Une nouvelle ville du savoir et de la santé aux portes de Lausanne
Il n’y a pas si longtemps, l’espace des Côtes de la Bourdonnette n’était composé que de champs et de bandes forestières en bordure d’autoroute. Aujourd’hui, des barres d’immeubles ont poussé sur ces friches. Et surtout un nouveau pôle de savoir et de durabilité est en train de voir le jour : le Campus Santé. Un projet considéré comme le plus grand chantier public du canton de Vaud ! Ce complexe réunira personnel soignant en formation et enseignants, étudiants et pédagogues... En attendant la création d’un grand parc public garant d’une transition en douceur entre la ville et le campus.
Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
Le projet se décline en plusieurs bâtiments en fonction de leur affectation.
Tout a commencé en 2008, lorsque le canton de Vaud et ses partenaires – institutions de formation, université et hôpital universitaire – ont amorcé une réflexion inédite autour de la formation aux métiers de la santé. Face à des défis majeurs tels que la pénurie de personnel soignant, le vieillissement de la population et la complexification des parcours de soins, l’ambition a été vite affichée : créer un pôle capable de rassembler formation, recherche et logements étudiants sur un même site, afin de favoriser les synergies et l’interdisciplinarité.
Cette vision a pris une forme concrète en 2015 avec le lancement, par la Direction générale des immeubles et du patrimoine (DGIP), d’un concours d’architecture et d’idées portant sur le secteur des Côtes de la Bourdonnette à Chavannes-près-Renens, à proximité de l’UNIL et de l’EPFL.
Sur 70 projets déposés en procédure ouverte et anonyme, le jury a désigné à l’unanimité le projet « Banquet », proposé par l’architecte zurichois Jan Kinsbergen. Séduit par une architecture à la fois sobre et symbolique, le jury a salué la clarté du concept : des bâtiments dissemblables, aux formes géométriques simples et ludiques (cercle, rectangle, croix), disposés autour d’un grand parc central. Une métaphore du banquet assumée par l’architecte : « Nous avons conçu des bâtiments distincts comme autant de sièges pour des invités variés, réunis autour d’une grande table commune qui serait le parc : un immense espace public arboré, destiné à devenir un nouveau quartier vert de l’Ouest lausannois. »
Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
Cercle. Le Centre coordonné de compétences cliniques (C4) rompt avec l’orthogonalité classique des campus universitaires. Composé de 5 niveaux, le bâtiment s’articule autour d’un atrium baigné de lumière naturelle, grâce à une verrière dont les coussins gonflables adoucissent l’intensité.
Au-delà du geste architectural, c’est surtout la réponse urbaine pragmatique qui a été plébiscitée. En effet, le projet répond aux attentes d’un site qui consiste à vivre et étudier ensemble, réuni autour d’un parc, espace de rencontre et de circulation du savoir.
Quatre
bâtiments complémentaires
A
terme, le Campus Santé se composera de quatre bâtiments aux identités
affirmées. Le premier, le Centre coordonné de compétences cliniques (C4),
adopte une forme circulaire. Ce contour rompt volontairement avec
l’orthogonalité classique des campus universitaires. Ce choix n’est pas
qu’esthétique : il reflète une volonté de favoriser la transversalité, les
échanges et la flexibilité des usages.
Composé de 5 niveaux, le bâtiment représente une surface totale de 15 000 m² – soit l’équivalent de 8 patinoires de la Vaudoise aréna ou de 12 piscines olympiques. Il s’articule autour d’un atrium baigné de lumière naturelle, grâce à une verrière dont les coussins gonflables adoucissent l’intensité. La structure poteaux-dalles offre une modularité exemplaire. Les plateaux libres pourront ainsi être modifiés à l’envi au gré des tendances pédagogiques futures.
Dès cet été, le C4 accueillera donc le premier centre interprofessionnel d’enseignement par la simulation pour les professions de la santé en Suisse romande. Développé en collaboration avec la Haute école de santé – Vaud (HESAV), l’Université de Lausanne, La Source (la plus grande école en soins infirmiers de Suisse) et le CHUV, il offrira un environnement de pointe permettant de reproduire et simuler des situations de soins, d’enseigner et entraîner les gestes, les procédures, les processus et les prises de décision dans des conditions sécurisées.
Transparence
et osmose
Le
second bâtiment, plus linéaire, adopte une écriture plus rationnelle, avec des
plateaux modulables et des façades largement vitrées. L’objectif est double :
maximiser l’apport de lumière naturelle et rendre visible, depuis l’espace
public, l’activité académique qui s’y déroule. L’architecture devient ainsi un
outil de transparence et de dialogue, d’osmose avec la nature extérieure.
