16:04 PROJETS

La friche industrielle de Marly renaît de ses cendres

Écrit par: Jean-A Luque
Teaserbild-Quelle: Photodrone.pro

Les Fribourgeois sont familiers de l'acronyme MIC, Marly Innovation Center. Il est vrai que le parc  technologique a redonné lustre et places de travail à un lieu qui jadis à été un fleuron du canton, du temps de Ciba-Geigy. Aujourd’hui, l’immense parcelle prend un nouvel essor avec la naissance d’un quartier moderne, fonctionnel et respectueux de l'environnement. Les premiers locataires et propriétaires y ont débarqué en décembre dernier. Fin mars, les 353 appartements de la phase 1 ont été livrés. A terme, pas moins de 2500 habitants y vivront.

Marly 1

Crédit image: Photodrone.pro

Témoin d’une reconversion radicale, le futur écoquartier de l’Ancienne Papterie est le deuxième en Suisse romande à être labellisé SEED.

l  n’y a pas si longtemps, ces 13,5 hectares, sur une ancienne plaine alluvionnaire de la Gérine, semblaient maudits, promis à l’abandon derrière de sinistres grillages. Il est loin, très loin, le temps où Ciba-Geigy régnait en maître tout puissant sur Marly et ces lieux. Le site industriel, fondé dans les années 1960 par la chimie bâloise, était un haut lieu mondial de la recherche et développement.

Une « cité interdite » de 500 000 m², avec 7000 m² de laboratoires, des stations de pré-épuration et des sommités scientifiques venues des quatre coins de la planète. Heures glorieuses qui ont vu des colorants inventés, tel le rouge Ferrari, des procédés de tirage photographique comme le Cibachrome développés et même les premiers polymères pour impression 3D fabriqués !

Las, en 1996, quand Ciba a fusionné avec Sandoz pour devenir Novartis, le centre R&D a été abandonné, le personnel rapatrié à Bâle. Un drame qui a coûté 1200 emplois ! Ilford, le spécialiste des produits photographiques, a pris plus modestement le relais. Mais, en 2013, il tombe en faillite… Fin d'une époque.

C’est là qu’entre en jeu Damien Piller. L’avocat, héritier d’une longue dynastie d’hommes de loi et de notables fribourgeois, s’est lancé depuis quelques années dans l’immobilier et avec succès. Il sent l’opportunité et prend le pari d’acquérir les terrains délaissés. Il imagine un parc industriel et un quartier moderne ; il veut  marier travail et habitat. L’homme participe aux phases de réaménagement local et de détail (PAL-PAD), s’implique dans la revalorisation économique du site en créant le Marly Innovation Center (MIC).

Ville dans la ville
En 2014, quand le site technologique est relancé, le MIC n’offre qu’une centaine d’emplois. Huit ans plus tard, c’est l’un des plus grands parcs d’innovation de Suisse sur 370 000 m², soit 61 terrains de foot. Le site accueille plus de 150 sociétés actives dans la recherche médicale et chimique, l’impression (digitale et 3D), le développement informatique, les technologies autonomes, l’artisanat et les services. Le Business Center dispose de trois salles de conférences et des espaces bureautiques prêts à l’emploi. 600 professionnels se rencontrent quotidiennement au MIC… quand le Covid ne les contraint pas au télétravail. Et ce printemps, après les halles et salles de travail, place à un tout nouvel environnement : l’écoquartier Ancienne Papeterie.

Marly 2

Crédit image: Jean-A. Luque

Les trois immeubles qui composent le bloc des Berges bénéficient de la proximité de la Gérine et d'un beau dégagement sur le paysage verdoyant environnant. Les 88 appartements sont reliés par un socle commun hébergeant le parking.

Inscrit dans un grand parc, bordé par une rivière, la Gérine, et délimité par une butte, le Coteau, ce quartier durable et diversifié abrite logements, services et activités. Une véritable ville dans la ville dont les éléments fondateurs et les liens sont les espaces publics et paysagers.

Fondé autour trois adresses principales, la Place de l’Ancienne Papeterie, la Place des Moulins et la Place de la Gérine, le site se distingue par différents espaces caractérisés par leur appartenance à un lieu : les Berges, les Moulins, la Gérine, la Prairie et les Plugins. Le nouveau quartier, imaginé par le groupement d’architectes Magizan-CCHE, propose 5 blocs se distinguant par leur architecture différente. La première phase du chantier, mené en mandat traditionnel sans entreprise totale, s’achève fin mars et verra la livraison de 353 appartements. 800 nouveaux habitants sont attendus ; les premiers ont déjà débarqué en décembre dernier. A terme, ils doivent être 2500.

