés à cette nouvelle forme d’habitat, avec des espaces destinés à favoriser les échanges entre occupants.
Crédit image: Jean-A. Luque
A l’intérieur du bâtiment, les couloirs sont légèrement différenciés selon qu’on se trouve dans les étages résidentiels ou de coliving, à l’allure très hôtelière. Mais partout, une attention très particulière a été portée aux chemins de fuite et installations de sécurité incendie.
Le programme cible volontairement une clientèle très large : étudiants, expatriés, personnes en mission professionnelle, invités de l’EPFL, digital nomades ou touristes peuvent y trouver une solution de séjour flexible. Le dispositif peut également répondre à des situations résidentielles temporaires, lorsque l’occupant ne cherche pas un logement classique mais une solution immédiatement opérationnelle.
Au cœur de cette partie se trouve un vaste espace collectif. Environ 400 m² sont consacrés aux cuisines et aux espaces communs. Le troisième étage joue notamment un rôle social, tandis que les unités privées conservent leur autonomie.
Un
lobby conçu comme une place intérieure
Au rez-de-chaussée, le changement d’échelle est immédiat. La tour quitte la
logique résidentielle pour devenir un espace public. Le lobby, qui doit être
pleinement opérationnel à partir de novembre, s’ouvre largement sur
l’extérieur. Il accueillera notamment un desk de réception pour la partie
coliving.
Cette ouverture est essentielle pour donner une véritable vie au socle. Car le défi de Tilia n’est plus désormais de construire la tour, mais de l’activer. Les surfaces commerciales représentent à cet égard une équation différente de celle des logements. Le programme évolue avec le marché, et les espaces doivent pouvoir accueillir les futurs preneurs dans de bonnes conditions. Le rez-de-chaussée ne sera donc pas figé d’un seul coup. Les commerces et certaines surfaces seront disponibles progressivement, au gré des preneurs, avec un objectif de mise en service d’ici à la fin 2026. Deux étages administratifs doivent également être occupés à cette échéance.
Le
parc pour finir ce qui avait été commencé
Pendant la construction, la place du Galicien avait une fonction très
prosaïque : stockage, livraison et logistique. Les espaces qui doivent demain
devenir un paysage urbain étaient alors occupés par les besoins du chantier. La
situation s’inverse désormais.
Les premiers arbres ont été plantés dès la fin mai. Le parc sera prêt pour l’inauguration officielle prévue à la fin octobre. Cette étape donnera enfin à Tilia son environnement quasi définitif.
Le végétal n’est pas un simple habillage. Le nom même du projet fait référence au tilleul, arbre associé à la notion de rencontre et de vie collective. Le projet paysager doit apporter une présence végétale forte dans un quartier marqué par les infrastructures et les grands volumes bâtis. Le projet prévoit plusieurs centaines d’arbres et d’arbustes, avec l’objectif de créer un espace public capable d’atténuer les effets d’îlot de chaleur et de favoriser la biodiversité.
Cette dimension paysagère est d’autant plus importante que la Tilia Tower ne peut être considérée isolément. Elle s’inscrit dans la transformation radicale de Prilly-Malley où la gare, la Vaudoise Aréna, les nouvelles tours, les espaces commerciaux et les nouveaux espaces publics composent progressivement un quartier dense et connecté. L’un des principaux laboratoires de la densification urbaine vaudoise.