Dès la rentrée post estivale, cet édifice regroupera l’ensemble des filières de l’HESAV jusqu’ici dispersées en ville de Lausanne : plus de 1500 étudiants et 230 collaborateurs. Véritable cœur névralgique du campus, il borde la route cantonale. Spacieux, sur 5 niveaux de 100 m de long, il se distingue tout comme le C4 par un atrium spectaculaire au sein duquel règne une rampe reliant tous les étages. Le coût des deux programmes HESAV et C4 est estimé à 141 millions de francs.
Le troisième édifice, en forme de croix, est pour sa part dédié aux logements pour étudiantes et étudiants (LET). Réalisé pour la Fondation Maisons pour Étudiants Lausanne, il offrira plus de 700 lits, répondant à une forte demande et participant à l’animation du site jour et nuit.
Un quatrième bâtiment, situé à l’ouest de la parcelle, complétera l’ensemble. Il accueillera une antenne provisoire de la Haute École pédagogique du canton de Vaud (HEP Vaud), afin de répondre à la croissance continue de ses effectifs et d’accompagner la rénovation de son site historique lausannois.
Crédit image: Photodrone.pro, Pedro Gutiérrez
Croix. Le LET est spécialement conçu pour héberger les étudiantes et étudiants. Il offrira plus de 700 lits, Rectangle. Long de 100 m, le bâtiment de la Haute école de santé – Vaud regroupera l’ensemble des filières d’études jusqu’ici dispersées en ville de Lausanne.
Le terrassement et les travaux spéciaux ont été confiés au Groupe Orllati. 450 wellpoints ont permis d’essorer le sol et d’abaisser la nappe phréatique pour stabiliser le terrain. Une enceinte de fouille en palplanches a été réalisée. Et pas moins de 550 pieux refoulés et 126 pieux forés tubés, dont plus de la moitié avec des diamètres de 120 cm et 150 cm, ont été enfoncés jusqu’à 40 m de profondeur pour reprendre les charges des bâtiments.
Au
service de l’évolutivité
Au-delà
de leurs formes, les bâtiments du Campus Santé partagent des principes
constructifs forts, incarnant une vision durable au sens large. Le C4, le
bâtiment HESAV et le LET se distinguent notamment par l’absence de murs
porteurs hors sol, à l’exception des noyaux et du sous-sol.
Cette structure permet de dégager de vastes plateaux libres, facilement reconfigurables, offrant une grande capacité d’évolution des usages dans le temps. Une flexibilité considérée comme un pilier essentiel du développement durable.
Sur le plan énergétique, le campus se veut bien sûr exemplaire. Certifié Minergie-P ECO, il intègre des solutions « low-tech » favorisant l’efficacité, la sobriété et la robustesse des systèmes : inertie thermique, ventilation naturelle, enveloppes performantes, protections solaires... Plus de 8000 m² de panneaux photovoltaïques seront installés sur des pergolas solaires végétalisées couvrant les toitures. Ces dispositifs produiront environ 2000 MWh par an, soit plus que la totalité des besoins électriques du site, tout en procurant ombrage et rafraîchissement naturel.
Le futur bâtiment de la HEP, prévu pour 2028, marquera une étape supplémentaire dans l’engagement du canton en faveur de la filière bois locale. Sa structure principale sera réalisée à 100 % en bois, affirmant une volonté forte de valoriser des ressources renouvelables régionales et de réduire l’empreinte carbone.
Parc
urbain fédérateur
Véritable
colonne vertébrale du Campus Santé, le parc public de près de 3,5 hectares
constituera bien plus qu’un simple aménagement paysager. Conçu par le bureau
Studio Vulkan, il est pensé comme un lieu de passage, de séjour et de détente ;
il relie les divers édifices tout en offrant une continuité paysagère avec les
quartiers environnants. Près de 300 arbres, des prairies fleuries, des
cheminements de mobilité douce, une terrasse végétalisée et des zones dédiées à
la biodiversité y seront aménagés.
Le parc accueillera également une installation artistique majeure, la « Fontaine de Jouvence », imaginée par l’artiste Fabian Marti. Ce dispositif linéaire de 60 m, inspiré du principe des bisses, mettra en scène le cycle de l’eau et renforcera le dialogue entre nature, art et architecture. Cet espace vert se veut aussi un symbole : celui d’un campus qui refuse la minéralité excessive et qui place la qualité de vie au cœur de son projet.
Ouvert sur le quartier et relié aux futurs logements, commerces, équipements scolaires et quartiers voisins, le parc incarne l’esprit du projet « Banquet ». A l’horizon 2029, ce nouveau morceau de ville accueillera plus de 1800 habitantes et habitants, faisant du Campus Santé un véritable pôle de vie et de savoir au cœur de l’Ouest lausannois.