Les restes d’un pont romain mis au jour près de Soleure
Lors d'une campagne de fouilles aquatiques menée dans le cadre de la rénovation du pont ferroviaire, des pieux d'un ouvrage en bois datant du IVe siècle ont été découverts dans l'Aar. Le passage de l’époque romaine, dont l’existence était supposée depuis longtemps, est enfin confirmé par les archéologues.
Crédit image: Roland Zumbuhl, CC_BY-SA_4.0
En amont de ce double ouvrage routier et ferroviaire, le lit de l’Aar est suffisamment étroit pour être traversé.
Avant le début des travaux de construction d’un nouveau ferroviaire sur l’Aar près de Soleure, des plongeurs mandatés par le service archéologique cantonal soleurois ont exploré à plusieurs reprises le lit de la rivière à la recherche de traces d’anciens ouvrages, Et bingo ! Les rapports de fouilles antérieurs indiquant la présence de pieux sont confirmés, révèle la chancellerie du canton. A côté du pont de Wengi, plusieurs pieux sont encore solidement enfoncés dans le sol !
A environ dix mètres de la rive sud de la rivière, une rangée de pieux d’un peu moins de deux mètres de long s’étend dans le sens du courant. Ces morceaux de bois appartiennent probablement à un pilier de pont, appelé « Pfahljoch », qui soutenait la superstructure et la chaussée. Les plongeurs ont prélevé des échantillons de bois afin de les dater. Les résultats sont désormais disponibles : ces morceaux de bois datent du IVe siècle et indiquent l’emplacement d’un pont dans la ville de Soleure à la fin de l’Antiquité.
Crédit image: Christian Boss, CC_BY-SA_4.0
Le caractère sinueux de la rivière, créé à la suite de travaux de renaturation, a porté atteinte aux éventuels vestiges d’antiques points de passage.
Le pont faisait partie de l’ancienne voie romaine qui reliait l’Italie au Rhin en passant par le Grand-Saint-Bernard, le Mittelland occidental et le Jura. En amont de Soleure, des vestiges de cette route ont été découverts entre Büren an der Aare et Nennigkofen. Ce n’est pas un hasard si la voie romaine enjambait l’Aar précisément près de Soleure : l’Aar, très sinueuse en amont, est ici contrainte de suivre un lit étroit – un emplacement idéal, donc, pour un passage sur le fleuve. Le nom antique du lieu fait également référence à cette topographie : Salodurum est la forme latine d’un nom de lieu-dit celtique qui signifie « gorge de la rivière » ou « porte des vagues ». Les archéologues et les historiens supposaient donc depuis longtemps l’existence d’un passage à cet endroit datant de l’époque romaine.
Une
aubaine pour l’archéologie
Le fait que les pieux du pont romain tardif soient toujours enfoncés dans le
lit de l'Aar après environ 1700 ans est un coup de chance : lors de la
rectification des cours d'eau du Jura en 1969, le lit de la rivière a en effet
été approfondi sur une grande partie de son tracé près de Soleure. À l’abri du
pont de Wengi, les pieux du pont de l’époque romaine tardive ont ainsi été
préservés. Les poutres ne sont pas concernées par la construction actuelle du
nouveau pont ferroviaire. Elles restent dans l’eau, où elles sont le mieux
protégées contre la dégradation. Lors de leurs prochaines interventions, les plongeurs
fouilleront les fonds de l’Aar à la recherche d’autres pieux du pont de
l’époque romaine tardive.