Ecoquartier… Le mot est aujourd’hui employé à toutes les sauces. Mais à Marly, il s’appuie sur le tout nouveau label SEED, porté par l’Association suisse pour les quartiers durables. Cette certification qui puise ses origines dans la démarche One Planet Living du WWF est une première pour le canton de Fribourg. Et seul le quartier Gruvatiez à Orbe (VD) l'a obtenu auparavant en Suisse.

Pour décrocher cette certification, il faut répondre à une trentaine de critères de  durabilité qui assurent le suivi des performances dans toutes les phases du projet, y compris l’utilisation du quartier ; cela requiert également la mise en place d’une démarche participative tout au long de sa conception.

Marly 3

Crédit image: Photodrone.pro

L’immense friche industrielle de Ciba-Geigy, ex-Ilford, a cédé la place à l’un des plus grands parcs d’innovation de Suisse : le Marly innovation Center. Plus loin, on devine le tout nouvel écoquartier.

Les matériaux de construction doivent répondre à une série de critères qui assurent leur durabilité et leur non-toxicité aux utilisateurs des bâtiments et à l’environnement. Les matériaux excavés et de démolition sont revalorisés dans les nouvelles constructions, selon les principes de l’économie circulaire. La limitation de la production de déchets dans la phase de réalisation et d’exploitation est également exigée et suivie par la démarche.

Biodiversité et qualité de vie
Les aménagements extérieurs sont conçus pour favoriser la biodiversité, la production alimentaire in situ et les modes de déplacements doux. Le quartier, qui se situe dans la terrasse fluviale de la Gérine, bénéficie d’une renaturation en parallèle de la réalisation des constructions. En plus, de nouveaux habitats seront créés en faveur de la flore et de la faune indigène. La fleur des foins, par exemple, a été récoltée avant le début des travaux et sera réensemencée, une fois les constructions terminées.

En outre, le projet respecte une série de critères concernant la qualité économique et sociale. Un modèle d’investissements différenciés a été utilisé pour assurer à long terme la qualité des installations techniques et des espaces publics, sans répercussions importantes sur les charges des locataires. La préservation du patrimoine et des traces significatives du passé, ainsi qu’une vie socioculturelle riche en phase d’exploitation font également partie des objectifs de la certification.

Un programme ambitieux et exigeant, comme le confirme Frédéric Parietti, directeur des travaux chez CCHE : « C’est la première fois que nous avons travaillé avec cette certification SEED et c’était un énorme challenge. Cela nous a demandé un gros travail organisationnel en amont pour déterminer ce que nous pouvions faire ou pas.

En effet, les fiches de produits doivent toutes être approuvées. Cela touche aussi bien les armoires en stratifié que la mousse expansive ou les joints en silicone... tous bannis du chantier. Et, vous vous en doutez, les plans de travail pour la cuisine made in China sont hors de question. »

Sur le plan énergétique, le MIC se distingue aussi par des choix innovants. Bien sûr,  depuis l’époque de Ciba-Geigy, il était capable de fournir toutes les énergies aux entrepreneurs qui s’y installaient : électricité, chaleur, froid, azote, gaz naturel… tout y était. Reste que la production et la distribution de ces différentes sources d’énergie, dont la mise en place datait en grande partie de plus de 50 ans, ont dû être complètement revues.

Le monde de demain
C’est Groupe E qui a été chargé d’améliorer drastiquement l’efficience énergétique et de proposer aux locataires une énergie locale, propre et durable. C’est ainsi qu’a été développée la production de chaleur avec des pompes à chaleur qui récupèrent l’énergie thermique de l’air ventilé et même du lac de la Gruyère (avec les pompes à chaleur eau-eau les plus grandes de Suisse en test). Dans un autre registre, les rejets d’eau de la future piscine seront réutilisés dans les sanitaires. L’électricité et la chaleur sont également produites en très grande partie sur place à partir d’énergies propres et durables. Et chaque locataire pourra par ailleurs suivre précisément sa consommation d’énergie, directement depuis son smartphone.

Pour compléter l’offre et proposer une qualité de vie exceptionnelle, le promoteur sait allier confort et vie sociale. Les logements tout confort ont des hauteurs de plafonds spacieuses à 2 m 60, plutôt que 2 m 40. Une maison de quartier – l’ancienne grange – est prévue avec une conciergerie sociale et une salle de spectacle socioculturelle.

Pour les invétérés de la voiture, des places de parc souterraines sont disponibles. Néanmoins, tout est mis en place pour encourager d’autres offres de mobilité, notamment du carsharing. Mais ce qui retient tout particulièrement l’attention de tous les futurs habitants, c’est le cadeau de bienvenue sous forme d’abonnement  de cinq ans aux Transports publics fribourgeois ! L’occasion de prendre encore et encore gratuitement le bus qui dessert  la gare CFF de Fribourg depuis le MIC en à peine… 11 minutes.

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